‹ LouiseChapitre 21 sur 38 · LE SILENCE QUI PARLE · texte numérisé non relu

LE SILENCE QUI PARLE

Quand d'un amour confus l'âme est trop oppressée.

Nous fuyons devant la pensée Et repoussons les mots qui voudraient l'exprimer. L'un a peur de parler et l'autre a peur d'entendre : L'amie, heureuse, tremble et brûle de se rendre ; Mais tous deux sont unis, et se laissent charmer Quand, les troublant encor, le crépuscule tendre Leur dit mieux le délice et le tourment d'aimer.

Résignés au tourment, ils songent au délice, Et c'est alors que leur complice, Le silence, entr'eux deux se glisse.

Qui, traître, prolongeant l'adorable supplice.

Rassure la faiblesse et va la désarmer.

Le silence prend sa place Entre l'amante et l'amant. On dirait les cœurs de glace :

Ils s'arrêtent un moment.

Effrayés de leur folie, Ils battent toujours moins fort :

C'est l'instant où tout s'oublie, C'est une petite mort.

Pendant cette mort divine, Sans pouvoir se ressaisir.

On ne dit rien : — on devine Deux bouches, un seul désir.

Quand on fait le même songe, A quoi bon le préciser ?

Le silence se prolonge Par la crainte du baiser.

Lorsqu'on a peur des étreintes.

C'est qu'on les accepterait; L'aveu frémit sous ces craintes ; Trouble veut dire secret.

Et le grand serment s'élance, Au fond du ciel étoile, Sur les ailes du silence ! , Tout est dit ; nul n'a parlé.

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