I-'onjcron, IIi>toire des Emigrés
Rome, la colonie Polignac s'installe à Vicence. Trois mois plus tard^ on songe à revenir à Venise^ où l'ambassadeur d'Espagne a offert au duc et à la duchesse le palais de France, en l'absence de l'ambassadeur, M. de Durfort. M™" de Polastron et M™'' de Poulpry doivent loger à la Madone del Orto, mais les projets changent une fois encore. Après son entrevue avec ses tantes, « qui ne parlent qu'en pleurant de la France, qu'elles viennent de quitter j), le comte d'Artois, « triste et découragé^ », s'est décidé à quitter Turin pour se rendre à Parme.
Louise se prépare alors à partir pour Bruxelles avec M™® de Vaudreuil. C'est le prince qui nous l'apprend dans une lettre, datée d'Ulm, à la comtesse Diane de Polignac :
« jNlon amie », lui écrit-il le 7 juin 1791, « ne <( sera plus avec vous lorsque vous recevrez cette « lettre; elle aura quitté ses parents avec regrets,. a elle aura été affligée de se séparer de vous, c( mais tout franc, ni elle, ni moi n'aurions pu ré- « sister à un aussi grand éloignement, surtout « dans de pareilles circonstances. Elle va à « Bruxelles, comme vous le savez, elle y sera
1. Journal de Charles-Félix de Savoie. Hautecombe, iu-12, 1881.
•164 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.
« avec ses amies et plusieurs de ses parentes, et « sa position sera convenable. »
Cependant, ce voyage tant de fois remis ne is'effectuera pas encore ; le fils de M""^ de Polastron, alors âgé de six ans, a été pris de la fièvre et pendant plusieurs jours son état inspire de sérieuses inquiétudes; enfin, quelques jours plus tard, il est absolument hors d'affaire et sa mère n'a plus qu'à attendre qu'il ait repris assez de force pour se mettre en route.
Mais ce n'est plus à Bruxelles qu'elle songe à se rendre. Après un séjour à Augsbourg, où il a vu successivement tous les princes d'Empire pour les engager à une manifestation sur le Rhin, le comte d'Artois s'est décidé à aller demander, à Coblentz, l'hospitalité à son oncle, l'électeur de Trêves.
Ce dernier se dispose aussitôt à lui faire l'accueil le plus bienveillant; son secrétaire des commandements, le baron de Dominique, se met à ses ordres et s'efforce, en iui procurant tout ce qui peut être à sa convenance, de satisfaire à tous ses désirs. Enfin, lorsque le comte Edouard Dillon' vient en qualité d'ambassadeur lui deman-
1. Edouard, comte de Dillon, né ca 1751. mort eu 1S39. Après avoir été un des familiers de Marie-Antoinette, il devint gentil-
der l'hospitalité de la part du comte d'Artois^ il lui fait une réception enthousiaste et lui témoigne toute la satisfaction qu'il éprouve cà recevoir son neveu dans ses Etats.
homme d'honneur du comte d'Artois et fit la campagne de 1792 à la tête du régiment qui portait son nom et dont il était propriétaire. Louis XVIII, à la Restauration, le nomma ministre de France en Saxe. Ses deux frères, Arthur et Théobald Dillon, avaient embrassé les idées révolutionnaires.