LIVRE XX. — MARIE-THERESE
i' abord traverser la ville, mais longer les murs en dehors, passer le Birsig, le pont de la Birse, et prendre par Augst et Rheinfeld ; mais les pluies continuelles avaient tellement gonflé le Birsig , que, d'après Tavis de M. de Neumann *, on renonça à ce projet.
La porte de Saint-Jean s'ouvrit , et le carrosse impérial entra dans la ville , suivi de cinq autres carrosses à six et à quatre chevaux. Dans les rues les curieux se tinrent assez à l'écart ; mais au pont du Rhin la foule commença à grossir et à s'approcher. Quelques indiscrets s'attachaient aux roues , d'autres dirigeaient leurs lanternes de façon à éclairer l'intérieur des voitures ; mais ce nlétaient là que des exceptions : le trajet ne fut entravé nulle part. L'aide-major Kolb était à cheval à la portière de la Princesse. Un commissaire de police se tenait à deux pas. Conformément à la requête de M. Bâcher, on faisait des patrouilles devant le petit Basle et sur la route de Riehen.
Parmi les curieux qui entouraient la voiture figurait M. Fesch, archidiacre d'Ajaccio, réfugié à Basle depuis la terreur. Il avait laissé à Marseille, dans une position gênée, la famille de sa sœur , madame Laetitia Bonaparte , et était venu chercher pour lui-môme quelques ressources dans une ville dont sa propre famille était originaire , et où il comptait encore des amis.
Ces amis et lui se réunissaient habituellement dans la librairie occupant le rez-de-chaussée de la maison qui fait , en face de l'hôtel de la Cigogne , l'encoignure du Firmark et de Storchegasse. Mais, ce soir-là, l'oncle du jeune général Bonaparte avait quitté ses compagnons de lecture et de philosophie ; il était allé sur le pont du Rhin pour voir passer le dernier reflet de la dynastie bourbonienne, ne se doutant guère assurément qu'il appartenait lui-même à la dynastie qui allait venir.
A la sortie de la ville , Kolb se mit à la tête d'un détachement de troupes suisses , commandé pour servir d'escorte à Madame jusqu'aux frontières; S. A. R. alla coucher à Laufenbourg,
1 Voyes la lettre de Degelmann citée en note , page 433.
Fune des quatre villes forestières' de FAutriche antérienre, à sept lieues de Basle , où Fattendait la suite que FEmpereur lui avait destinée.
Le lendemain matin , pour la première fois depuis le mois d*août 1792, elle entrait dans une église; pour la première fois elle assistait à la sainte messe célébrée en mémoire de ses parents , et c'était sur la terre étrangère !
Il était sept heures un quart lorsque M. Bâcher, muni d'une décharge qui certifiait la remise de la Princesse aux commissaires autrichiens, revint à Riehen. Il présenta cet acte au baillif, qui s'empressa de déclarer aux prisonniers français qu'ils étaient entièrement libres. Les cris de Vive la Républiqiu! se firent entendre. Les voix de Camus et de Drouet dominaient toutes les autres.
Tous se rendirent ce même soir à Basle, où ils arrivèrentà neuf heures. Un détachement de dragons suisses, qui avait accompagné M. Bâcher à Riehen , leur servit d'escorte jusqu à l'entrée de la ville. Les officiers autrichiens qui les avaient amenés de Fribourg les suivirent volontairement jusqu'à Basle; ils descendirent avec eux à F hôtel des Trois-Rois, et ne craignirent pas de se joindre au souper joyeux par lequel ils célébrèrent F heure de leur liberté.
A dix heures , le ministre de Sa Majesté Impériale et Royale déposait entre les mains de M. le bourguemaître en régence les effets des prisonniers d'État^; à onze heures, M. Bâcher en faisait Finventaire^. A deux heures de la nuit, M. le baron de Degelmann partait pour Laufenbourg^.
C'est ainsi que se termina cette journée mémorable, consacrée par un acte politique dont l'histoire conservera le
' On appelait ainsi les quatre villes d'Allemagne qui sont sur le Rhin udessus de Basle, dans le voisinage de la Forét-Noire, savoir : RheiiftU. Waldshut, Seckingen et Laufenbourg.
* Rapport fait à M. le bourguemaître Bourcard. » Ibid,
* Ibid.