‹ Louise d'Esparbès, comtesse de PolastronChapitre 33 sur 126 · Bachaumont · texte numérisé non relu

Bachaumont

120 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.

heures. <<■ La consternation fut générale », dit un contemporain, et le comte d'Artois, empressé auprès d'elle lui prodigua ses soins jusqu'à ce qu'elle fût revenue à la santé d'une façon définitive.

Faut-il ajouter que cette princesse, dont la vie s'écoulait d'une façon si obscure et dont le rôle restait si effacé en toutes circonstances, ne fut pas, malgré cela, épargnée par la calomnie, et fut l'objet de bruits infâmes, « répandus par une cabale assez puissante pour n'en pas craindre les suites ».

« Le sieur des Granges est fils d'un maître de c( poste de Barbezieux, près Angoulême; c'est un (( très beau cavalier. Lorsque le comte d'Artois fut « à Bordeaux, il conduisit lui-même Son Altesse « Royale. Elle le remarqua, fut touchée de son « zèle et voulut se l'attacher en le faisant entrer « dans ses gardes; au bout de quelque temps, le « sieur des Granges s'est vu avoir beaucoup d'or, « des bijoux, des diamants, prendre une sorte de « train. 11 y a plus de trois ans que, lorsqu'il était « à Angoulême, sur les difficultés qu'on faisait u pour le recevoir dans les maisons de noblesse, n en raison de sa basse extraction, ses camarades (( disaient : — Vous avez tort, les grandes dames « de la Cour ne sont pas si délicates que vous : « M"*" la comtesse d'Artois le protégeait.

ce II s'en est prévalu pour accréditer des bruits « faux, mais qu'il considérait comme honorables « pour lui. M. le comte d'xVrtois venait de le faire <( capitaine de cuirassiers et son gentilhomme « ordinaire, peu de temps avant sa détention^ »

Il n'en fallait pas tant pour en conclure que le sieur des Granges était assurément le père du duc d'Angoulême et du duc de Berry, et pourtant il s'agissait d'une princesse que Kagensck représente dans sa Correspondance comme une personne d'une timidité si grande « qu'elle se cachait comme un sylphe dans ses rideaux quand, au moment de son lever, il lui fallait s'habiller devant une nombreuse assistance ».

Ce que ne dit pas Kagenaeck^ M'"" d'Oberkirch nous le raconte dans ses Mémoires^. Ce des Granges, d'une force prodigieuse, avait un jour arrêté, au péril de sa vie, des chevaux emportés attelés à la voiture du comte et de la comtesse d'Artois, et les marques de faveur qu'il en avait reçues n'étaient que la récompense du dévouement qu'il avait montré. Et lorsque ce « fat de garnison », arrêté par ordre du Roi, se vit sommé de

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