Lettre à Vaudi-euil, du 6 juin
4. Dauloux (Pierre), né en 1743, mort à Paris eu 1809. Il s'était
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qui lui aussi a pris la route de l'émigration, mais il s'impatiente de la longueur des séances et il se plaint du peu de ressemblance de la peinture, qu'il fait recommencer. Il est vraisemblable cependant que Danloux avait le droit d'être satisfait de son œuvre, puisque, si l'on en croit ses Mémoires, M""" de Polastron, venue dans son atelier avec son amie, M™' de Lage, versa des larmes d'attendrissement à la vue du portrait, tant la ressemblance lui parut frappante ^
De son côté, le prince n'a pas pour « la douce Luzy » une tendresse moins grande; dans presque chacune de ses lettres, il y a un mot ou une ligne ayant trait à M""" de Polastron. Yaudreuil est toujours l'ami fidèle et obligeant de la bonne Louise, et il se fait un plaisir de se mettre à ses ordres et de se charger, à Londres, de « ses petites emplettes ».
« Mon amie me charge de te remercier des sou- « tiers et de te dire bien des choses de sa part », écrit au mois de septembre le comte d'Artois. Malgré la délicatesse de sa constitution, la santé de la jeune femme semble assez bonne pendant tout
lait une grande réputation en Angleterre, où il avait peint de nombreux portraits.
1. Mémoires inédits de Danloux. Communication du liaroi> Porlalis.
LA COMTESSE DE POLASTROX. 2i!
le printemps et lété, mais pendant l'aulomne « elle souffre beaucoup d'une très grosse fluxion, qui lui donne une fièvre de nerfs ».
(( Sans être positivement inquiet », ajoute le comte d'Artois, « j'ai été tourmenté delà santé de « notre amie, et ce n'est que d'aujourd'hui qu'elle <( se trouve mieux. »
Le 31 octobre, le comte d'Artois félicite Vaudreuil de la naissance de son fils :
<( C'est du fond de mon cœur que je te fais com- « pliment, mon ami, sur la naissance de votre « enfant'; j'embrasse le jeune, je dis bien des <( choses tendres à la mère, et je veux que tu baises « votre petit sur ses joues grasses et blanches. « Lorsque ta femme et votre enfant seront en bon « état, viens nous voir, tu seras reçu par le cœur <( de tes bons amis. On m'ôte la plume, mais je « veux encore embrasser mon bon et ancien ami. »
Et celle à qui il cède la place, c'est M'"'' de Polastron, qui ajoute à la lettre les lignes suivantes :
« Oui, mon cher cousin, c'est de tout mon cœur
1. Charles de Vaudreuil, colonel sous la Restauration, déuii^sionnaire en 1830; né en 1196, mort à Paris eu 1880.
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(( que je vous félicite avant tout d'être délivré de (( vos inquiétudes, et puis du bonheur que vous (( donne la naissance de votre petit Charles; em- « brassez-le pour moi, je vous en prie, et dites à « M™*^ de Yaudreuil mille et mille choses aimables. « Je garde votre lettre pour votre cousin. Nous- « attendons Pauline et lui à tout instant.
(( Bonjour, mon cher cousin, je vous embrasse « de toute mon âme. »
La lettre est datée d'Edimbourg.
A la fin de cette même année^ deux nouvellesmorts viennent encore attrister les exilés d'Holyrood : celle du roi de Sardaigne, Amédée 111, et celle de l'impératrice de Russie.
« La mort de ce pauvre roi de Sardaigne me (( fait une vraie peine », écrit le comte d'Artois, en parlant de son beau-père; « il était bien cassé, « mais c'est le chagrin qui l'a tué. »
Un mois plus tard, on apprend que l'impératrice Catherine vient de succomber brusquement à une attaque et qu'on l'a trouvée morte dans son appartement. — Le prince se désole de ce tragique événement survenu au moment môme où Catherine, effrayée des succès des armées républicaines, se décidait à envoyer soixante mille Russes au secours des Autrichiens.
« Les affaires sont bien embarrassées aujour- (( d'hui », écrit-il avec tristesse, « et il est bien « difficile de prévoir ce qui arrivera ; cependant, j& « veux espérer que le Ciel sera juste! »
Le duc et la duchesse de Guiche ont quitté l'Ecosse; ils sont allés en Russie rejoindre la comtesse Diane et le duc de Polignac, auquel Tempe- . reur Paul, à la demande du comte d'Artois, vient d'accorder un établissement en Ukraine et a fait don du château d'Opalino, avec les terres qui en dépendent'. Aussitôt, dans une lettre datée d'Edimbourg, du 18 mars 1797, M'"" de Polastron s'empresse de féliciter la comtesse Diane de cette marque de faveur qui va mettre toute la famille de Polignac à l'abri du besoin :
« M. de Vaudreuil m'avait fait espérer depuis « un mois la bonne nouvelle que j'ai reçue hier; « mais comme il croit facilement ce qu'il désire « et que je fais précisément le contraire, j'en douce tais encore. Enfin, cette bonne lettre ne me laisse (( plus de doute, et je jouis du fond de mon âme de « ce que vous venez d'obtenir.
(( Vous voilà donc tranquille sur l'existence de
1. Voir LetJres inédites de Marie- Antoinette, par le comt& de Reiset.
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« tout co qui vous est cher. Croyez que personne (( au monde ne peut prendre plus de part à votre <( joie et ne vous souhaite plus vivement que moi « tout le bonheur que vous méritez si bien.
« Il faudrait au mien, quelque chose qu'il ar- <( rive, que nous puissions nous retrouver en- <( semble, et à présent je n'en désespère plus. On <( me mande que le bien que vous avez est à ■<( quatre-vingts lieues de Vienne; c'est encore un <( peu loin, mais cette distance ne me paraît pas •« insurmontable.
« J'aime M. Whitvoorth' à la folie. Je sais que <( celui-là n'a pas oublié le temps passé et qu'il a (( été heureux de voir en donner des preuves. Je « ne veux pas m'arrèter à ce vilain sentiment; <( mais je me surprends quelquefois riant de la « certaine figure d'une certaine personne que vous <( avez vue, il n'y a pas très longtemps.
« M'"'' de Coigny- m'avait écrit, il y a quelque « temps, pour me demander des détails sur votre <( établissement. Je n'en savais pas qui puissent « la satisfaire beaucoup ; mais je viens de lui « écrire bien vite cette bonne nouvelle, et je serais