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TOUE II

182 LOUIS XlTll.

Convention prétendaient qu'un dbmplot avait été ourdi entre madame la comtesse de Rochechouart et Hébert pour faire évader la famille royale ; que déjà Hébert avait , pour récompense de son adhésion à ce projet y touché un million payé par les princes coalisés, et qu'un autre million lui devait être compté après le succès. Puis on assurait que, la peur ayant saisi le traître, il avait lui-même dénoncé la conspiration.

Couthon , le digne ami de Robespierre , accusa Hébert à la tribune même de la Convention : « On a tenté, dit-il, de faire parvenir au Temple, aux enfants Capet, une lettre, un paquet de cinquante louis en or; le but de cet envoi était de faciliter Tévasion du fils de Capet; car les conjurés ayant formé le projet d'établir un conseil de régence , la présence de Fenfant était nécessaire à Finstallation du régent. Qu'ils tremblent, les

7. Pierre- Jean Proly, Dégociant, puis rédacteur de journal, âgé de 42 ans,

natif de Bruxelles, en France depuis 1782, demeurant à Paris, rue Vivienne , n« 7.

8. François Desfieux, marchand de vin de Bordeaux, âgé de 39 ans. natif

de Bordeaux, domicilié à Paris, r^e des Filles- Saint-Thomas, n« 20.

9. Anacharsis Clootz (Jean-Baptiste), homme de lettres, ci-devant député à

la Convention nationale , âgé de 38 ans , natif de Clèves , dans la Belgique , habitant en France depuis 27 ans , demeurant à Paris , rue de Mesnard, n^ 563.

10. Jacob P^yrera, manufacturier de tabac, âgé de 51 ans, natif de Bayonne,

département des Basses-Pyrénées, demeurant à Paris, rue Saint- Denis, no413, section Bon-Conseil.

11. Marie-Anne-Catherine Latreille, âgée de 34 ans, native de Montreuil-

Belley , département de Rhône-et-Loire , demeurant à Paris depuis six mois , rue et maison Bussy , femme Questineau.

12. Jean- Antoine-Florent Armand, élève en chirurgie, âgé de 26 ans, natif

de Chaylac, département de l'Ardèche, domicilié à Paris depuis ua an , rue et maison Bussy.

13. Jean-Baptiste Aucard, employé au comité des recherches du département

de Paris . âgé de 52 ans , natif de Grenoble , département de l'Isère . domicilié à Paris , rue des Mauvais-Garçons Saint-^Germain , ci-devant coupeur de gants , journalier.

14. Frédéric-Pierre Ducroquet, ci-devant perruquier-coiffeur et parfumeur,

et depuis commissaire aux accaparements, âgé de 31 ans, natif d'Amiens , département de la Somme ; demeurant à Paris , rue dii Paon, no 2, section de Marat.

15. Armaud-Hubert Leclerc, chef de division au bureau de la guerre, âgé de

44 ans. natif de Cany, département de la Seine-lifférieure, domicilié

scélérats qui voulaient donner un maître aux Français ! leur dernière beure est sonnée, ils périront ^ »

On le voit , la frêle et lamentable existence du petit Capel troublait encore T existence des tyrans. Leur dictature devenait de jour en jour plus ombrageuse. Le moindre signe de pitié à regard des enfants de Louis XVI était regardé comme un crime. Le 7 germinal (27 mars), c'est-à-dire trois jours après Texécution d* Hébert, il était question de renouveler la commission des sept membres du conseil général de la Commune qui étaient spécialement chargés de la surveillance du Temple. Cressend , de la section de la Fraternité , est proposé ; sa nomination est

À Ptris, rue Grange-Batelière, W» 10, et ancien archiviste du ci-devant évéché de Beauvais.

16. /ean-Charles Bourgeoig, ci-devant menuisier, employé dans les bureaux

de la guerre , et commandant de la force armée de sa section , âge de 26 aûs. natif de Paris, y demeurant, rue des Sans-Culottes, ci-devant Goisarde, section de Mutius-Scévola.

17. Albert Ifaïuel, ancien cordonnier, depuis brodeur, et après aide de camp

de Bonchotte , ministre de la guerre, chef d'escadron de la cavalerie rëvolutionnaire , commandant temporaire de la Ville-Affranchie, âgé de 28 ans, natif de Commune- Affranchie.

18. Antoine Descomble, ancien garçon épicier, âgé de 29 ans, natif de Besan-

çon, département du Doubs, domicilié à Paris, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, n« 21, section des Droits-de-I'Homme.

19. Pierre-Ulric Dubuisson, homme de lettres, nommé à différentes époques

commissaire du pouvoir exécutif, âgé de 48 ans, natif de Laval, département de la Mayenne , domicilié à Paris , rue Saiut-Honoré , n« 1447.

Vn l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution, en date du 4 de ce mois.

Signé : Wolp, conmiis grefCer.

Le 13 germinal, l'an 11 de la République.

Claude-' Antoinb Dkltroit, officier public.

Le Moniteur du 5 germinal an II dit que « la femme Questineau s'étant déclarée enceinte, a obtenu un sursis. > Nous voyons pourtant le nom de cette femme parmi ceux des victimes. Le Moniteur ajoute :

« Le citoyen Taboureau, de la section de Marat. est le seul des accusés qui ait été acquitté. •

Cest Labonretn qu'il faut lire. Ce Laboureau était un médecin qui fit plus tard un rapport sui* ce qu'il avait vu et entendu dans la prison sUr les accusés. En 1790, il avait publié un journal sous ce titre : t Avocat du peuple.

1 Séance dn 26 ventôse an II (16 mars 1794).

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coinballuc, on Taccuse d'avoir osé plaindre le sort du petit Capet, et d'avoir épié ses collègues plutôt que surveillé le prisonnier. Une telle imputation donna lieu, comme on le pense bien, à de vives discussions dont le résultat fut d'exclure Cressend du conseil et de l'envoyer immédiatement à l'administration de la police*.

Le mois suivant , pareille exclusion eut lieu. Un autre commissaire, qui avait mérité par ses procédés que Madame Royale lui recommandât son frère, essaya de parler contre la solitude, la piivation d'air et l'abandon du fils de Louis XVI; il fut aussitôt éliminé du conseil. A cette époque de liberté , l'exclusion ou la destitution d'un emploi faisait de droit passer dans la classe des suspects; de là il n'y avait qu'un pas à la prison, qu'un pas de la prison au tribunal révolutionnaire, et le tribunal révolutionnaire était le vestibule de l'échafaud.

Cressend et son complice ne parcoururent pas toutefois cette voie fatale ; leur interrogatoire avait bien démontré que c'étaient deux hommes peu révolutionnaires, mais leurs collègues, par intérêt personnel, hésitèrent à entrer dans un système de proscriptions intérieures qui pouvaient d'un jour à l'autre atteindre les proscripteurs eux-mêmes. Les deux membres éliminés ne furent point incarcérés. L'exclusion du conseil les sauva même de la mort ; car leurs anciens collègues , membres de la Commune, furent, quelque temps après, entraînés par le 9 thermidor vers cet échafaud vengeur où montèrent les oppresseurs de la France.

La mort d'Hébert avait accru le goût du sang. Les chefs de

' « Un membre fait des inculpations très-graves contre Cressend, de la section de la Fraternité, membre du conseil proposé pour aller au Temple; il (lit que le citoyen Cressend s'est permis de plaindre le sort du petit Capet, pX faisait un relevé de la liste des membres du conseil qui étaient de garde au Temple. Après discussion, et sur la proposition de plusieurs membres. I<' conseil arrête que le citoyen Cressend est exclu du sein du conseil, et qu'il Mcra envoyé à la police sur-le-champ , avec les pièces à l'appui , et que les scellés seront apposés sur ses papiers. »

(Conseil général de la Commune, séance du 7 germinal an II, 27 mars 1794.)

la Montagne commencèrent à s^entre-dévorer ; les ambitieux ne semblaient monter au pouvoir que pour passer de plain-pied h récbafaud. Quand on s'élève si rapidement, on ne descend pas, on tombe. Le 16 germinal, an II (5 avril 1794>), Danton était envoyé au supplice comme agent d'une conspiration tendant (qui le croirait?) au rétablissement de la monarcbie! Robespierre lui avait donné quatorze compagnons de mort ^ ; mais ce cortège suprême ne suffisait pas au grand fondateur du tribunal révolutionnaire, qui s'écria sur la charrette du bourreau : « J'entraîne Robespierre , Robespierre me suit ! » Quatre mois De s'étaient pas écoulés , et les prophétiques paroles de Danton s'étaient réalisées.

Danton est une des plus frappantes victimes de cette loi du talion que la Providence se plaît quelquefois à appliquer aux hommes :

Le 5 juillet 1793 Danton fit instituer le tribunal révolution-

^ Voici les noms de ces quinze hommes, tels qu'ils sont écrits et rangés dans le procèS'Verbal de leur exécution , et dans l'acte officiel de leur décès :

1 . Phllippe-François-Nazaire Fabre Déglautine , ci-devant homme de lettres

et député à la Convention nationale, âgé de 39 ans , natif de Carcassonae, domicilié à Paris, rue Ville-l'Ëvéque.

2. Joseph Launay, homme de loi et député à la Convention nationale, âgé

de 39 ans, natif d'Angers, domicilié ordinairement à Anvers, et à paris . boulevard Montmartre , n» 5.

3. François Chabot, ci-devant capucin et représentant du peuple, âgé de

37 ans. natif de Saint-Geniest, département de l'Aveyron, domicilié à Paris, rue d'Anjou, n« 19.

4. Lucie-Simplice-Camille-Benoist Desmuulins, homme de lettres, âgé de

33 ans , natif de Guise , district de Venins , domicilié à Paris , place du Théâtre- Français.

5. Jean-François Lacroix, soldat, capitaine de milice, puis homme de loi et

ex-député à la Convention nationale , âgé de 40 ans , natif de Pout- Audemer, département de l'Eure, domicilié à Paris, rue Lazare, n'* 6. • 6. Pierre Phelippeaux ^ homme de loi et député à la Convention nationale , âgé de 35 ans , natif de Ferrière . département de l'Oise , domicilié à Paris , rue ae l'Echelle , n^ 3.

1. Claude Bazire, commis aux Archives des états de la Bourgogne, commandant de la garde et député à la Convention nationale , âgé de 29 ans , natif de Dijon , département de la Côte-d'Or, domicilié à Paris , rue Saint-P ierre-Montmartre .

8. Marie-Jean Hérault de Séchellcs. député à la Convention nationale, âgé

naire, et le 5 avril 17941e tribunal révolutionnaire envoyait Danton à la mort.

Ce tribunal, d'après Tinique mesure que Danton aviût fait adopter, pouvait imposer silence aux accusés, quand ce silence convenait aux juges ; et lorsque Faccusé Danton voulut se défendre, le tribunal lui interdit la parole, conformément à la loi que Danton lui-m<^me avait faite.

Danton avait dit quelquefois : u Tout ira bien , tant que Ton dira Robespierre et Danton : malheur à moi, si jamais Ton disait Danton et Robespierre. Dans les révolutions, s'écriait-il encore , Fautorité reste au plus scélérat. »

« Une singularité très-frappante (dit Riouffe'), c'est que Danton, Hébert, Chaumette et Robespierre ont été dans le même cachot. Tant de travaux, de dissimulations, d'extravagances el

de 34 ang, natif de Paris, y domicilié, rue Basse-du-Rempart , b9 14. 9. Georges-Jacques Danton, député à la Convention nationale, âgé de 34 ans, natif de Darcy-sur- Aube , département de l'Aube , domicilié à Paris , rue et section de Marat.

10. Marc-René Sahuguet Despagnac, ci-devant abbé et employé aux fourni-

tures des haras, âgé de 41 ans, natif de Brie, département de la Corréze, domicilié à Paris, me de l'Université, prés l'ancienne barrière.

1 1 . Simon Kotloo Junius Frey , fournisseur à l'armée , âgé de 36 ans , natif

de Bruyen, en Moravie, domicilié à Paris, rue d'Anjou Saint-Honoré. no 19.

12. André-Marie Gusman, âgé de 41 ans, natif de Grenade, en Espagne.

naturalisé Français en 1751.

13. Emmanuel Frey, âgé de 27 ans, natif de Bruyen, en Moravie, domicilié

à Paris . rue d'Anjou Saint-Honoré , n<* 19.

14. Jean-Frédéric Deiderinchen , avocat de la cour du roi de Danemark, âgé

de 51 ans , natif de I^xembourg , pays de Holstein , en Danemark . domicilié à Paris, rue des Petits-Augustins.

15. François-Joseph Westermann, ci-devant aide de camp de Dumouriez.

depuis général de division, âgé de 38 ans, natif de Motzheim, département du Bas-Rhin.

Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution en date du 16 germinal.

Signé : UIbivain , greffier.

Paris , le 7 floréal , l'an II de la République.

Claudb-Antoinb Dbltroit , officier public.

* Mémoires d'un détenu , pour servir à f histoire de la tyrannie de Robespierre. Paris , Anjubault , an III , page 93.

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