A GRATZ EN STYRIE
A l'aGE de 49 ANS, 4 MOIS, 3 JOURS
Elleavait demandé^ dans son testament, que son cœur fût transporté àNaples, dans l'église Sainte- Catherine, près du tombeau de la reine de Sardaigne, Marie-Clotilde, sa pieuse belle-sœur, à laquelle l'Eglise a donné le titre de vénérable. Mais des années avaient passé sans que cet humble vœu eût été exécuté. Ce ne fut qu'après la mort de Charles X que son fils, le duc d'Angouleme, se souvint de la pauvre oubliée et qu'il réalisa son dernier désir.
Ce n'est pas une pareille femme qui pouvait
126 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.
retenir le comte d'Artois et l'arrêter dans ses galantes entreprises. Quelques mois à peine après son mariage, son ardeur pour le plaisir l'avait entraîné dans de nouvelles aventures, et confiant dans la souriante indulgence avec laquelle ses pires fredaines avaient été accueillies dans le public, il avait affiché sans scrupules, comme par le passé, ses liaisons et ses fantaisies passagères. Essayer de les dénombrer eût été impossible, car elles étaient aussi nombreuses que fréquentes, et c'était dans tous les mondes que s'exerçaient ses caprices. Après la blonde Flore, l'actrice Lange, lady Barrymore et la fameuse Isabeau, une mulâtresse dont la plastique était célèbre, il avait eu M"" Contât, qui lui avait donné une fille. La liste serait trop longue s'il fallait nommer toutes celles qu'il avait honorées de ses faveurs. La Duthé était devenue un instant maîtresse en titre et il n'était pas de folies qu'on ne l'ait vu commettre pour lui plaire*.
i. L'hôtel que lui avait donné le comte d'Artois, situé au coin de la rue de la Chausséc-d'Antin et de la rue Saint-Lazare, n'a été détruit qu'en 1873. Le boudoir merveilleux qu'il contenait fut acheté par M. Léopold Double et transporté dans son hôtel de la rue Louis-le-Grand. Sur les panneaux délicieusement peints, des guirlandes de Heurs et de feuillaf,'es soutenues par des colombes alternaient avec des miroirs entourés de délicates sculptures. Plus heureuse que M™^ Du Barry, M"« Duthé émigra en Angleterre, où elle eut la prudence de rester, et y passa Iran-
Sa popularité pourtant en avait été quelque peu atteinte, et ce scandale trop retentissant avait été l'occasion d'un mot dont la malignité publique attribuait au comte de Provence la piquante paternité : « Le comte d'Artois a éprouvé une indigestion de gâteau de Savoie et c'est pour s'en guérir qu'il a pris du thé. »
Pourtant, son amitié sincère pour la Reine, la conformité de leurs âges et la similitude de leurs goûts lui avaient fait négliger quelque peu sa petite maison de la rue d'Artois ^ son vide-bouteille de Belair- et son pavillon de Bagatelle, théâtres habituels de ses exploits. Il avait partagé les divertissements et les plaisirs de Marie-Antoinette et s'était associé à ses amitiés. C'est ainsi qu'il s'était trouvé réuni journellement à ses amis et qu'il était arrivé à fréquenter ce salon fameux de la galerie de bois dont il devait devenir, grâce à Louise d'Esparbès, un des hôtes les plus assidus.
quillement les années de la tourmente révolutionnaire. On dit même qu'elle y avait reçu bon accueil de la société anglaise.
Rentrée à Paris en 1815, elle mourut en 18:20, âgée de près de quatre-vingts ans, dans un hôtel lui appartenant boulevard des Italiens. C'est là qu'elle s'éteignit, encore gaie et souriante, et toujours vêtue de rose, comme au beau temps de sa jeunesse où Vanloo l'a représentée, parée de toutes les grâces, en déesse triomphante.