VI AVANT-PROPOS
Depuis le couvent de Panthemont où s'écoulent ses jeunes années, jusqu'à la petite maison de Brompton-Grave où s'achève mélancoliquement son existence après les douloureuses étapes d'un long exil, partout elle demeure la fée bienfaisante au charme de laquelle rien ne résiste, « celle qui a conquis tous les cœurs », dit le marquis de Gontades.
Son heureuse nature ne se laissera griser ni par la faveur, ni par la fortune, pas plus qu'elle ne s'aigrira par le malheur. Lorsqu'elle nous apparaît en grand habit au milieu des pompes de Versailles, remplissant près de sa souveraine les devoirs de sa charge, ou lorsque, vêtue de gaze légère, elle joue à la bergère dans la laiterie de Trianon, toujours et partout elle est (( la bonne Louise ». G'est ainsi que la Reine se plaira à la nommer, et la Gour tout entière souscrira à cet éloge que viendront ratifier ses contemporains. Telle elle se montrera encore lorsque viendront les jours d'adversité, pendant les longues épreuves de l'émigration. Toujours oublieuse d'elle-même, son seul but dans la vie sera d'adoucir à ceux qu'elle aime les tristesses de l'heure présente et de leur faire oublier, s'il est possible, les inquiétudes de l'avenir.