‹ Louis XVIIChapitre 149 sur 206 · LIVRE XX. - MARIE-THERESE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. - MARIE-THERESE

J'éprouve encore de la consolation en habitant un pays ou reposent les cendres de ce que j'ai de plus cher au monde. Puis elle ajouta, fondant en larmes et du ton le plus déchirant : J'aurais été plus heureuse de partager le sort de mes parents que d'être condamnée à les pleurer ,. ,

') Madame nous parla avec attendrissement du jeune Roi son frère , et des mauvais traitements qu^il essuyait journellement. Le barbare Simon le maltraitait pour l'obliger à chanter la Carmagnole et d'autres chansons détestables, de manière que les Princesses pussent l'entendre . Quoique le jeune Roi eût le vin en horreur, Simon le forçait d'en boire quand il voulait l'enivrer. C'est ce qui lui arriva le jour où il lui fit dire, devant Madame et Madame Elisabeth ^ , les horreurs dont il fut question dans le procès de notre malheureuse Reine. A la fin de cette scène atroce , le malheureux petit Prince , commençant à se désenivrer, s'approcha de sa sœur et lui prit la main pour la baiser. L'affreux Simon, qui s'en aperçut^ lui envia cette légère consolation, et l'emporta sur-le-champ, laissant les Princesses dans la consternation de ce dont elles venaient d'être témoins.

» Je ne pus m' empêcher de demander à Madame comment, avec tant de sensibilité et dans une si affreuse solitude, elle avait pu supporter tant de malheurs.

» Rien de si touchant que sa réponse , que je ne puis m'empécher de transcrire : Sans la religion c'eût été impossible : elle fut mon unique ressource, et me procura les seules conso^ lations dont mon cœur pût être susceptible. J'avais conservé les livres de piété de ma tante Elisabeth, je les lisais, je repas-sais ses avis dans mon esprit, je cherchais à ne pas m'en écarter et à les suivre exactement. En m'embrassant pour la dernière fois, et m' excitant au courage et à la résignation, elle me

recommanda positivement de demander que Von mil une femme

1 Madame de Tourxel commet ici une erreur : daus la scène du 16 vendémiaire an II (7 octobre 1793), que nous avons racontée page 132 de ce volume, le jeune prince fut confronté avec sa sœur, mais non avec sa tante.

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auprès de moi. Quoique je prifira$u infiniment ma solitude à la campagne que Von m'eût donnée alors, mon respect pour les volontés de ma tante ne me permit pas dThésiter. On m refusa; et j'avoue que j'en fus bien aise. Ma tante ne prévoyait que trop le malheur auquel j'étais destinée, et m' ami accoutumée à me servir seule et à n'avoir besoin de personne. Elle avait arrangé ma vie de manière à en employer toutes la heures. Le soin de ma chambre, la prière, la lecture, le tror vaU, tout était classé. Elle m'avait habituée à faire mon lit seule, à me coiffer, me lacer, m' habiller, et n'avait, de pku, rien négligé de ce qui pouvait entretenir ma santé. Elle m faisait jeter de l'eau pour rafraîchir l'air de ma chambre, et avait exigé, en outre, que je marchasse avec une grande vitesse pendant une heure, la montre à la main, afin de remplacer V exercice qui me manquait.

n Ces détails , si intéressants à tenir de la bouche même de Madame, nons faisaient fondre en larmes. Nous admirions le courage de Madame Elisabeth , et cette prévoyance qui s'étendait à tout ce qui pouvait être utile à Madame. Cette sainte Princesse fut la consolation de son auguste famille, et nommément de la Reine, qui, moins pieuse qu'elle en entrant au Temple, eut le bonheur d'imiter cet ange de vertu. Non contente de s'occuper de ce qui lui était cher, elle employa encore ses derniers moments à préparer à paraître devant Dieu les personnes condamnées à partager son sort, et exerça la charité la plus héroïque, jusqu'à l'instant où elle alla recevoir les récompenses promises à une vertu aussi éclatante et aussi éprouvée que l'avait été celle de cette vertueuse et sainte Prin-

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» Madame, dépuis sa séparation de sa tante ^ passa près dé quinze mois seule , livrée à sa douleur et aux plus tristes ré* flexions , n'ayant d'autres livres de lecture que les Voyages de La Harpe, qu'elle lut et relut plusieurs fois ; manquant de touti tie demandant rien , et raccommodant elle-même jusqu'à ses bas et ses souliers; Elle fut visitée quelquefois par les commis-

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