‹ LouiseChapitre 23 sur 38 · LE BAISER QUI MORD · texte numérisé non relu

LE BAISER QUI MORD

C'est l'heure où doit venir Pierre :

A peine est-il apparu

Que la Marie a couru §

Pour lui parler la première.

« Hé ! Pierre, tu vas trouver La Louise à moitié folle.

Elle en mourra, ma parole!

— Que vient-il donc d'arriver?

— Le beau blessé qu'elle choie Est dans un état piteux.

C'est leur faute, à tous les deux Ils avaient pris trop de joie!

« Ça se parlait, tout le soir, Ou ça faisait autre chose.

Déjà tout le monde en glose ; Es-tu seul à ne rien voir?

— Que chantes-tu là, Marie ?

Tu sais que ça n'est pas vrai !

Et puis, quand ça le serait, Clos ta bouche, je te prie!

— Bien... Soit... Tu vois, je me tais ; Mais veux-tu que je t'embrasse?

Pierre, le veux-tu, par grâce?

Nous ferons ainsi la paix.

«Tout ça, c'était des bêtises...

Embrassons-nous, veux-tu, dis? »

Ses grands yeux, fous et hardis, S'allument de convoitises.

Qu'il aime l'autre, s'il veut !

Du moins, dans cette caresse,

Dans un baiser de tigresse, Elle aura fait son aveu !

Il s'approche, tend la joue; Les yeux fermés tout à coup.

Elle lui saisit le cou Entre ses bras qu'elle noue.

Il tendait la joue... Elle a, Tant cette étreinte la grise, Mis sur la bouche surprise Un baiser qui la brûla.

Delà main, Pierre s'essuie:

Et Marie, en descendant, Roule, comme ivre, pendant Que ses pleurs coulent en pluie.

D'avoir volé ce baiser.

Tout entière elle frissonne.

Et cette fièvre, personne Ne pourra plus Tapaiserl

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LE DÈDAIG'kÈ

Pierre a gagné, tremblant, la chambre du malade.

On y sent s'exhaler une odeur tiède et fade ;

Les volets sont tirés, et le blessé, qui dort.

Blanc comme cire, a l'air rigide de la mort.

Pierre, en plein cœur, reçoitcomme un coup qui le brise.

Tout le corps secoué parles sanglots, Louise,

A genoux, sur le lit tient les bras étendus;

Pierre a vu, d'un regard, ces êtres confondus:

Il n'interroge point, — mais, lorsque l'éplorée

Lui montre ses beaux yeux où les pleurs ont tari.

Pierre couvre des mains sa face, et pousse un cri :

Louise, maintenant, est plus décolorée

Que la joue, au ton mat, du mourant amaigri.

Devant cette beauté dans la douleur suprême,

Pierre a senti plus fort, hélas! combien il l'aime.

Car c'est en le perdant qu'on mesure l'amour.

Mais du moins il s'est dit, en voyant ce front blême :

« Quoi qu'il arrive, quoi qu'elle veuille elle-même. Je l'aime ! J'ai donné mon âme sans retour! Je l'aime ; devant Dieu, je lui serai fidèle ; Chacun de ses chagrins me rapprochera d'elle, Et peut-être, en mes bras, pleurera-t-elle un jour ».

Et Pierre, à qui Louise a fait un signe à peine. Reprend l'étroit chemin qui va vers les forêts! Il connaît maintenant, il devine à peu près

Le sens de la douleur humaine :

Attendre, pardonner, et tenir ses bras prêts. Quand parfois, en son cœur, l'orage se déchaîne. Les conseils apaisants tombent des sapins frais :

Depuis des hivers sans nombre.

Les bourrasques du ciel sombre Battent nos manteaux d'argent.

Lorsqu'on porte haut la tête, On pardonne à la tempête; Ce qui dure est indulgent.

Quand l'humanité fiévreuse A, dans sa chair qui se creuse.

Vlll!

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La fatigue du soleil, Nous offrons notre verdure; On revient à ce qui dure :

— Que ton amour soit pareil.

Qu'il fasse l'ombre mobile,

Mais toujours douce et tranquille,

Où l'on vient se reposer!

La caresse vous effleure,

Mais la tendresse demeure;

Larme d'amour vaut baiser.

Cet amour qu'elle délaisse, Fais-le grandir, ombre épaisse.

Fraîche, sûre chaque jour, Et bientôt l'indifférente Reviendra, toute pleurante, Se blottir sous ton amour.

Que cet amour sans colère Garde une ombre tutélaire !

Si tu restes fort et doux, Quelque jour, par la durée

Et pour la joie assurée, Tu seras semblable à nous !

Pierre, un peu consolé, voit, dans la brume chaude, Après les eaux d'argent, les vallons demeraude. Briller la ferme, et ses bardeaux clairs et luisants Sourire encor, malgré les hivers et les ans. La fontaine grossière, où les troupeauxvont boire,

Est très vieille, noire, si noire!

On y revient toujours, on y boit à longs traits.

Toi, fiancé sans fiancée, J

Si jamais, la voyant malheureuse et blessée. A ton fidèle amour tu la désaltérais ! i

Cet amour, que rien ne le lasse!

La douleur fait du mal, beaucoup, — mais le temps passe Qui ne le brusque point, qui le laisse venir, Un jour, sans l'aider même, en doit tout obtenir,

Même la tendressse perdue.

Que jamais on ne put, de force, apprivoiser. Et que le temps, un jour, à l'heure inattendue. Fait s'exhaler vers vous sur l'aile d'un baiser.

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