CHAPITRE XIV
BrOMPTOX g HAVE.
Brompton Grave (Grave = bocage — bosquet), où M'"*" de Polastron allait vivre sa dernière année d'existence, n'existe plus aujourd'hui. Les prcr mières maisons venaient d'y être bâties depuis trois ans à peine, et il y avait seulement sept maisons lorsqu'elle s'y rendit en 1803. A cette époque c'était encore la campagne, et le petit groupe de villas se trouvait à oOO mètres au sud de Gove House (aujourd'hui Albert Ilall)^ oîi demeura plus tard lady Blessington, la célèbre amie de lord Byron et du comte d'Orsay. Entre Gove House et Brompton, il n'y avait que des champs. Sur l'emplacement de ce qui fut Brompton Grave se trouve aujourd'hui la gare de South Kensington du Métropolitain, une partie de Cromwell Road et la partie méridionale du Natural Histoir Muséum. Les villas s'élevaient autour d'une large pelouse plantée d'arbres et de bosquets, et les loyers va-
^"0 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.
riaient entre 70 et 30 livres'; mais ni le registre des impôts de Kensington, ni le cf Court Guide » ne nous fournissent aucun indice sur celle des maisons choisie par Fintéressante malade.
Nulle trace ne reste donc plus de la tranquille retraite où M™'' de Polastron était venue essayer de reprendre des forces en respirant un air plus vivifiant. M™^ de Gontaut, dans ses Mémoires, semble nous laisser croire que quelques semaines seulement s'écoulèrent entre l'arrivée à Brompton de la bonne Louise et l'époque de sa mort. Son départ de Londres ne fut pas davantage^ comme elle le raconte, le signal de la séparation exigée par l'abbé de Latil. Autant d'erreurs et autant d'inexactitudes. Plus d'une année s'écoula pendant laquelle la jeune femme^ résignée à son sort, lutta sans espoir contre la terrible maladie qu'elle voyait s'accentuer de jour en jour^ constatant tristement chaque matin les progrès grandissants de son mal, mais trouvant encore l'énergie de dissimuler ses souffrances sous un sourire, pour épargner un tourment à son ami pendant les longues heures qu'il passait près d'elle.
« Le comte d'Artois », a dit M'"" Lebrun dans ses
1. Consulter : A WuUc froin London to Tulham i>/, the late Thomas Crofton Cro/cer. London, William Tegg, 1860.
Mémoires, « ne quittait pas M""" de Polastron qui « était toujours souffrante et ne pouvait sortir. La « sollicitude du prince allait pour elle au point <( qu'il devinait tout ce dont elle avait besoin et (( lui tenait lieu de garde assidue*. »
Le remède apporté à son état avait été trop tardif et les précautions les plus minutieuses, les soins les plus éclairés allaient demeurer impuissants. Dès le printemps de 1803, les crachements de sang avaient commencé et elle semblait déjà à ce moment condamnée d'une façon irrévocable. Au mois d'avril, Louis XYIII, averti des inquiétudes de son frère, lui écrivait une longue lettre empreinte de la plus affectueuse tendresse, dans laquelle il compatit à ses peines et s'efforce vainement de lui rendre quelque espoir.
« La voix publique », lui dit-il, « m'avait déjà « donné des alarmes sur la santé de votre amie ; « je n'avais pas besoin de cette voix pour en con- « cevoir, il me suffisait de songer à la cruelle « perte qu'elle vient d'éprouver. Mais j'ignorais le « pire de tous les articles^ le crachement de sang. « Que votre cœur se dise en mon nom tout ce qu'il <( dirait au mien en pareil cas. Mais en même