‹ Louis XVIIChapitre 148 sur 206 · LIVRE XX. — MARIE-THERESE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — MARIE-THERESE

rendait au jardin le crayon à la main , pour tracer Tiuiage de a tour où elle avait tant souffert. Soir et matin elle faisait sa irîère. C'étaient là tous les actes de piété auxquels elle pût se livrer dans sa prison. Elle paraissait très-sensible à Tattache- [nent qu'on ne cessait de lui témoigner et au bien-être qui succédait pour elle à tant de privations. « Madame, m'a raconté Gomin , avait paru si heureuse de quitter la vieille robe de soie puce qui la couvrait à peine, et qu'elle ne cessait de raccommoder depuis le régime de Robespierre! Maintenant sa mise était très-convenable : le matin , dans sa chambre , elle était en redingote de basin blanc ; toute la journée en robe de nankin ; le dimanche, elle se mettait en robe de linon, et toutes les fêtes solennelles elle se parait d'une robe de soie verte. Sa belle chevelure, si abondante que les femmes à la mode de l'époque prétendaient qu'elle portait perruque, flottait, comme par le passé , dans un aimable négligé , retenue avec grâce par un ruban, et quelquefois par un fichu attaché sur !e devant de la tête. »

Cependant madame de Tourzel s'occupait d'une négociation moins importante que celle dont nous avons parlé plus haut , mais qui l'intéressait bien vivement ;- il s'agissait d'obtenir pour elle et pour sa fille la permission de voir Madame Royale. Elle adressa, à cet effet, une demande au comité de sûreté générale, en la recommandant à la bienveillance de Gauthier (de l'Ain), un de ses membres, qu'elle connaissait ^ Une décision de

1 Nons avons retrouvé une lettre que madame de Tourzel écrivit de sa main à Gauthier, en cette circonstance :

« CiTGYlIN,

• fermettes que, comme membre du comité de sûreté générale ayant le département de la police , je m'adresse à vous pour vous prier, dans le cas où la pétition que j'ai présentée pour être avec Pauline , ma fille , auprès de la fille de Louis XVI au Temple, aurait le bonheur d'être accueillie, de Toploir bien me faire parvenir l'arrêté du comité de sûreté générale à Abondant, par Dreux, département d'Eure-et-Loir, où des affaires indispensables m'obligent d'aller passer une quinzaine de jours. Je vous en aurai une véritable obligation.

» Grov, veuve Todbzbl.

;jî»6 LOUIS XVll.

ce comité, en date du 16 fructidor (mercredi 2 septembre 1795), leur accorda cette faveur trois fois par décade. L^ampliation de cet arrêté leur fut remise le lendemain dans la matinée. « Je demandai à Gauthier (de FAin) , raconte madame de Tourzel dans ses Mémoires inédits , si Madame avait connaissance de toutes les perles qu^elle avait faites. Il me dit nVn savoir rien , et nous eûmes tout le long du chemin , depuis le comité (qui se tenait à Thôtel de Brionne) jusqu^au Temple, l'inquiétude d^avoir peut-être à lui apprendre qu^elle avait perdu ce qu'elle avait de plus cher au monde.

)? £n arrivant au Temple, je remis ma permission aux deu\ gardiens de Madame, et je demandai à voir madame de Chanterenne en particulier. Elle me dit que Madame était instruite de tous ses malheurs, et qu'elle nous attendait. La Princesse vint à notre rencontre, nous embrassa tendrement et nous conduisit dans sa chambre, où nous confondîmes nos larmes sur tous les objets de ses regrets. Elle ne cessa de nous en parler, et nous fit le récit le plus déchirant du moment où elle se sépara du Roi son père , dont elle était si tendrement aimée...

» A son entrée au Temple, nous avions laissé Madame faiUe et délicate , et en la revoyant après trois ans de malheurs sans exemple, nous fûmes bien étonnées de la trouver belle, grande , forte et douée de cet air de noblesse qui fait le caractère de sa figure. Nous fûmes frappées, Pauline et moi, de retrouver en elle des traits du Roi , de la Reine et même de

Madame Elisabeth. Le ciel, qui la destinait à être le modèle de ce courage qui, sans rien ôter à la sensibilité, rend cependant capable de grandes actions , ne permit pas qu'elle succombât sous le poids de tant de malheurs. Madame en parlait avec une douceur angélique , et nous ne lui vîmes jamais un seul sentiment d'aigreur contre les auteurs de tous ses maux. Digne fill« de Louis XVI, elle plaignait les Français , et ne cessait d'aimer ce pays où elle était si malheureuse. Sur ce que je lui disais que je désirais sa sortie de France pour la voir délivrée de son affreuse captivité* elle me répondit avec l'accent de la douleur:

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