LIVRE XX. -^ MARIE-THERESE
souvenir comme une nouvelle preuve de Finstabilité des choses humaines.
Le nom de Marie-Thérëse-Charlotte fut pendant quelque Amps, à Basle, Tobjet de tous les entretiens. On adressait des félicitations aux négociateurs, des vers au prince de Gavre ; les arts s'associaient à ces sentiments : un portrait de la Princesse parut', publié par Ch. de Méchel, graveur distingué. L'événement qui venait de s'accomplir intéressait tous les cœurs. La République de Basle en marqua elle-même la date dans ses annales , et prit , par F organe de ses mandataires , la décision suivante :
tt Arrêté du petit Conseil de la République de Basle
du 30 décembre 1795.
)i Ouï le rapport fait de l'échange opéré samedi dernier de la Princesse française, fille du très-béni (hochselig) roi Louis XVI , contre les députés et ministres français détenus en Autriche , le Conseil a décrété :
» Les remerciments les plus obligeants de Nos Seigneuries à Son Excellence le bourguemaitre en régence Bourcard , des nombreux soins et prudentes mesures qu'il a pris à cette occasion ; de même à M. le baillif Legrand , le remercîment et l'agrément de LL. SS., pour ses peines et services. »
Cependant la cour d'Autriche, qui déjà ne pouvait s'expliquer les obstacles apportés à la solution d'une affaire qu'elle avait hâtée non-seulement de ses vœux, mais de l'accomplissement empressé de tous ses engagements, apprit avec un déplaisir marqué que mesdames de Tourzel n'accompagnaient pas la jeune Marie-Thérèse*.
I Celui de l'archiduc Charles fut gravé comme pendant, tant le mariage dësirë p^r l'Autriche et par madame de Tourzel était dans ce moment regardé comme décidé.
^ Elle se plaignit de ce retard et de ce changement.
M. Hacher se borna à répondre, le 11 nivôse an IV (!•' janvier 1796, v. st.), au nom de son gouvernement :
« Le retard du départ de la fille du dernier Roi des Français a été néces-
L'Empereur, qui n'avait point renoncé au désir de faire épouser à la fille de Marie-Antoinette son cousin Tarchiduc Charles , crut voir une opposition à cette idée dans le choix qui avait été fait de madame de Soucy; sa défiance s'accrut a* contact de quelques esprits ombrageux de sa cour, et le renvoi de madame de Soucy fut décidé.
Après s'être arrêtée deux jours au château de l'archiduchesse Elisabeth, sa tante, à Inspruck, Madame Royale arriva à Vienne le 9 janvier. L'Empereur la reçut avec un empressement affectueux : il lui forma une maison semblable à celle des archiduchesses. Le prince de Gavre fut nommé grand maître de cette maison, et madame la comtesse de Chanclot grande maîtresse. Séparée ainsi de son auguste élève, madame de Soucy apprit bientôt que lès raisons politiques qui tenaient à l'état de guerre des deux nations ne permettaient à aucun Français de rester au service de Madame.
Ce prétexte cachait une disgrâce que madame de Soucy ressentit avec une vive douleur. Elle demanda une audience particulière à l'Empereur. « Ma cousine est fort affectionnée à madame votre mère, lui dit Sa Majesté; elle ne m'a pas laissé non plus ignorer votre dévouement à sa personne. Je suis fâché , madame , de me voir forcé de vous séparer de ma cousine; mais la position de guerre entre les deux nations nécessite cette mesure. » Apercevant alors un papier à la main
saire, et le Directoire exécutif de la République française n'eût rien tant désiré que d'épargner aux prisonniers d'État français, détenus dans les Etats héréditaires de la maison d'Autriche, la prolongation d'une captivité qu'ils ont si peu méritée.
» Le changement survenu dans la nomination de madame de Tourzel pour accompagner la fille du dernier Roi des Français à Basle, qui a été remplacée par madame de Soucy, ci-devant sous-gouvernante à Versailles , est motivé sur ce qu'il ne s'agissait que de lui donner pour compagne une personne qui lui fût agréable et qui eût sa confiance. Elle a désiré et demandé elle-même madame de Soucy, qui l'a élevée ; et comme ce n'était que pour sa satisfiiction seule que le gouvernement français avait désigné madame de Tonrid pour se rendre avec elle à Vienne, cet objet se trouve rempli*. » Cette réponse ne satisfit pas l'Autriche.
* Correspondance relative i l'échange.