‹ Louise d'Esparbès, comtesse de PolastronChapitre 105 sur 126 · LES PORTRAITS DE M'^ DE POLASTRO · texte numérisé non relu

LES PORTRAITS DE M'^ DE POLASTRO

Les portraits de M'"^ de Polastron sont fort rares et aucun d'eux n'a jamais été reproduit par la gravure. Nous eussions voulu la voir aux beaux jours de Trianoiï et de Versailles, représentée dans tout l'éclat de sa jeunesse triomphante et de ses enivrants succès, mais nos recherches ont été vaines; les seuls qu'il nous ait été donné de retrouver datent de l'époque de l'émigration et ont été faits à Londres, au moment où les épreuvesmorales et les souffrances physiques étaient déjà venues assombrir la douceur souriante de son visage.

Celui qui se trouve placé en tête de ce volume est de tous ces portraits celui qui nous donne le mieux, ce me semble, l'impression de son charme attirant. Il appartient à M. le comte de Montcabrier* qui a bien voulu, avec une parfaite bonne grâce, en autoriser la reproduction, et il n'est jamais sorti de sa famille. Cette

• 1. La grand'raère du comte et du vicomte de Montcabriep était la demi-sœur de M™e de Polastron.

366 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.

miniature, signée « de Beaurepaire » et exécutée avec une extrême finesse, est sans aucun doute une reproduction, faite à la même époque, du portrait de notre héroïne que M'"^ Yigée-Lebrun peignit à Londres vers 1799, et dont l'original est aujourd'hui disparu. Celui que M. le marquis de Gontaut-Biron conserve au château de Saint-Blancard lui ressemble sur beaucoup de points, mais, outre des différences notoires dans le costume et la couleur des ajustements, il semble qu'il ait été peint à une époque un peu postérieure, car les traits plus accusés semblent alanguis davantage par la tristesse ou par la douleur.

D'après une tradition qui s'est perpétuée dans la famille de Gontaut, cette toile de petite dimension aurait appartenu au comte d'Artois, qui l'aurait lui-même donnée à la duchesse de Gontaut : « Je vous confie », lui aurait dit le prince en lui remettant une caisse soigneusement fermée, « un souvenir qui m'a été cher; je vous prie de ne l'ouvrir qu'après ma mort. » Et ce ne fut que trente ans plus tard que M"^** de Gontaut, en ouvrant cette caisse oubliée, y trouva, à sa grande surprise, le portrait de M™^ de Polastron.

Je ne me permettrai pas d'élever des doutes sur la véracité de cette tradition, mais il est certain pourtant qu'elle offre, malgré tout, bien des invraisemblances! Charles X ne songea jamais à aucune époque à dissimuler la profonde douleur que lui avait causée la mort de son amie. Il n'est pas possible de mettre en doute la fidélité touchante qu'il garda à son souvenir et, s'il faut en croire le témoignage de la famille d'Esparbès, un portrait de M™' de Polastron resta suspendu

dans le cabinet du Roi, aux Tuileries, jusqu'à la révolution de 1830.

Comment expliquer dès lors les inutiles précautions prises par Charles X au sujet d'un dépôt si peu mystérieux ? Et n'est-il pas plus vraisemblable de croire que Monsieur, connaissant l'affection de M°"= de Gonlaut pour Louise d'Esparbès, lui avait remis son portrait à titre de souvenir.

J'ai parlé plus haut du pastel d'Autun appartenant à M°"= la vicomtesse de Fontenay, et j'ai expliqué pour quelles raisons il devait, à mon sens, être attribué à Danloux et non à Kucharsky. Comme dans ses autres portraits, le visage de M""^ de Polastron est empreint de douceur et de mélancolie, un fichu de gaze blanche couvre ses épaules et sur sa tête est posée une légère coifTe de linon.

Enfin, M. le duc de Polignac tient de sa mère, née Grillon, un autre portrait de sa grand'tante qu'il a eu la très grande obligeance de me communiquer. La toile, qui mesure 25 centimètres à peine, semble dater du commencement du xix^ siècle. La bonne Louise est Vêtue d'une robe blanche flottante, qu'une écharpe de couleur cerise noue presque sous les bras; des rubans de même nuance ornent sa chevelure, dont les boucles d'un blond cendré se déroulent librement sur ses épaules.

Je ne parlerai que pour mémoire du tableau' de Fra-

1. Ce tableau, qui avait fait partie de la galerie du duc de Morny, fut acheté 33,000 francs en 186o, par Richard W'allace. — M. Lionel des Rieux en possède une réplique qui figure en ce moment à Nice, à l'exposition des Fragonard.

gonard, qui figure sous le n" 382 à la galerie Richard Wallace, à Londres. La gravure a popularisé cette délicieuse composition intitulée : Le Chiffre d'amour. Mais M. Lauzun, dans l'étude qu'il a consacrée à un portrait de M"^ de Polastron, s'est singulièrement trompé lorsqu'il a vu dans la jeune femme qui grave à l'aide d'un poinçon deux initiales sur le tronc d'un arbre, le portrait de la favorite du comte d'Artois. Rien, en effet, ne vient étayer pareille supposition. Lorsque Launay voulut reproduire ce tableau célèbre, il en dédia la gravure à M™*^ de Polastron, et fit figurer au-dessous son nom et ses armes. Mais il ne fit, en agissant ainsi, que se conformer à un usage courant, dont la presque totalité des tableaux gravés à cette époque nous offre le même exemple, sans que jamais personne ait songé à un rapprochement possible entre la dédicace du graveur et le sujet traité par le peintre.

Que voudraient dire d'ailleurs les deux initiales S M, qui ne se rapportent ni à Louise de Polastron, ni au comte d'Artois. Personne n'a jamais songé, ni à Paris, ni à Londres, aune semblable interprétation '.

La collection Thiers du Louvre possède un autre portrait en miniature, représentant deux jeunes femmes et dont une réplique existe également dans les galeries d'Hertford House". Ces deux peintures sont attribuées, à Hall, mais M. Fournier-Sarlovèze y croit reconnaître

1. Un Portrait de .W™e de Polastron, par Philippe Lauzun. Auch, L. Cocharaux, 1906.

2. L'une est inscrite au Louvre sous le n» liG3, ot l'autre îi Londres, sous le n" 211.

le pinceau de Kucharsky, et son opinion est que ces deux gracieuses figures sont celles de la duchesse de Polignac et de M""" de Polastron ', Si les traits de la première ne rappellent que d'une façon bien lointaine les traits de la séduisante Louise, dans la physionomie de la seconde des deux jeunes femmes, on retrouve encore moins, s'il est possible, une ressemblance quelconque avec M"'= de Polignac, L'amie de Marie-Antoinette avait un menton court et fuyant qui était le seul défaut de son délicieux visage, et il est facile de se rendre compte de cette imperfection dans le célèbre portrait oii M"« Lebrun l'a peinte, avec un grand chapeau de paille", et surtout dans celui gravé par Vivant - Denon qui fut, sous le premier Empire, conservateur du Musée du Louvre. Ni pour l'une, ni pour l'autre, aucune confusion ne me semble possible.

J'ai eu occasion de voir, chez M. x\rmand Brun, un dessin aux trois crayons qu'une tradition de famille désignait comme le portrait de M™" de Polastron. Le grand-père de son possesseur actuel l'avait dessiné, disait-on, lui-même d'après nature, un jour que Louise d'Esparbès était venue visiter la galerie du prince de Ligne, dont il se trouvait être l'ami. Mais, après avoir comparé cet intéressant croquis avec les portraits dont je viens de donner la liste, pour M. Armand Brun comme pour moi, l'attribution a paru incertaine.

Il me reste à parler d'un dernier portrait, le plus sé-

1. Revue de l'Art ancien et moderne : Alexandre Kacharsluj, par Fournier-Sarlovèze, 10 décembre 1905.

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