Mémoires de la duchesse de Gontaut, page
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bail, et M. Rougeot était resté débiteur de cette somme envers l'Etat ^ Il n'était donc guère en mesure, par conséquent, de venir personnellement en aide à sa petite-fille.
Cette fois encore, M""^ de Gontaut a été mal servie par ses souvenirs, et il faut ranger parmi les légendes la scène dramatique qui représente ]yjme (jg Polastron chargée d'or, errant dans sa berline au milieu des troupes de Condé qui, la tête découverte, s'inclinent sur son passage^ pleines de respect pour son sacrifice et son généreux dévouement.
Mais cet acte de désintéressement était un lien de plus qui allait attacher encore davantage, s'il est possible, le prince à sa fidèle amie.
Ce n'est pas longtemps du reste qu'il va goûter la joie d'être réuni à celle qu'il adore et qui le lui rend si tendrement.
Le 24 juin, il est réveillé par un courrier venu de Mons, porteur d'une lettre du comte de Provence. Ce dernier lui annonce son évasion de Paris dans la nuit du 20 au 21 juin. Tandis que Madame gagnait Tournay, lui-même a pu se rendre à Mons, et il part pour Bruxelles, où il va attendre
i. Addition au premier Rapport du comité des pensions. Paris, Inipr. nation., 1790, in-4o, page îi.
les ordres du Roi. Louis XVI et Marie-Antoinette ont réussi à s'évader la même nuit et à se rendre à Metz.
La joie du prince ne connaît pas de bornes, mais elle n'est pas de longue durée; lorsqu'il parvient à Bruxelles^ où il s'est rendu à son tour en toute hâte, il y apprend l'arrestation de Varennes et le lamentable retour à Paris.
Après une séparation de deux années, les deux princes ne se retrouvent « que pour mêler leurs larmes ». La désolation est générale, et le désespoir de l'archiduchesse Marie-Anne, sœur de Marie-Antoinette, est à son comble!
Le 5 juillet, les deux frères s'arrêtent à Aix-la- Chapelle 011 le roi de Suède leur a donné rendezvous, et le 7 juillet ils rentrent à Coblentz. Ils y trouvent la comtesse de Provence qui les y a précédés. L'Electeur reçoit ses deux neveux réunis avec plus de solennité encore que lors de l'arrivée du comte d'Artois. A une lieue oe la ville, cent officiers à cheval vont à leur rencontre, et c'est entourés par cette garde d'honneur qu'ils pénètrent à Schonbornlust, oii tous les émigrés viennent tour à tour défiler devant eux et protester, avec une ardeur enthousiaste, de leur fidélité et de leur dévouement.
Après un mois de séjour, le comte d'Artois se
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remet en roule, et le 13 août il part pour Vienne, puis de là pour Pilnitz, où il va prendre part à la conférence. Il laisse auprès de M""^ de Polastron la marquise de Lage, qui, appelée par son amie, vient d'arriver à Coblentz pour passer quelques jours auprès d'elle, avec le consentement de la princesse de Lamballe.
Le prince s'éloigneplein d'espoir dans le succès de son voyage. Lorsque, le 4 septembre, il revient de Pilnitz, où il a été traité en souverain, bien qu'il ne rapporte que de vagues promesses, c'est presque en triomphateur qu'on l'accueille à Coblentz. Aux côtés de « Luzy », toute tremblante d'émotion, M™" de Lage assiste à son arrivée du haut d'un balcon et nous fait le récit de l'imposante manifestation dont il est l'objet* :
<( Tous ceux qui ont des chevaux ont été en « avant, ceux à pied ont seulement passé le pont « volant et l'ont attendu. Les Auvergnats ont été « les premiers. Le prince a mis pied à terre, a ce passé dans leurs rangs; il a dit à celui qui les c( commandait : — Je vais abuser de votre patience, « je vous demande de me nommer chacun de ces « messieurs; j'en connais beaucoup, mais le plus