‹ Louise d'Esparbès, comtesse de PolastronChapitre 53 sur 126 · E. Daudet, Coblentz · texte numérisé non relu

E. Daudet, Coblentz

i68 LES REINES DE L*ÉMIGRATI01Sf .

Après un magnifique repas de bienvenue, des carrosses superbement attelés emmènent le prince au château de Schonbornlust, vaste demeure royale située aux portes de la ville, où Clément- Wenceslas a tout fait préparer pour recevoir son neveu et les gentilshommes qui l'accompagnent. Deux jours après. M™" de Polastron arrive à son tour, et elle s'établit immédiatement, avec son fils, dans une maison louée à son intention. Le prince y viendra, est-il besoin de le dire, d'une façon quotidienne.

C'est san& doute à cette époque qu'il faut placer le généreux sacrifice par lequel se signala Louise de Polastron. Depuis deux années déjà que durait l'émigration, l'argent était devenu rare et les fonds commençaient à manquer. Le comte d'Artois, après avoir sollicité des secours du Sultan, puis du roi de Prusse, en avait été réduit à engager ses diamants en Hollande. Aider celui qu'elle aimait était l'unique pensée de Louise, et contribuer, elle aussi, au salut de la monarchie devint sa plus chère espérance. Son parti fut vite pris ; elle vendit sans hésiter ce qu'elle possédait, se fit verser par son grand-père ce qui lui revenait sur sa dot incomplètement payée, et après avoir réalisé ce qui lui restait de fortune, elle vint le remettre ellemême au comte d'Artois avec une touchante sim-

plicité. Ce dernier n'avait pas le droit de s'opposer à cette offre généreuse et de repousser ce don magnanime, destiné à faire triomplier la cause royale. C'est au nom de tous les Bourbons qu'il accepta ce sacrifice fait avec tant de dignité et de grandeur.

Mais M™" de Gontaut' nous a parlé d'immenses sommes, et il est vraisemblable de penser que le chiffre fut beaucoup moindre. Il y eut loin de cette réalité aux fantaisistes sacs d'or qu'elle nous a montrés tombant de la voiture de M""" de Polastron dans le camp même des émigrés. A l'époque oii M""^ de Gontaut a placé son récit, au mois de juillet 1789, l'armée des émigrés n'existait pas encore, même à l'état de projet, et enfin, lorsque, deux ans plus tard, M'"'^ de Polastron fit généreusement l'abandon de ce qui lui restait de sa fortune, il lui eût été bien difficile de faire en France de gros' emprunts, même par l'entremise de son grand-père, dont la situation était obérée. Le 5 août 1786, en effet, une somme de 800,000 livres avait été prêtée à ce dernier par les fermiers généraux, en vertu d'une autorisation de Calonne; mais, depuis cette époque, ses collègues s'étaient remboursés par portions égales sur le prix do leur

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