‹ Louis XVIIChapitre 202 sur 206 · CORU · texte numérisé non relu

CORU

(Archives de F Empire , série E, n^ 6207.)

LOUIS XVIL

En ces temps-là , du ciel les portes d'or s'ouvrirent ; Du Saint des saints ému les feux se découvrirent : Tous les cieux un moment brillèrent dévoilés ; Et les élus voyaient , lumineuses phalanges , Venir une jeune âme entre deux jeunes anges Sous les portiques étoiles.

C'était un bel enfant qui fuyait de la terre ; — Son œil doux du malheur portait le signe austère ; Ses blonds cheveux flottaient sur ses traits pâlissants ; Et les vierges du ciel , avec des chants de fête , Aux palmes du martyre unissaient sur sa tête La couronne des innocents.

On entendit des voix qui disaient dans la nue : 0 — Jeune ange , Dieu sourit à ta gloire ingénue ; t Viens , rentre dans ses bras pour ne plus en sortir ;

V Et vous , qui du Très-Haut racontez les louanges ,

« Séraphins f prophètes, archanges ,

V Courbez-vous, c'est un Roi; chantez, c'est un Martyr!

» — Où donc ai-je régné ? demandait la jeune ombre ; « Je suis un prisonniei', je ne suis point un roi ; ■0 Hier je m'endormis au fond d'une tour sombre. ï Où donc ai-je régné? Seigneur, dites-le-moi. 9 Hélas ! mon père est mort d'une mort bien amère ; •B Ses bourreaux , ô mon Dieu , m'ont abreuvé de fiel ; D Je suis un orphelin ; je viens chercher ma mère , » Qu'en mes rêves j'ai vue au ciel ! •»

Les anges répondaient : « — Ton Sauveur te réclamée 7) Viens, Dieu d'un monde impie a rappelé ton âme ; s Fuis la terre insensée où l'on brise la Croix,

V Où jusque dans la mort descend le Régicide ,

s Où le meurtre , d'horreurs avide ,

V Fouille dans les tombeaux pour y chercher des rois !

» — Quoi ! de ma longue vie ai-je achevé le reste ? t Disait-il ; a tous mes maux , les ai-je enfin soufferts ? » EsImI vrai qu'un geôlier, de ce rêve céleste, T> Xe viendra pas demain m'éveiller dans mes fers ? « Captif, de mes tourments cherchant la fin prochaine , 7) J'ai prié ; Dieu veut-il enfin me secourir? D Oh ! n'est-ce pas un songe ? A-t-il brisé ma chaîne? T) Ai-jc eu le bonheur de mourir?

ft Car vous ne savez point quelle était ma misère ! 9 Chaque jour dans ma vie amenait des malheurs ; T> Et lorsque je pleurais je n'avais pas ma mère 7) Pour chanter à mes cris, pour sourire à mes pleurs? D D'un châtiment sans fin languissante victime ,

V De ma tige arraché comme un tendre arbrisseau ,

ii J'étais proscrit bien jeune ! et j'ignorais quel crime » J'avais conmiis dans mon berceau.

!f £t pourtant, écoutez ! bien loin dans ma mémoire i> J'ai d'heureux souvenirs avant ces temps d'effroi ; D J'entendais en dormant des bruits confus de gloire , 1) Et des peuples joyeux veillaient autour de moi. « Un jour tout disparut dans un sombre mystère ; t Je vis fuir l'avenir à mes destins promis ;

V Je n'étais qu'un enfant, faible et seul sur la terre ,

> Hélas ! et j'eus des ennemis !

504 DOCLyEXTS

3 Ils m'ont jeté rivant sous des mnrs funéraires ;

V Ucs yeux voués aux pleurs n*ont plus vu le soleil ;

7 Mais vous que je retrouve, anges du ciel, mes frères, « Vous m'avex visité souvent dans mon sonuneil. B Mes jours se sont flétris dans leurs mains meortrières , B Seigneur, mais les méchants sont toujours malheureux ; « Oh ! ne soyex pas sourd comme eux à mes prières , V Car je viens vous prier pour eux ! >

Et les anges chantaient : « — L'arche à toi se dévoile,

V Suis-nous : sur ton heau front nous mettrons une étoile ! « Prends les ailes d'azur des chérubins vermeils ,

V Tù viendras avec nous bercer l'enfant qui pleure ,

> Ou , dans leur brûlante demeure , > D'un soufQe lumineux rajeunir les soleils. «

Soudain le chœur cessa, les élus écoutèrent : Il baissa son regard par les larmes terni ; Au fond des deux muets les mondes s'arrêtèrent , Et réternellc voix parla dans l'infini :

K 0 Roi ! je t'ai gardé loin des grandeurs humaines. B Tu t'es réfugié du trône dans les chaînes.

> Va, mon ûls, bénis tes revers.

V Tu n'as point su des Rois l'esclavage suprême ,

» Ton front du moins n'est pas meurtri du diadème ,

> Si tes bras sont meurtris de fers.

9 Enfant, tu t'es courbé sous le poids de la vie.

V Et la terre , pourtant , d'espérance et d'envie

» Avait entouré ton berceau !

D Viens, ton Seigneur lui-même eut ses douleurs divines, > Et mon fils, comme toi, Roi couronné d'épines,

» Porta le sceptre de roseau ' »

Victor Hugo.

Nous sommes heureux de donner ici in extenso, sur les comptes du Temple pendant les cinq ou six premiers mois de la captivité de la famille royale, un document inédit que possède la Bibliothèque impériale du Louvre, et que S. £xc. le maréchal ministre de la Maison de TËmpereur et des beaux-arts a bien voulu nous autoriser à publier.

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