LIVRE XX. - MARIE-THÉRÈSE
Mais il y eut un présent qui échappa aux regards profanes de la presse et du monde : c^est celui que Gomin avait reçu de Madame au moment de quitter Huningue. Ce présent-là ne consistait ni en or ni en diamants , mais il était au<-dessus de tous les autres, il venait du cœur et il allait au cœur. Aussi personne n'en parla jamais. C*était un papier plié en quatre, qui contenait sur ses deux premières pages la narration du voyage de Paris à Huningue, que nous avons rapporté page 430. Quelques lignes, adressées personnellement à Gomin, se trouvaient sur la troisième page. Ce témoignage d^une si haute et si sainte affection , le bon serviteur ne Pavait pas divulgué : il Favait gardé comme un trésor sacré, qu'il ouvrait en secret d'un doigt pieux, et qu'il contenaplait d'un œil humide. Ce papier ne l'a jamais quitté : plié comme il l'avait reçu , toute sa vie il le porta sur son cœur. C'est à cette place qu'on le trouva, le 17 janvier 1841, quand ce noble cœur cessa de battre. Il contenait ces lignes :
u Ce voyage , malgré mon chagrin , m*a paru agréable par n la présence d'un être sensible , dont la bonté dès longtem[ts » m'était connue , mais qui en a fait les dernières preuves en n ce voyage, par la manière dont il s'est comporté à mon n égard , par sa manière active de me servir, quoique assurén ment il ne dût pas y être accoutumé. On ne peut l'attribuer » qu'à son zèle. Il y a longtemps que je le connais , cette der- » nière preuve ne m'était pas nécessaire pour qu'il eût toute » mon estime ; mais il l'a encore davantage depuis ces derniers I) moments. Je ne peux dire davantage, mon cœur sent forten ment tout ce qu'il doit sentir ; mais je n'ai pas de parole pour n l'exprimer. Je finis cependant par le conjurer de ne pas trop 1) s'affliger, d'avoir du courage ; je ne lui demande pas de V penser à moi, je suis sûre qu'il le fera, et je lui réponds d'en n faire autant de mon côté. »