‹ Louis XVIII et NapoleonChapitre 12 sur 13 · M^'^. GAUTHIER · texte numérisé non relu

M^'^. GAUTHIER

Que ne le donniez-vous à Dieu^ ou tout au moins à vos amis : il eût passé si vite et si bien !

Mïne. DU DEFFANT.

Sans doute , mais je ne cherchais qu'à me distraire^ et j'aurais craint de me fatiguer. Un sentiment profond , quel qu'il soit, enchaîne la pensée , et tue l'esprit et les agrémens. Que serais-je devenue dans un monde qui n'accueille que ce qui l'amuse. Je vivais de lui seul, il fallait épouser ses goûts pour lui plaire, et lui plaire pour le captiver.

m"^. GAUTHIER.

Vous vous justifiez comme les tyrans par la nécessité ; mais ose-t-on lui résister, elle plie devant la constance , j'en fis l'épreuve avec succès.

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M^e. DXJ DEFFANT.

Je lésais; votre sacrifice fut héroïque : il TOUS arrachait à l'amour^ à la gloire^ aux jouissances du luxe ; à tout ce qui attache et donne du prix à l'existence. Vous quittiez ces biens pour un monde semé de privations, de pratiques, d'austérités. Même aujourd'hui, en songeant à votre action , je la comprends à peine , je n'en suis encore qu'à l'admirer.

M^le. GAUTHIER.

C'est qu'il faudrait sentir comme moi. Ce n'est pas que votre âme fût insensible; elle n'était qu'endurcie par la dissipation , seul penchant qui vous restât après tous les autres.

Mme. DU DEFFANT. '

Les passions elles-mêmes sont impuissantes contre l'ennui, ce terrible ennemi qui m'a persécutée à tous les âges. Je le rencontrais à la cour et dans les salons; il me suivait jusque

dans le boudoir. Que lui opposer? les distractions : dans ma jeunesse je n'en manquais pas ,. j'allais au-devant; vieille^ il me fallut les attendre.

M^e. GAUTHIER.

Vous parlez dépassions; mais quoi, vous n'avez jamais eu que des goûts, aussi n'avezvous cessé de les confondre. Ceux-ci jettent un doux intérêt dans la vie, ils l'animent sans déranger l'ordre; tandis que les passions n'ont de lois, que leurs désirs toujours effrénés. En retour, ciment des grandes choses, principe de l'héroïsme , si dans leurs écarts elles détruisent; seules elles fondent.

M^e. DU DEFFANT.

Vous faites le procès à la sagesse telle qu'on la prêche dans les sermons et dans les livres : on la montre toujours sous les traits de la modération. Mais si les passions sont utiles pour fonder un empire , sauver une ville , écrire un poëme , elles sont nuisibles dans tout le reste. Voyez dans la société, que de mariages sans

amour, que d'amitiés sans dévouement, que de ministres sans génie l Eh bien ! le monde n'en va que mieux et les hommes n'en vivent que plus d'accord. Ils ne s'attaquent guère que pour des ridicules, qui ne sont pas un grand malj car ils n'incommodent pas ceux qui les portent, et amusent ceux qui les voient.

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m'*®. GAUTHIER.

Vous ne songez qu'au vulgaire, mais celui-ci ne conduit pas, il est conduit, et comment? par des passions. Animent-elles les chefs ^ ils entraînent les peuples à la gloire j un homme, elles l'enlèvent à l'humilité de son sort et l'immortalisent. En un mot, les passions font les grandes vertus qui honorent l'humanitc et les grands repentirs qui, s'ils ne peuvent réparer le mal, prêchent si puissamment le bien par l'exemple.

MKie. nu DEEFANT.

Qui ne fructifie pas toujours : on l'admire et Ton s'en tient là.

M^le. GAUTHIER.

Erreur : il force la conviction. '^^

M"ie. DU DEFFANT.

Oui , mais suivant le temps et l'occasion : voyez le vôtre !

M^e. GAUTHIER.

S'il n'a pas fait de croyans dans un siècle incrédule , il a témoigné la toute-puissance de la foi : c'était beaucoup alors. Que n'ai-je pu étaler hautement les douceurs que j'ai recueillies d'un peu de fermeté. J'aurais fait aimer la religion aux indifférens ; j'aurais contraint ses ennemis à la respecter.

Mïiie. DU DEFFANT i

J'étais du nombre des premiers , ce qui ne m'empêchait pas de défendre la religion con-

tre ceux qui l'attaquaient . C'était par esprit de justice , plus que par conviction ; car s'il m'arrivait de me bourrer de morale religieuse , elle me restait sur l'estomac. C'est vainement que je revins à la charge ; il fallut lâcher prise , et je retombai dans le vide de mon cœur ; mais apprenez-moi comment la grâce vous vint trouver , tandis qu'elle me fuyait?

M^le. GAUTHIER.

Par un de cesévénemens que les hommes appellent hasard, pour désigner ce qu'ils ne peuvent comprendre. Au milieu de ma vie dissipée, tranchons le mot, criminelle, je n'avais oublié que mes devoirs ^ Dieu vivait dans ma pensée. J'entrai dans son temple un matin j l'aspect du saint lieu produisit sur moi un effet aussi profond que subit. Mon cœur tressaillit , mes yeux se dessillèrent , et je vis mes fautes dans toute leur horreur et toute leur étendue. Que vousdirai-je ? le monde ne me parut plus qu'un lieu d'exil que je me hâtai de fuir, pour m'ensevelir vivante dans un couvent. Eh bien !

je le dis avec sincérité, je ne fus jamais plus tranquille ni plus satisfaite. J'étais avide d'aus^ térités; j'imaginais des privations, et le cœur, plein de consolantes espérances , je n'éprouvai jamais un moment d'impatience , une heure d'ennui , un jour de découragement. Me noui> rissant de larmes et de prières, mon esprit était toujours libre , mon corps toujours sain. C'est ainsi que s'écoula le reste d'une existence où je me sentais heureuse, quand je ne songeais pas à sa première moitié.

«/v *Mi»e. DU DEFFANT.

Quelle énigme que notre cœur, et comment savoir ce qui lui convient !

M^le. GAUTmER.

riq i«8ar.

'<•:' En interrogeant ses premiers mouvemens , ils sont si vrais et si généreux ! Dans le monde on fait le contraire; on s'étudie à les réprimer jusqu'à ce qu'on les étouffe.

M"îe. DU DEFFANT.

C'est qu'ils s'accordent rarement avec nos intérêts , et dans la \ie ceux-ci tiennent tant de place !

M^Ie. GAUTHIER.

Dites qu'on leur en fait trop. Enchaînée par les circonstances , ne vous fallait-il pas sans cesse accueillir des g^ens qui vous déplaisaient, caresser des opinions qui vous blessaient ; vous soumettre^ enfin ^ à mille entraves ? Moi, je n'avais à répondre qu'à ma conscience , qui n'avait affaire qu'à Dieu, tandis que vous aviez à répondre aux hommes. Qui de nous était la plus libre ? Ce n'était pas vous î

M^e. DU DEFFANT.

Hélas non ! quoi que je fisse , je ne pouvais jamais contenter tout le monde , et j'étais toujours mécontente de moi. Je riais , le plus souvent sans plaisir; je louais à contrecœur , et je soupais sans appétit. J étais liée

à des habitudes auxquelles je m'attacliais faute> de mieux. Qui m'eût consolée de leur absence?

M^le. GAUTmER.

Une passion • elle eût remplacé tous ces: amusemens qui vous pesaient. Vous aviez des amis , qu'en faisiez-vous ?

Mî"<?. DU DEFFANT.

t Rien , pour mon bonheur. Je voyais si bien leurs défauts^ qu'ils me refroidissaient pour leurs bonnes qualités. D'ailleurs le mal me frappait toujours plus vite et plus profondément que le bien : aussi n'ai-je jamais connu l'admiration. Ce fut le vice de ma nature et rinfirmité de mon esprit.

M^^e. GAUTHIER.

Et la cause de votre malheur. C'est cette disposition qui j désenchantant la vie^, a créé autour de votre âme, comme un désert où elle restait confinée. Elle tournait contre vous la

pénétration de votre esprit , et vous empêchant de vous attacher , vous plongeait dans Tég^oïsme. Triste penchant qui punit d'abord ceux qu'il possède. Mais cette indifférence a , dit-on^ été vaincue par un homme qui se montra peu sensible à votre attachement ; il n'y répondait que par complaisance ^ quelques-uns disent par pitié.

Mme, DU DEFFANT.

Eh bien , malgré les brusqueries et les rigueurs de cet homme , seul il jetait quelque intérêt dans mon existence. S'il blessait mon cœur y il me le faisait sentir. Ce que j'éprouvais^ qu^était-ce donc? une passion. Hélas ! vieille et aveugle y devais-je subir les peines d'un sentiment que j'avais méconnu, quand je pouvais m'enivrer de ses douceurs ? Que n'ai-je écouté mon cœur plus tôt^ il n'eût pas parlé si tard.

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Salut , belle Faustine ; salut à votre divinité.

FAUSTINE

Traitez-moi comme une mortelle ; les honneurs divins m'ont quittée ; il faut que j'apprenne à m'en passer.

BRANTÔxME.

Ils vous allaient si bien !

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