LIVRE XXI. — DEMOLITION DE LA TOUR
dans ses projets. Il était évident, en effet, que le gouvernement, qaî voulait anéantir les souvenirs que retraçait le Temple , ne se prêterait pas à des spéculations qui feraient revivre ces souvenirs.
Le calculateur désappointé se vit trompé dans les brillantes espérances que son entreprise lui avait fait concevoir; les pierres qu'il avait acquises n'étaient plus que des pierres auxquelles il était défendu d'assigner une valeur morale.
Vers la fin de 1808, les démolitions commencèrent; la toiture, les charpentes, les portes et cloisons en menuiserie, les voûtes d'arêtes , les croisées , les carreaux et les parquets , furent d'abord enlevés ; ces objets furent provisoirement déposés dans les cours et dans le jardin ; achetés sur place, ils eussent été payés fort cher; vendus sur le marché, ils n'avaient guère que leur valeur intrinsèque. Mais que faire? Les ouvriers employés à l'œuvre de destruction étaient les seules personnes qui pussent entrer au Temple ; des marbres de cheminées et quelques décors avaient été vendus à prix d'or par leur entremise; mais les portes impitoyablement fermées portaient un préjudice énorme à l'entrepreneur*.
' Il rëclama une indemnité. Sa requête, ambiguë et coutournëe, explique sa position essentieUement fausse et difficile dans cette affaire :
« A Monsieur le Conseiller d*État, pré/et du département de la Seine,
■ Monsieur le Conseiller d'Etat.
» Le sieur Robert Morel a l'honneur de vous exposer que, le 7 octobre 1808, A s'est rendu adjudicataire des matériaux à provenir de la démolitio.n de la iour du Temple , par les motifs qu'il va vous déduire.
» Aussitôt qu'il fut instruit du projet d'anéantissement de cet édifice, il se
rendit sur les lieux pour en faire la visite et les calculs approximatifs de la
-valeur des matériaux ; il n'y aperçut pour l'adjudicataire , même en prenant
Tobjet au prix de l'estimation de l'architecte des Domaines, aucune spécula-
-tion avantageuse à faire.
» Cependant l'exposant, animé plutôt par l'intérêt du gouvernement, qu'il
cvt toujours à cœur, que par son intérêt particulier, cédant ensuite, il ne
jpent vous le dissimuler, au désir d'être l'instrument de la destruction d'un
' 4difice qui marquait dans les monuments de l'antiquité par les diHérentes
«destinations que divers siècles lui avaient attribuées , fît plusieurs démarches
Les documents relatifs à ces faits rendent eux-mèmei témoignage de la pieuse vénération qui s^ attacha à la tour di Temple lorsque, pendant les jours qui précédèrent la destruction y le donjon fut ouvert aux visiteurs qui s^y pressèrent en foule.
dont le résolut fat qu'il pouvait se rendre adjudicataire i ou prix bien sipérieur à l'estimation, sans nuire à ses intérêts personnels.
> En effet, il avait la parole de plusieurs entrepreneurs qu'ils se rendniest sur les lieux avant l'exploitation commencée , pour traiter sur place de tont ce qui pourrait être à leur convenance ; d'autres personnes proposaient dV quérir les constructions, garnitures et décors de différentes pièces entièref. C'est d'après ces données , qui lui assuraient un débit prompt et avantageai, qu'il se détermina à s'en rendre adjudicataire.
» L'intérêt du gouvernement assuré par le prix , bien supërienr à l'eitiiMtion, auquel il avait porté cette démolition, tout devait être permis à l'expo* sant pour assurer le sien.
» Il est notoire qu'un objet adjugé devient à l'instant même la propriété ii l'adjudicataire, et qu'il reste le maître d'employer tous les moyens Ûcitetde faire et d'employer tous les ressorts de son industrie pour en tirer le parti k plus avantageux possible.
» Cependant l'exposant avait à peine fait ses dispositions préliminaires potf commencer ses travaux, c'est-à-dire sept jours après l'adjudication, qu'ai ordre de S. E. le ministre de la police générale, transmis à M. le préfet de police, lui est signifié par son inspecteur général.
» Cet ordre portait défense expresse de laisser pénétrer dans la tour ^ que ce fût et sous tel prétexte que ce pût être , fût-ce même des dignitaires. Il fut non-seulement signifié à l'acquéreur, mais même au colonel de la gendarmerie résidant au Temple pour en surveiller l'exécution.
» Cet ordre , qui ne laissait plus entrevoir à l'exposant qu'une perte ce^ taine de 15 à 20,000 francs, n'en a pas moins été ponctuellement exéoité.
» La démolition s'opère ; rien ne se vend ; les matériaux de tontes espècei» tels que portes, chambranles, lambris de hauteur d'appui, alcôves, parqteti. croisées, volets, etc., la plus grande partie décorant et garnissant les appv* tements du petit Temple , ainsi que la tour, sont déposés dans l'enceinte ^ l'environne , exposés aux pluies . à la gelée , et par conséquent dépérinïrf journellement. Il est notoire que ces divers objets n'ont de valeur rédb qu'autant qu'ils sont vendus sur place. Et comment pouvaient-ils l'être, nâai les pierres et les moellons ? Le bruit s'était bientôt répanda dans le patft que l'entrée de la tour était interdite ; il en a écarté tout le monde et noiiament les entrepreneurs.
• Mais s'il est impossible de se refuser à la vérité bien frappante qo'il r^ suite de cet ordre du gouvernement une perte considérable pour Texpoiut. il devient également indispensable de lui accorder une indemnité IM«|V' tionnée à sa perte.
A ces causes, l'exposant, plein de confiance dans les principes de Julie* qui vous animent, vous prie, monsieur le Conseiller d'Etat, de vouloir