‹ Louise d'Esparbès, comtesse de PolastronChapitre 34 sur 126 · Coi'respondance de Kagenœck, 15 janvier · texte numérisé non relu

Coi'respondance de Kagenœck, 15 janvier

2. Mémoires de la baronne d'Oberkirch, tome II, chapitre xxiv,

422 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.

produire la preuve de ses calomnies, il ne put que se rétracter honteusement et faire amende honorable.

Si j'ai cité ce pamphlet qui ne repose sur aucune donnée sérieuse, c'est que j'ai voulu montrer à quel point tout l'entourage de la Reine était en butte à la méchanceté et à la malignité générale. C'est à l'aide de semblables accusations, souvent aussi mal fondées et aussi invraisemblables, que se préparait dans l'ombre la Révolution. C'est par des moyens aussi vils et par des inventions aussi ridicules que les agitateurs essayaient d'ameuter la population en déchaînant des fureurs qui inondèrent la France de sang et la couvrirent de ruines. Les calomnies dont la Reine avait été abreuvée n'épargnaient, on le voit, personne autour d'elle et s'étendaient même jusqu'à ses bellessœurs^ qui prêtaient si peu pourtant à de telles accusations !

Lorsque éclatèrent les premiers événements en 1789, la comtesse d'Artois quitta la France quelques semaines après son mari et elle se rendit à Turin, oii elle continua à mener la même vie toute d'effacement et d'obscurité. Elle y vivait si retirée, qu'elle y fut oubliée même par son père et sa mère, le roi et la reine de Sardaigne. La pauvre princesse était encore dans la capitale

sarde lorsque le colonel Allix vint l'occuper avec les troupes républicaines, et ce fut lui qui lui fournit une escorte pour l'accompagner jusqu'à la résidence qu'elle aurait choisie*. Après bien des hésitations et après trois mois de vie errante, la comtesse d'Artois fit halte dans le château de Klagenfurth, avec la duchesse de Lorges et le marquis de Clermont-Mont-Saint-Jean ^.

Repoussée de Vienne, où l'on redoutait sa présence, la pauvre princesse se rendit à Gratz, où elle s'installa avec sa lectrice, M"^ du Ponceau, dans une maison qu'on peut voir encore. Pour obéir au désir de Louis XVIII, elle avait pris le nom de marquise de Maisons. Elle vivait là pauvrement dans une sorte de retraite. J'ai parcouru les étroites et simples pièces qui composaient son habitation et j'ai feuilleté le registre de ses dépenses que possède son petit-fils, le comte de la Roche, fils naturel du duc de Berry dont j'ai déjà eu occasion de parler. Ce livre de comptes, tenu par le sieur Gachelin, son maître d'hôtel, montre combien modeste était son train de vie, et contient

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