‹ Louis XVIIChapitre 192 sur 206 · LIVRE XXI. - DÉMOLITION DE LA TOUR · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. - DÉMOLITION DE LA TOUR

Louise-Adélaïde de Gondé, ancienne abbesse de Remiremont, transforma en couvent le château du Temple. Un saule pleureur, des arbustes , des fleurs , furent plantés sur remplacement de la prison de Louis XVI et de sa famille ; une barrière de bois en marqua Fenceînte jusqu'en 1848*. Des fleurs et des prières ! telle fut la fin de la tour du Temple.

Tous ceux qui ont été enfermés dans cette tour sont morts à cette heure.

La tour elle-même a disparu.

La Princesse qui avait survécu dans cette prison à son père, à sa mère, à sa tante, à son frère, a eu depuis encore bien des larmes et bien des prières à répandre avant d'aller les rejoindre.

Elle a vu un autre frère périr sous le poignard ; elle a vu un vieillard , qui était son père , laisser tomber sa couronne ; elle a vu un enfant , qui était son fils , découronné par Fémeute victorieuse.

Trois fois bannie de France, elle a vu trois fois la chute du trône.

Enfant sous les verrous, Marie-Thérèse priait, pleurait, espérait. Après tant de désastres et de révolutions , son rôle et sa mission ne furent pas changés : jusqu'au dernier jour elle a prié, pleuré, espéré. Survivant à tant de ruines, ruine ellemême, elle a gardé, comme toute âme pure, confiance dans la justice de Dieu; elle a attendu sans impatience les réparations certaines de la postérité et de l'éternité.

Et cependant , après avoir assisté à tous les malheurs de sa patrie, elle a assisté, dans ses dernières années, à un spectacle plus effroyable encore : elle a entendu glorifier les meurtriers de son père. Elle a vu des poètes et des historiens passer de la pitié des victimes à la louange des assassins; elle a vu des hommages publics décernés à l'homme qui avait usé la guillotine , qui avait rempli de têtes humaines le panier

1 Une rue , ouverte à cette ëpoque , divise en àeux parties le jardin du Temple, et empiète sur l'emplacement même de la tour.

do boorreao , et qui , les mains sooillées de sang , offrait à rÊtre suprême ane gerbe de flears !

L*histoire indignée n*acceptera ni ce bonquet ironique ni cette honteuse réhabilitation, elle les jettera ensemble à terre et les foulera sous ses pieds. La date de 1793 pèsera éternellement sur le cœur de la France. On ne fera jamais une mémoire sacrée d'on souvenir sanglant et exécrable.

Daigne cette sainte que le ciel a reçue', et que rhistoire retrouve au lit de mort, comme au Temple, avec une prière pour la France, me pardonner d'avoir humblement rapporté les détails que j*ai pu recueillir d'elle-même sur les afflictions de sa famille et sur les siennes !

J'ai essayé de ranimer quelques épisodes que la rouille du temps n'avait point encore entièrement effacés. Je bénirais Dieu si ma tâche sur la terre avait été de réveiller ces souvenirs dans les âmes.

J'ignore les desseins de Dieu sur l'avenir de mon cher pays; j'espère qu'il le protégera toujours et qu'il conservera dans le cœur de nos enfants l'amour de la patrie , ce feu sacré des grandes âmes ; mais lors même qu'il aura anéanti les dernières parcelles de la royauté française et précipité les siècles sur les siècles, les héroïques souvenirs de la tour du Temple resteront debout.

11 y eut là quelque chose d'une grandeur morale que l'antiquité n'a pas connue.

La tragédie grecque a-t-eile rien de comparable à ce drame de nos annales? Qu'est-ce qu'Agamemnon vulgairement égorgé, auprès de ce Roi de France solennellement couché sous le couteau de la Convention? Astyanax précipité des tours d'ilion peut-il être comparé au fils des grands Rois lentement abruti par un misérable? La veuve de Priam se crevant les yeux, qu' est-elle auprès de la veuve de Louis XVI raccommodant sa robe blanche pour monter à l'échafaud?

' Marie-Thërèsc-Charlotte de France , duchesse d' Angonléme , est morte à Frohsdorf, près de Vienne, le 19 octobre 1851.

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