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LIVRE XIV. - SOLITUDE DE LOUIS XVIL

de crimes ont abouti à ]ear conquérir quatre pieds de terrain à la Conciergerie, et une planche à la place de la Révolution. » La prédiction de Danton était répétée quelques jours après , le 24 germinal (13 avril), par Chaumette, que Robespierre encore envoyait à Téchafaud avec la jeune veuve de Camille Desmoulins, Arthur Dillon et quelques autres, pour lesquels on avait inventé un nouveau crime, la conspiration des prisons^,

* Cette fournée se composait de :

1. Philibert Simon, députe à la Convention nationale, natif de Rumilly

(Mont-Blanc) , domicilié à Paris , rue Traversière-Honoré.

2. Arthur Dillon , ci-devant général divisionnaire , âgé de 43 ans . natif de

Braywick , en Angleterre , domicilié à Paris , rue Jacob , n° 38.

3. Jean-Baptiste Gobel. ci-devant évéque de Paris, âgé de 67 ans, natif de

Thann , département du Haut-Rhin . domicilié à Paris , île de la Fraternité, quai de l'Égalité, n® 13.

4. Jean-Michel Beysser, général de brigade dans l'armée de l'Ouest, âgé de

40 ans , natif de Ribauviller, en Alsace , département du Haut-Rhin . domicilié ordinairement à Lorient.

Ti. Gaspard Chaumette^ agent national de la Commune de Paris , ci-devant procureur de ladite Commune, âgé de 31 ans, natif de Nevers (Nièvre). domicilié à Paris, rue de l'Observatoire, aux Visitandines , et avant rue du Paon , section de Marat.

6. Marie-Marguerite>Françoise Goupile, âgée de 38 ans, native de Paris,

y domiciliée, rue Neuve-de-l'Ëgalité, cour des Forges, veuve de

Hébert.

7. Jean-Baptiste-Ernest Bûcher (de l'Épinois), commandant de la garde

nationale de Ifesnil-Saint-Denis , âgé de 43 ans , natif d'Amiens , département de la Somme , domicilié à Ifesnil-Saint-Denis , district de Versailles , département de Seine-et-Oise.

8. Marie-Marc- Antoine Barras , ancien administrateur du district de Tou-

louse , âgé de 30 ans , natif de Toulouse , département de la Haute- Gai^onne, y domicilié.

9. Jean-Jacques Lacombe , vivant de son revenu , âgé de 33 ans , natif de

Cajac (Lot), domicilié à Paris, maison garnie des Français, rue de Thionville, n<* 30, section de Marat.

10. Jean-Manrice-François Lebrasse, lieutenant de gendarmerie prés les

tribunaux , âgé de 31 ans , natif de Rennes , département de l'IUe-et- Vilaine, domicilié à Paris, rue Jacques, n* 27.

11. Anne-Lucile-Philippe Laridon Duplessis, âgée de 23 ans, native de

Paris , y domiciliée , rue du Théâtre-Français , veuve de Lucie-Simplice-Camille-Benott Desmoulins.

12. Antoine Duret, adjudant général de l'armée des Alpes , âgé de 44 ans ,

natif de Boanne-en-Forez , domicilié à Montbrissey, département de la Loire, lors de son arrestation à Feure.

13. Guillaume Lassalle, officier de marine, âgé de 24 ans, natif de Boulogne-

« Les ennemis de la révolution, disaient les vainqaears da jour, semblent renaître de leurs cendres ; ils reparaissent comme le polype sous Finstrument qui le mutile. » Et cette crainte métue de la royauté prouvait encore Fexistence morale de la royauté ; Fombre d'un enfant enfermé entre quatre murs suffisait pour livrer les anarchistes au trouble aussi bien que la Vendée à Fespérance.

Bien que Chaumette et Hébert eussent disparu des conseils de la Commune, le Temple fut plus que jamais livré aux inves-

sor-Mer. département da Pâs-de-Calais . domicilié à Paris ^piiaison de France , me NenTe-de-I'Egalitë.

14. Alexandre Konny Grammont . officier de la caTalerie révol«tioDnaire , et

avant employé an bnrean de la guerre, âgé de 19 ans. natif de Limoges, département de la Hante-Vienne, domicilié à Paris, passage des Pelits-Pères , n* 3 , section de Gnillaume-Tell.

15. \ourry Grammont, ci-devant artiste du théâtre Montansier. ensoite adju-

dant général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42 ûis, natif de La Rochelle (Charente-Inférieure), domicilié à Paris, passage des Petits- Péres, section de GuiUaume-Tell.

16. Jean-lfarie Lepallus, juge de la commission révolutionnaire de Feure.

âgé de 26 ans, natif de Matour, district de Charonne, département de Saône-et-Loire . domicilié ordinairement à Néardor. département de Rhône-et-Loire.

17. Jean-François Lambert, porte-clefs de la maison d'arrêt du Luxembourg.

âgé de 25 ans , natif de Boisne , département du Loiret , domicilié à Paris, rue de la Convention.

18. Marie-Sébastien Brumean-Lacroix , membre du comité révolutionnaire

de la section de l'Unité, âgé de 26 ans, domicilié à Paris, rue du Colombier.

19. Edme Rameau, prêtre, âgé de 41 ans, natif d'Auxerre, département de

l'Yonne, domicilié à Paris, rue Sauveur.

20. Louis-Guillaume- André Brossard, secrétaire du comité révolutionnaire

de la ville de Périgueux , âgé de 32 ans , natif de Térasson , département de la Dordogne , demeurant à Périgueux.

21 . Etienne Ragondet . ci-devant marchand de chevaux , commandant du

bataillon de la section de la République, et inspecteur dans les charrois des armées , âgé de 46 ans , natif de Paris , demeurant à Capy . près Péronne , département de la Somme.

Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution, en date du 24 germinal.

Signé : L^rivaik , greffier.

Le 7 floréal, l'an II de la République.

Claudb-Axtoinb Dbltroit, officier public.

tigations les plus sévères, au régime le plus rigoureux *. Madame Elisabeth ne pouvait plus obtenir aucune nouvelle de son neveu. Madame Royale ne prononçait plus le nom de son frère sans que le silence protestât ou que Tinjure répondît. La terreur était partout. Du haut de ses échafauds , ses sanglantes

' Cette rigueur allait jusqu'au ridicule , et se manifestait chaque jour par quelques nouveaux arrêtes. Voici deux documents qui donneront une idée de ceux que nous ne citons pas :

Commune de Paris.

« Le 19 pluviôse , l'an II de la République française une et indivisible (7 février 1794).

• Extrait du registre des délibérations du conseil général.

■ Le conseil du Temple fait part que le citoyen Langlois a apporté une boateille du contenu d'environ demi-setier, scellée d'un cachet formé de plu> sieurs lettres qbe nous n'avons pu distinguer, et sur laquelle était une inscriplioD portant ces mots : Bouillon pour Marie-Thérèse.

» Ayant interpellé ledit Langlois de dire de quel ordre il apportait ces bouillons, a dit que depuis environ quatre à cinq mois il avait toujours contiDué d'en apporter sans empêchement.

• Le conseil du Temple, considérant qu'aucun officier de santé n'ayant ordonné les bouillons mentionnés ci-dessus, et la fille Capet et sa tante jouissant d'une santé parfaite, ainsi que s'en est assuré le conseil cejourd'hui;

» Considérant que ce ne peut être que par une espèce d'habitude et sans aucun besoin, que l'usage de ces bouillons a été conservé, et qu'il est en même temps de l'intérêt de la République, ainsi que du devoir des magistrats, d'arrêter toute espèce d'abus, à l'instant qu'iU viennent à leur connaissance;

• Arrête qu'à compter de ce jour l'usage de tous remèdes qui pourraient être apportés au Temple par qui que ce soit cessera, jusqu'à ce qu'il en ait été référé au conseil général de la Commune , pour être statué par lui définitivement ce qu'il appartiendra.

• Le conseil adopte l'arrêté du conseil du Temple dans tout son contenu.

Signé : Lubin , vice-président.

» DoRAT-CuBiÈREs , secrétaire-grefBcr adjoint.

» Pour extrait conforme :

> DoRAT-CuBiftRBS , secrétaîre-greCfier adjoint.

■ Le secrétaire-greffier annonce au conseil qu'en exécution d'un de ses précédents arrêtés , il a acheté deux dés en ivoire pour les prisonnières du Temple. Il ajoute que demain il portera à la Monnaie le dé d'or, pour le p'rix en être distribué par les ordres du conseil.

> Le conseil général donne acte au secrétaire-greffier de sa déclaration. • (Conseil général de la Commune, séance du 8 germinal an It, vendredi 28 mars 1794.)

forteresses , la minorité commandait à la nation de se taire , à la liberté de s*agenouiller, à rhumanité de se voiler et de subir des lois sauvages. Le soupçon suffisait pour remplir les prisons, le bourreau pour les vider. Les GoUot d'Herbois, les Lebon, les Saint-Just, les Carrier, allèrent porter dans les grandes villes répouvante et la mort. La tache de sang qui est tombée sur une place de Paris s'élargit jusqu'à couvrir toute la France. La guillotine stationne sur la place publique ; son couteau infatigable descend, remonte et redescend sans cesse entre ses deux poteaux et le long de ses rainures humides. Magistrats et généraux, clergé, peuple et noblesse, citadins, campagnards, jeunes filles beaux printemps de Tannée, vieillards aux confins de la vie, tous périssent. moissonnés ensemble, populations de martyrs qui suivent dans leur pèlerinage un Roi et, une Reine. La sublime tâche que M. de Malesherbes avait accomplie, Téchafaud venait de lui en donner le prix* (3 floréal an II —

' Les registres du tribunal révolutionnaire et ceux des actes mortuaires donnent, dans l'ordre suivant, les noms de ses compagnons d'infortune, parmi lesquels figurent sa fille , sa petite-fiUe et son petit-fils :

1. Jacques Duval Desprémenil, ex-constituant, âgé de 48 ans, natif de

Pondichéry, domicilié à Mériffou, commune de La Remuée,, département de Seine-Inférieure.

2. Jacques-Guillaume Tlvouret, ex-constituant, ex-président du tribunal de

cassation, âgé de 48 ans, natif de Pont-l'Évéque , département du Calvados, domicilié à Paris, tue des Petits-Augustin s , n** 21.

3. Isaac-René-Gui Lechappelier , ex-constituant , âgé de 39 ans , natif de

Rennes, département de l'ille-et- Vilaine, y domicilié, et ayant un domicile à Paris , rue Montmartre.

4. François Hell, ci-devant procureur général syndic des états d'Alsace,

grand bailli de Langres et administrateur du département du Haut- Rhin, âgé de 63 ans, natif de Keseinhem , susdit département, domicilié à Paris, rue Helvétius.

5. Chrétien-Guillaume Lamoignon Malesherbes, ex-noble et ex-ministre du

tyran, âgé de 72 ans', natif de Paris, domicilié à Malesherbes, département du Loiret.

6. Antoinette-Marguerite-Thérése Lamoignon Malesherbes, native de Paris,

domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, veuve de Le-

pelletier Rozambo.

7. Aline-Thérèse Lepelletier Rozambo, âgée de 23 ans, native de Paris,

domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, mariée à Chateaubriand.

22 avril 1794). Je n'aime point à entendre dire que la France attaquée par l'Europe dut son triomphe à ses excès. Non, ce ne sont pas les massacres de septembre "qui empêchaient la liberté de périr; non, ce n'est pas le bourreau qui enfantait rhéroîsme de nos armées ; ne mentons pas à l'histoire , ne calomnions pas le patriotisme. Disons au contraire , pour être juste, aux dictateurs de ce temps : Les exploits de la France contre l'étranger peuvent à peine racheter vos crimes contre vos concitoyens; ses victoires se multiplient sans pouvoir répondre à vos assassinats , et son glorieux drapeau n'a pas assez de plis pour cacher toutes les hontes dont vous salissez la patrie;

Depuis la mort de la Reine, les deux augustes prisonnières ignoraient absolument comment allaient les choses au dehors de la tour du Temple. J'ai dit qu'elles ne pouvaient savoir même ce qui se passait à côté d'elles , dans la chambre du jeune orphelin ; elles vivaient de leurs souvenirs , de leurs craintes , mêlées de bien peu d'espérances, mais d'une entière soumission à la volonté de Dieu. C'est à cette pieuse résignation que nous devons la belle prière que l'histoire a conservée de Madame Elisabeth. Retenue autrefois à la cour par son dévouement pour

8. Jean-Baptiste-Augusie Chateaubriand, ex-noble et ex-capitaine de cava-

lerie, âgé de 34 ans, natif de Saint-Malo, département de l'IUe-et- Vilaine , domicilie à Malesherbes , département du Loiret.

9. Diane-Adëlaïde Rochechonart. ex-noble . âgée de 62 ans , native de Paris ,

y domiciliée, rue Grange-Bateliére , veuve de Duchatelet.

10. Béatrix Choiseul, ex-noble, âgée de 64 ans, native de Lunëville, domi-

ciliée à Paris, rue Grange-Batelière, mariée à Grammont.

11. Victoire Boucher Rochechonart, ex-noble, âgée de 49 ans, native de

Paris, y domiciliée, rue du Mont-Blanc, veuve de Pontville.

12. Louis-Pierre Mousset, charpentier et ci-devant procureur de la Com-

mune de Donnery , âgé de 42 ans , natif de Saint-lf arceau d'Orléans , département du Loiret , domicilié audit Donnery.

Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution, en date du 3 de ce mois.

Signé : Lécrivaik , greffier.

Le 13 floréal de l'an II de la République.

Claum-Antoinb Dbltroit, officier public.

son frère, elle n'y avait vécu que pour prendre sa part des tribulations et des larmes. Aujourd'hui, tout ce que la tendresse a de plus touchant , tout ce que la religion a de plus sublime , tout ce que la sensibilité a de plus consolateur, Madame Elisabeth le mettait en œuvre pour former le cœur et Tesprit de sa royale nièce, dont elle était devenue la mère de par le bourreau.

Le nouvel orage qu'elle attendait pour terminer ou changer son sort éclata bientôt.

Déjà, dès le quintidi frimaire de l'an II (25 novembre 1793), la Commune de Paris avait adressé à la Convention nationale la pétition suivante :

ce Législateurs ,

» Vous avez décrété l'égalité source du bonheur public ; elle s'établit sur des bases désormais inébranlables , et cependant elle est violée, cette égalité, et de la manière la plus révoltante , dans les vils restes de la tyrannie , dans les prisonniers du Temple. Pourraient-ils encore, ces restes abominables , être comptés pour quelque chose dans les circonstances actuelles, ce ne serait qu'en raison de l'intérêt que la patrie aurait d'empêcher qu'ils ne déchirassent son sein et ne renouvelassent les atrocités commises par les deux monstres qui leur ont donné le jour. Si donc tel est à leur égard le seul et unique intérêt de la République , c'est sous sa surveillance entière qu'ils doivent être placés, et ils ne sont plus, ces temps horribles où une faction liberticide, dont le glaive de la loi a fait justice, avait choisi comme moyen de vengeance , contre une Commune patriote qu'elle abhorrait, une responsabilité qui outrageait toutes les lois et qui pèse depuis plus de quinze mois sur la tête de chacun des membres de la Commune de Paris.

» La raison, la justice, l'égalité vous crient, législateurs, de faire cesser cette responsabilité.

» Et comme il est plus que temps de rendre à leurs travaux deux cent cinquante sans-culottes qu'on emploie injustement

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