‹ Louise d'Esparbès, comtesse de PolastronChapitre 91 sur 126 · Communication do M. le major Hall · texte numérisé non relu

Communication do M. le major Hall

fiter de la circonstance pour faire ramener en France, dans la sépulture de famille, les restes de Louise de Polastron. C'est à la comtesse de Montcabrier, demi-sœur de la défunte, encore vivante à cette époque, qu'il appartenait de prendre une décision; mais elle était d'un âge avancé, ou redouta l'émotion qu'allait provoquer chez elle le rappel de ces anciens et douloureux souvenirs, et la baronne de Nivenheim, sa fille, de concert avec toute la famille, décida qu'on garderait le silence et qu'aucune demande ne serait faite en Angleterre ^

Peut-être quelque autre membre de la famille d'Esparbès de Lussan, prévenu par M™'' la baronne de Nivenheim, réclama-t-il les cendres de M'"*' de Polastron; mais, de ce côté non plus, je n'ai rien pu découvrir, et de cette translation, chez tous ses petits-neveux, il n'est resté nulle trace. Le seul souvenir qui subsiste d'elle en Angleterre est son acte de décès, inscrit sur les registres- de l'an-

1. CoLninunicalion do M. le barou de Neukirchen de Nivcnhoiiii, petit-flls d'Henriette d'Esparbès, mariée au comte de Montcabrier, demi-sœur de M"^ de Polastron.

2. .\vant la loi édictée en 1836, on n'exigeait pas autre chose; les registres étaient tenus dans les églises communales et il n'y avait pas de bureau central comme il en existe à présent à Somerset llouse. En cas de succession, un extrait des registres de l'église suffisait pour constater le décès d'une personne morte avant 1836.

cienne chapelle, transportés à la nouvelle paroisse de Saint-Pancras.

En voici le libellé et la traduction :

« Marie-Louise-Françoise d'Esparbès de Lussan, « died 27 March 1804, haried neurch 31", œtat. oO. « Vault L. 11, 11. ))

« Marie-Louise-Françoise d'Esparbès de Lussan, « morte le 27 mars 1804, enterrée le 31 mars sui- « vant, âgée de oO ans, dans un caveau dont les « frais auraient été de 11 guinées (deux cent « quatre-vingt-trois francs). »

Le chiffre de 11 guinées dépasse de beaucoup, comme importance, le prix de toutes les autres sépultures, et, en outre, l'acte en question contient des inexactitudes très apparentes. Le nom de Polastron, sous lequel pourtant la défunte était connue à Londres ou à Brompton, n'y est pas indiqué et elle est inscrite seulement sous son nom de jeune fille. Par une étrange anomalie, il se trouve aussi qu'on l'a vieillie de dix ans. Il n'existe cependant pas d'autre acte, et l'assurance formelle en a été donnée par le desservant de la chapelle qui s'est livré, à ce sujet, à d'infructueuses recherches.

Aucune mention n'existe sur le registre qui puisse laisser supposer que le corps ait été trans-

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porté en France, suivant les intentions exprimées dans les articles de journaux, au moment du décès.

Jusqu'à la Restauration, les nombreux émigrés restés en Angleterre prirent scrupuleuseinent soin des tombes de Saint-Pancras et rendirent à leurs morts un culte pieux; mais, après 1814, personne ne demeura à Londres pour s'occuper de les entretenir d'une façon décente, et le cimetière fut bientôt livré au plus complet abandon.

Un article du Monthy Magazine, paru au mois de mai 1813, consacre plusieurs colonnes à sa description, et proteste contre l'état de délabrement et d'incurie dans lequel sont laissées toutes les tombes.

« Je ne pais m'empêcher de faire observer », dit l'auteur, « combien l'état déplorable d'abandon t( dans lequel est laissé ce cimetière est honteux <( pour la paroisse à laquelle il appartient, et com- <( bien il offre à la vue un spectacle attristant. Les « pierres tombales sont en ruines et les dalles sur « lesquelles sont gravées les inscriptions gisent à « terre, à demi recouvertes de limon et d'herbes « parasites ; des ossements, des fragments de cer- « cueil sont épars sur le sol, et nombre de tom- « beaux entr'ouverts, de monuments à demi brisés « sont là pour témoigner de l'inexplicable insou-

<( ciance qui est la cause de leur ruine. Combien « de nobles Français pourtant, fuyant le règne de « la terreur, sont venus rendre le dernier soupir •« sur le sol hospitalier de l'Angleterre et dorment <( là leur dernier sommeil !

« On peut lire encore dans l'église les noms de « ces infortunés :

« Alex. d'Anterroclie, évêque de la Gondamine^ « janvier 1793.

« Le vicomte d'Anterroche, janvier 1797 ^

« Armand -Jean, comte d'AUouville, âgé de « 79 ans, 24 janvier 1811.

« Antoine, vicomte d'AUouville, sept. 1811.

« Louis, comte d'Antraigues, 58 ans, et Antoi- ■« nette, comtesse d'Antraigues, 52 ans, juil. 1811.

« Fr. Bruny de Chateaubrun, comtesse de \ï\- « tiers, 1811.

« Philippe, comte de Currcher, 72 ans, dé- « cembre 1812.

« Louis de Ghardebœuf, comte de Pandel, 73 ans , ^( mai 1813.

« Antoinette de Chaumont, vicomtesse de Buf- « févent, juin 1843.

« Marie de Cornulier, comtesse de Montault, « 1814.

1. L'orthographe de Tarticle du Monthy Magazine a été respectée.

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(( Le chevalier d'Eon, 1810.

« Claude, vicomte de Yaulx, 1809.

(( Antoine, comte de Gramont, février 1805.

« Jonathas de Penfentenyo, comte de Gheffon- <( taines, 71 ans, avril 1813.

« Louis, comte de Rieiix, 53 ans, juin 1813.

<( Gomte de Pontcarré, 1810.

« Louise d'Esparbés, comtesse de Polastron, « 1804. — Et tant d'autres I

« Les plus vulgaires convenances commandent « d'entretenir avec décence ce lieu où reposent « tant de morts illustres, et qui deviendrait sûrece ment un lieu de pèlerinage et de curiosité pour (( les étrangers. Une pareille incurie exciterait à <( bon droit l'indignation de leurs compatriotes, si « ils pouvaient être témoins de l'état de ruine et « d'abandon où est laissé le dernier asile de tant <( d'infortunés Français... »

Si l'éloignement de sa famille, qui résidait eu France, pouvait rendre explicable quelque négligence au sujet de la tombe de M'"*" de Polastron, il ne saurait eu être de même pour le comte d'Artois, et il n'est guère possible d'admettre qu'il ait laissé à l'abandon la dépouille mortelle de celle au souvenir de laquelle il devait rester iidèle jusqu'à son dernier jour. Sans doute, lorsqu'il quitta

l'AngleteiTe pour retourner en France, il n'abandonna pas derrière lui Turne où il avait fait renfermer le cœur de sa bien-aimée, urne qui fut déposée par ses soins à côté de son cercueil, dans le caveau provisoire qu'il lui avait fait construire. Assurément, il ne voulut pas se séparer de cette pieuse relique, qu'il emporta comme le plus précieux trésor. Un sentiment de délicatesse pourtant dut l'empêcher sans doute de faire aucune déclaration sur les registres, par respect pour la mémoire de son amie, et c'est ainsi que s'explique d'une façon plausible l'absence de toute pièce officielle au sujet de ce cœar constant et fidèle qui n'avait connu qu'un unique amour!

On a pu remarquer, dans l'article du Afor}ii7iç Chronicle consacré à la mémoire de M™'' de Polastron, qu'elle était mentionnée comme parente de la famille de Bourbon. C'est au sujet de cette soi-disant parenté qu'il convient de rappeler une légende qui, à mon sens, est inadmissible, mais qui pourtant s'est perpétuée dans la famille d'Esparbès, même encore de nos jours, parmi ses représentants. Cette tradition veut qu'une sorte de mariage morganatique ait uni le comte d'Artois à ^pue jg Polastron; ses neveux ne parlaient du Roi qu'en lui donnant l'appellation familière de « Tonton Charles X », et ce dernier, pendant toute la

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Restauration, donnait le nom de sœur, paraît-il, aux demi-sœurs de son ancienne amie^ Il me paraît d'autant plus difficile devoir dans ces appellations autre chose qu'une marque de sympathie affectueuse, car, à cette époque, il s'élevait contre la possibilité d'une réunion régulière deux obstacles insurmontables : l'existence de la comtesse d'Artois qui ne mourut qu'en 1803, et celle de M. de Polastron, le propre mari de Louise, qui ne mourut que vingt ans plus tard !

Le devoir d'un historien, cependant, est de ne rien négliger de ce qui peut l'éclairer sur la vie intime de ceux dont il veut peindre l'existence, et il est bien certain que ce qui a pu accréditer cette légende, c'est la disparition un peu mystérieuse de nombreux papiers probablement fort intéressants qui concernaient M'"" de Polastron. Son demi-frère, le comte Louis d'Esparbès, issu du second mariage de son père avec M"'' de Varanchan de Saint-Geniès, avait épousé Jacquette de Malaret, dont il avait eu un fils, le comte Jules d'Esparbès, qui ne s'était jamais marié et habitait le château de Lamotte-Bardigue, près d'Auvillars, en Tarn-et-Garonne. D'une liaison que ce dernier

1. Communication du baron de Malarot, i)etit-fils de Félicie d'Esparbès, mariée au baron de Malaret et demi-sœur de M^e fie Polastron.

avait eue avec une personne de condition modeste, une fille était née qu'il maria au docteur Goizeau. Elle s'appelait M"" Rotival.

Or, le comte d'Esparbès possédait une cassette remplie de papiers auxquels il attachait beaucoup de prix et qu'il ne montrait à personne. Au moment de sa mort, ses derniers moments furent hantés par ridée de cette mystérieuse cassette, dont il parla dans son délire avec anxiété : « La cassette, oii est la cassette? » s'écria-t-il à plusieurs reprises. Que voulait-il dire et à qui destinait-il son contenu? C'est ce que personne ne saurait devinera La fille naturelle de M. d'Esparbôs hérita d'une partie de ses biens et sans doute également de la cassette mystérieuse, puisqu'elle ne fut pas remise à la famille d'Esparbès. Ce sont les papiers qu'elle contenait que je me suis efforcé de retrouver; mais M'"" Coizeau, née Rotival, était morte, et son mari, remarié, était décédé sans laisser d'enfants. Grâce à l'obligeance de sa veuve, je pus retrouver le notaire liquidateur de la succession- du docteur Coizeau, qui me mit en rapport avec son héritière, M"^ Morizot, demeurant à la Roche-sur-Yon.

C'est par elle que j'appris qu'aucuns papiers ne

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