‹ Louis XVIII et le duc Decazes, 1815-1820;Chapitre 24 sur 36 · MEME SUJET · texte numérisé non relu

MEME SUJET

« 11 septembre 1817.

u Je n'ai rêvé cette nuit qu'à votre embarras, dont il est cependant indispensable que vous sortiez. Ne pourriez-vous pas faire entendre à Laine que vous vous êtes avancé avec Mole, que d'ailleurs l'homme que Ton appelle aux conseils privés du roi, qu'on écoute et que l'on consulte dans son cabinet, qui nous défend aux pairs, peut bien être ministre? Remarquez que Laine n'était pas éloigné de MoUien dans le temps, pour les finances, et qu'il proposait de le faire conseiller d'État, au dernier travail de ce conseil ; puis, n'est-ce pas quelque chose et beaucoup, de faire voir qu'on marche, et que la porte n'est pas fermée? Il n'a pas d'ailleurs signé la * déclaration du Conseil d'État, pour l'acte additionnel; il avait, dans le cours de juillet, réuni le conseil général de Seine-et- Oise, pour demander qu'on proclamât le roi. Si l'on peut avec raison lui &ire un crime de n'en avoir pas fait davantage, et

de n'avoir pas eu le coura^je de refuser le reste, ne doit-on pas lui savoir gré de cela? Puis une pareille barque à conduire au milieu des difficultés croissantes, demande des pilotes habiles, et nous ne pouvons trop nous renforcer. Mole est un homme d'État, un homme de tribune; utile au Conseil, il le sera aux Chambres; il le sera dans son salon avec nos députés, nos pairs, et la foule de ceux qu'il faut que nous gagnions, ramenions et conservions ; il le sera avec les étrangers, il nous donne des royalistes, des libéraux, des bonapartistes, parce qu'il est, ou a été tout cela, et qu'il tient à tous par sa femille, ses amis, .son passé et son présent. Un ministère aussi fort fermera la bouche k bien des dénigreurs, inspirera un peu de respect aux agresseurs et donnera confiance au plus grand nombre. Puis, qui prendre enfin? Permettez à mon amitié de vous redire Fimportance d'en finir d'une manière ou d'une autre. Nous n'avons plus que neuf jours pour les élections; notre département le plus éloigné est le Gers, il faut sept jours pour que la nouvelle y arrive. Croyez que la retraite du duc de Feltre connue ôtera au général Delort^ que les ultralibéraux portent, tous les demi-soldes, qui à tort ou à raison haïssent le duc de Feltre et qui passeront au général Lagrange avec leurs amis. Si vous n'êtes pas décidé encore pour les remplacer, ne pourriez-vous pas toujours écrire au duc de Feltre? Cela vous donnerait deux jours aisément, seulement on saurait que le duc de Feltre se retire, et ce seul effet suffirait.

a Mon Dieu ! je vous tourmente ! mais il ne faut rien avoir à se reprocher, excusez mon amitié et croyez bien que personne n'en a pour vous une plus tendre et plus durable, que personne n'est plus jaloux de votre gloire à laquelle j'ai attaché la mienne qui, toute petite qu'elle sera, sera assez grande si elle n'est pas. séparée de la vôtre. Mille tendres amitiés. — Decazes. »

Page 1