Lettre de Vaudreuil à Tillv, du '20 noveiiibrc IT'.iU
lui faisait l'Angleterre, n'arrivait pas à faire face à ses obligations.
Il en était de même pour le duc de Berry qui, pourtant, en recevait 300, auxquelles venait s'ajouter son traitement de colonel au service de la Reine ; mais les demandes de secours émanant des émigrés affluaient chez eux chaque jour, et aucune, il faut le dire, ne restait sans réponse. Le plus clair de ses revenus était employé à secourir les Français les plus malheureux. « La bonté de son cœur,, a dit M'"*" Vigée-Lebrun, le portait à sacrifier tous les plaisirs à la bienfaisance », et il est bien certain qu'il ne put jamais trouver, dans l'àme désintéressée de la bonne Louise, qu'un encouragement à ses généreuses largesses. Tous les habitants d'Holyrood suivaient cet exemple et menaient le train le plus modeste. Les Mémoires de M™^ de Gontaut nous donnent un curieux tableau des innocentes distractions de cette petite Cour d'exil :
« Toute arrivée faisait un événement, les plus « grandes familles de cette noble Ecosse s'empres- « saient autour de nous ; je me faisais un devoir « et même un plaisir des soirées de notre prince ; « le duc de Berry arriva bientôt après nous, avec <( plusieurs Français; il aimait la musique, on en « fit : la vicomtesse de Yaudreuil, bonne musi-
<( cienne, chantait un peu et agréablement; ii vint <( en tète de jouer de petites comédies, la première « pour la naissance, puis une autre pour la fête de « Monsieur; la vicomtesse de Vaudreuil voulut « bien accepter les premiers rôles, qu'elle jouait à <( ravir... Ces petites comédies amusaient Monsieur « autant que nous ; j'avais toujours, pour mon « malheur, un rôle que je ne savais jamais, je n'ai « pu de ma vie rien apprendre par cœur; j'écou- « tais, me pénétrais du sujet et j'allais de l'avant, <( ce qui amusait le public, mais était désespérant « pour la réplique. Le duc de Berry ne resta pas <( longtemps à Edimbourg; le roi Louis XVIII « l'aimant beaucoup, désirait le revoir, il rejoignit « la famille royale à Mittau; les soirées furent alors « plus sérieuses. L'année se passa sans qu'aucun <( événement important se soit gravé dans ma <( mémoire... »
Les journées, en effet, s'écoulent uniformes et monotones.
« Ah! ma petite, qu'il y a loin de ce train-ci à ■« celui de notre première communion à Avon », -écrit à cette même époque, avec un soupir de regret, la bonne Louise à M'"" de Lage, faisant allusion aux années qu'elles avaient jadis passées ensemble à Panthemont, au temps où elle l'appelait tendre-
ment « ma Blimonette ' ». « T'en rappclles-lii? Je « te vois avec ton uniforme, ta baigneuse, tes « grands sabots garnis de dentelle et ton air de « componction-!» Que de drames et de tragédies se sont succédé depuis ces lointains souvenirs!
Le comte d'Artois, cependant, ne reste pas inactif; il rédige des instructions, reçoit de nombreux rapports et entretient une nombreuse correspondance. Nous trouvons la trace de ses multiples occupations dans les lettres qu'il écrit à Vaudreuil lorsque celui-ci, après quelques mois passés à Edimbourg, est retourné à Londres, oîi il a ramené sa jeune épouse pour y faire ses couches.
Au mois de juillet 1796, le prince se préoccupe vivement de Condé, dont il reçoit des nouvelles inquiétantes, et se désole de ce que le Cabinet de Alenne ait obligé Louis XYIII à s'éloigner du corps des émigrés. Il ne se lasse pas de solliciter le concours du gouvernement britannique et fait remettre aux ministres « une bonne note militaire et publique », qu'il a composée avec Camaran ^
Le prince fait faire son portrait par Danloux*,
1. Diminutif du nom déjeune fille de M^i^ de Lage, née d'Aui- Jjlimont.