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LIVRE XVI. — GOMIN ADJOINT A LAURENT

blaient lui offrir de Tintérét , et Gomin se promit de lut procurer à lui-même cet élément de distraction.

Cependant les parties perdues et les libations gagnées avaient peu à peu exalté la mauvaise humeur de Leroux : il était de ces esprits hargneux et sauvages que le vin et la mauvaise fortune rendent colères et intraitables : le débordement de sa bile éteignit le peu de raison dont il était doué ; il se leva , il jura, il tempêta, il déchira les cartes, et buvant, buvant encore, buvant toujours, il fît entendre les hurlements les plus cyniques qoi eussent encore troublé les échos du Temple. L'enfant regardait de tous ses yeux et tremblait de tous ses membres. Enfin, les gardiens parvinrent à entraîner le clubiste chancelant dans la salle du conseil , où il put à loisir cuver son vin et oublier les disgrâces du sort.

Qu*on me pardonne encore une fois de représenter les choses telles qu'elles étaient, et de les montrer dans leur ignoble nudité. Ces détails sont tristes, ils sont vulgaires, ils sont honteux; mais comment les taire ou les modifier? On rapetisse la statue quand on veut élever le piédestal.

Le calme était rentré dans la chambre du Dauphin : il n'est pas jusqu'aux débris de cartes qui n'eussent été enlevés , afin que l'orage ne laissât dans la solitude aucune trace de son passage.

Mais le lendemain, après le départ de Leroux, l'enfant royal trouva sur sa table deux grands jeux de cartes , tout neufs , que la pieuse attention de Gomin y avait placés furtivement au moment de la visite du nouveau commissaire.

Les gardiens virent du reste bientôt qu'ils n'avaient point à se défier de ce municipal, qui, au contraire, les dédommagea amplement des cruelles bouffonneries de son prédécesseur. Il se nommait Debierne*. C'était un excellent homme, qui montra, tout d'abord, beaucoup d'intérêt au Prince. Non-seulement il se prêta à la promenade sur la plate-forme, mais il demanda lui-même à passer une grande partie de la journée chez le

1 Tftbletier, demeurant me dep Arpif, à l'enseigne de la Pucelle étOrliant.

prisonnier. Gomin ne s'était jamais trouvé aussi à Taise avec ]^, aucun membre des comités civils; sa timidité habituelle fit y place à la confiance, et il hasarda quelcpes mots, qui, acceptés avidement par Debierne, amenèrent un épanchement réciproque et une mutuelle sympathie. Us ne se séparèrent pas le lendemain sans se promettre de se revoir. \i

En effet , quatre jours après , Debierne revint au Temple. L Informé qu'une personne le demandait, Gomin alla le rece- j, voir chez F économe Liénard , où les gardiens , en pareille dr- ', constance, trouvaient une chambre pour causer. Debierne apportait , avec une rayonnante figure , différents petits jouets pour le Prince , entre autres un baguenaudier et un bilboquet d'ivoire.

Il apportait aussi de bonnes nouvelles , qui faisaient espérer à Gomin qu'il y aurait un mouvement prochain, et que le Prince passerait dans la Vendée, u Les affaires vont bien , lui dit Debierne; les Vendéens, qui manquaient d'argent, viennent de faire graver des Bons payables au Trésor royal après la

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