‹ Louis XVIII et NapoleonChapitre 13 sur 13 · MG · texte numérisé non relu

MG

FAUSTINE

C^était un hommage rendu à mon ran^j.

D'ailleurs une divinité de plus n'embarrassait pas; il y avait place dans notre olympe.

BRANTOME

Sans doute ^ tous les rois en avaient la clc ; aussi y que de méchans dieux ! ils ont tué la dévotion. Pour vous ^ que ne fites-vous écrire votre histoire par Içs desservans de votre temple ? ils vous auraient dotée de vertus dont vos contemporains ne parlent pas ^ et ôté certains péchés dont on parle trop.

FAUSTINE

Oui, j'ai Tu ce dont on m'accuse, et J'en suis émerveillée. Que de sagacité pour deviner ce qu'on n'a pas vu, et qu'on croirait à peino en le voyant. Mais point d'historien qui soit sorcier ; il suffit que son lecteur soit crédule. Au reste , ma légende me faisait honneur : voyez mes médailles \

BRANTOME

En effet ^ elles vous donnent une vertu que la chronique vous refuse : la chasteté.

FAUSTllSE.

J^aurais peut-être choisi autrement y on a choisi pour moi; je m'y tiens. /^^^^|,^;^'

ipso 'lOTO" '

BRANTÔME. ^../,.n

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Quoi qu'il en soit^ que vous fûtes heureuj^e d'avoir un mari si débonnaire ! il était philosophe^ et^ à ce titre , condamné à la patience; mais avouez qu'il en avait beaucoup.

FAUSTINE

Moins que ceux qui supporteutThumeur vertueuse de certaines femmes , qui feraient haïr la chasteté si les hommes n'y tenaient pas tant par vanité. - *

BRANTOME

Dites par honneur; c'était la loi de mon siècle. Il fallait alors se conduire , sinon honnêtement^ du moins subtilement, car les maris tuaient leurs femmes au premier soupçon . L'amour n'y perdait rien : la nécessité donne de l'esprit y mais tout se passait dans l'ordre. L'époux ne tolérait que ce qu'il ï^noTait, oufeignaït d'ignorer ce qu'il tolérait : ce qui revenait au même. Quant à Marc-Aurële , ne pouvant faire mieux , il taisait vos fredaines , mais c'était à vous de les cacher.

FAUSTINE

Avouez aussi qu'il est telle de nos faiblesses, dont les hommes ne peuvent se plaindre y parce qu'ils l'ont provoquée. Marc-Aurele était plus amoureux de sa philosophie que de sa femme. Qu'y a-t-il d'étonnant que l'indifférence soit payée par rinfidélité ?

13RAJNTÔME.

j,,Çe n'est que justice. Venons à vos choix ; ils n'étaient pas plus honnêtes qu'honorables. Femme , j'en rougirais pour vous : encore si votre empereur n'avait eu pour iieutenans que des consuls et des sénateurs ; mais il se voyait supplanté par des gladiateurs et des matelots. Qu'on excuse vos faiblesses ^ j'y consens , non vos goûts.

FAIISTINE.

Ehî n'avez-vous jamais courtisé que des grandes dames? Toute fille jolie vous charmait, quelle que fut sa condition . On plaît ou l'on ne plaît pas; voilà tout.

BRANTÔME

Oui, pour le vulgaire. Une impératrice, une reine s'humaniser avec tout le monde , comme une petite bourgeoise : non , non ; les suites en sont trop graves. Outre l'inconvénient de rendre douteux les droits d'un

fils au tronc , il en est un autre auquel vous; ne sonrjiez pas, et dont Rome lut victinie. INé (Vun père nourri dans la bassesse, Commode y puisa ses vices ; ûh de Mjarc-Aurèle il en eût retenu quelques traits, ce qui eût suffi pour le fair^ adorer : car, échappés aux Néron et aux Galig;ula , les Romains tenaient pour bon toat empereur q^ui n'était pas, tout-à-fait méchant.

FAUSTINE

On ne saurait mieux prêcher morale ; c'est dommage qu'elle contraste si fort avec vos actions et vos écrite ; sans cela elle ferait fortune.

.acbeomifiij^

BRANTÔME., j'i OJJp oUîJllp

Mïi morale doit vous convenir ; elle est si peu gênante ! il n'est pas besoin d'être femme de bien pour s'en accommoder. Rigide pour quelques bienséances, elle s'arrange avec tout lie reste.,

FAUSTINE

Si vous avez peint au vi:ai vos conXempo-

rains, la cour de France valait la mienne. On s'y donnait presqu'autant de libertés.

ç r; BRANTOME.

On y vivait gaîment ; la coquetterie des femmes et la jalousie des maris aig^uisaient l'appétit. N'en était-il pas de même à Rome ?

FAUSTINE

Non : les maris ne s'y fâchaient plus, et les femmes restaient libres de tout faire : aussi que ne faisaient-elles pas ! Et si je n'avais été impératrice, personne n'eût songé à médire de moi.

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BRANTOME

Ni à VOUS diviniser.

FAUSTINE

Antonin avait déifié ma mëre : j'occupais sa place , j'avais les mêmes droits.

BRANTOME

Et d'aussi beaux titres ; car telle mère , telle fille. Que vous deviez enseigner puissamment la sagesse aux dames romaines ! . « j

FAUSTINE

Plus que vous ne pensez. Marc-Aurèle était aussi fin politique que grand philosophe. Il imposait à la médisance en couvrant d'un voile sacré mes faiblesses , et, sanctifié par l'apothéose, mon nom s'entourait de respect et de' vénération. Marc-Aurële y gagnait encore, comme mari, d'abriter son honneur sous l'auréole d'une déesse y comme homme, de faire éclater sa bonté. Aussi mon temple devenait le sien j il n'était plein que de son souvenir : on lui renvoyait les vertus qu'on m'attribuait; on l'invoquait devant mon image ; c'était lui qu'on adorait en moi.

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