N« IV
Lettre du duc de Montpensier aux États généraux. 25 août 1584.
(Grachard. Corresp, de Cruillaume-le^Tacitumej t. 6, p. 206.)
a Messieurs, estant chose naturelle a toutes personnes de
c plaindre et regretter la perte de leurs parens et amis, quand il
ce plaist à Dieu les leur oster, pour les appeler de sa part, bien
« que ce soyt par la voye ordinaire que nul ne peut fuyr ny
«éviter, vous pouvez assez juger, ayant cogneu l'amitié qui
«estoit conjointe à l'alliance d'entre feu M. le prince d'Orange,
« mon beau-frère, et moy , combien la nouvelle du malheureux
«et exécrable assassinat commis en sa personne m'a affligé de
ajuste douleur au cœur et en l'âme, veu qu'une telle prodition
«à l'endroict d'un personnaige de sa qualité, doibt estre en
«horreur à tous ceux qui en oyent parler. Et encoires que je
« m'asseure sa mémoire vous sera tousjours en tel honneur et
«recommandation, pour ses mérites envers vous et la chose
«publique, que vous ne l'oublierez jamais à lendroict de sa
«postérité, si est-ce que, m'attouchant mes niepces, ses filles,
«de sy près, comme elles font, je ne puis obmestre à vous sup-
« plier, ainsy comme je fais très affectueusement. Messieurs, de
«leur vouloir continuer la mesme bonne volonté, gratiffication
«et bienfaict qu'il vous a pieu leur eslargir et despartir, du vivant
«dudict feu seigneur prince, leur père, mesmement pour leurs
« pensions, affin quecela, avec leurs moyens qui leur sont demeu^
«rez assez petits, comme vous sçavez, pour le lieu d'où elles sont
« descendues, puisse estre suffisant pour les eslever , et faire parve-
«nir chacune à tel party, qu'il est requis et décent à leur qualité;
« joinct l'ayde et secours que leurs bons parens et alliez y pour-
«ront appliquer. A quoy, de ma part, je m'offre, de ceste heure,
«et spécialement pour l'aisnée, filleule de feu Monsieur mon
442 LOUISE DE COLIONT.
a père, pourveu qu'on me la veuille envoyer, ainsy que j'en prie a tous ceux de pardelà qui y ont puissance, estant en volonté de a ne rien espargner de mes moyens pour la bien nourrir et eslever, cet la pourveoir, lorsqu'elle sera parvenue en âge, comme je ce m'employerai aussy de mesme à Tendroict de celles de ses a sœurs dont on la vouidra accompaigner, lesquelles se peuvent «asseurer, d'estre si bien et favorablement accueillies et traitées, «tant de moy, que de leurs autres parens pardeçà, qu'elles et a tous ceulx à qui elles appartiennent pardelà auront une perpé- « tuelle occasion de s'en louer et contenter. Ce que j'ay bien a voulu vous faire entendre. Messieurs, m'asseurant que vous a aurez tousjours soing d'elles et de tout ce qui appartenait audit a seigneur prince, leur père : suppliant nostre Seigneur Dieu a vous donner, Messieurs, en sa très saincte grâce, l'accomplis- «sèment de vos bons désirs. De Paris le 25*" jour d'aoust 1584. aVostre plus affectionné meilleur amy, François de Bourbon. i>
Lettre de Jeanne de Bourbon, abbesse de Sainte-Croix ^ à son frère te duc de Montpensier. iO septembre i584,
{Bibl, nat. mss. f. fr. vol. 3352, fo 62)
a Monsieur, je suis extrêmement aise d'avoir entendu par le s' m de de Goûts vostre bonne disposition, et la bonne volonté que ce vous avez, ainsi qu'il vous plais t me mander par vostre lettre, «d'envoyer quérir Mesdamoyselles d'Oranges, mes nièpces, « vous suppliant très humblement de leur vouloir continuer cest «honneur, et à moy de m'advertir de ce que Messieurs les Estais «vous auront escript pour response dés vostres, car j'aurois « tous les contentemens du monde s'ils esloient en dévotion de «vous les donner, affin d'en disposer ainsy comme me mandez, «vous remercyant très humblement de l'honneur que vous me «faictes de m'en promettre une, laquelle je tiendray aullant chère «que moy mesme, etc., etc.»
Lettre de François de Civille à Walsingham. iO septembre i584.
(Record offic, State papers. France, vol. 81.)
a Monsieur, suyvant l'avertissement qu'il vous pleust hyer «m'envoyer par le s*" de Joly temps, du refus que Sa Majesté <cavait faict de signer des lettres que luy aviez présentées pour a Hollande, suyvant leurs termes, j'ay escript à Messeigneurs le a comte de Leicester et grand chambellan Hov^ard, les ayant ((instamment suppliés de vouloir tant faire vers Sa Majesté, que «de vouloir accepter les deux filles aisnées de feu Monseigneur ctle prince d'Aurange, suyvant l'instante requeste et supplication «que luy en a faicte Madame la duchesse de Bouillon par moy, «et l'extrême désir qu'elle en a, pour le doubte et crainte qu'elle «a que Mesdamoiselles ses nièpces ne soient nourries en la «papauté; sinon qu'il plaise à Sa Majesté de les envoyer quérir «et mander toutes troys, à la charge de les distribuer puis après « à telles personnes qu'elle verra bien estre, voire mesme à con- «dition d'en bailler l'aisnée à M. le duc de Montpensier, en «cas qu'il la demandast, afin que, la prenant de la main de Sa «Majesté, il Taye, à la charge de la laisser vivre en la liberté de « sa conscience, et de luy laisser sa gouvernante et ses serviteurs ; «en quoy faisant, seroient le sainct zèle et intention de Madame «de Bouillon accomplys, qui entendent qu'à entretenir ses nièpces «en la crainte, amour et vray service de Dieu, pour n'estre «polluées, à l'avenir, aux superstitions de la papauté, comme «sans doubte il adviendroit si Sa Majesté ne les envoyoit quérir « toutes trois ensemble, pour venir en ce pays. Et d'aultant que «je sçay, Monsieur, combien vous avez, de vostre grâce, ceste «affaire recommandée, je ne vous feroy plus longue lettre; «seulement je vous supplierai. Monsieur, de vouloir continuer
a en ceste bonne volonté et affeclion qu'il vous a tousjours, de a vostre grâce, pieu porter et monstrer à Madame la duchesse a de Bouillon et Messeigneurs ses enfans, et particulièrement «vouloir prier M. le grand-trésorier, comme aussy les autres a seigneurs du conseil, de supplier Sa Majesté de vouloir, en «cecy, accorder la très humble et très juste requeste de madite «dame de Bouillon, suyvant la teneur de vos lettres, si faire se <r peut ; où , après vous avoir bien humblement baisé les mains, a je prie Dieu, Monsieur, vous donner en parfaite santé, longue «et heureuse vie. — De Londres, ce 10 de septembre 158&, « vostre très humble sarviteur, comme j'espère, Dieu aydant, « le monstrer et prouver par effect. François de Civille. »
Lettre de la reine d'Angleterre aux Etats généraux. i5 septembre
{Archives générales du royaume de Hollande )
€ Messieurs nos bons amys, jasoit que ne doublons pas que la «souvenance de tant et tant de mémorables services que vous a « faicts le feu prince d'Orange, de son vivant, avec infiniz travaux et « despens, perte d'une grande partie de ses biens, et hasard coaticnuel de sa vie, qui y est enfin sy infortunément demeurée, pour « tesmoignage de l'affection qu'il vous portait^ ne vous mande de «soy mesme à avoir soing extraordinaire de ses filles, pourestre « filles d'un tel père, pour respect de leur sexe, et pour les voir «orphelines de père et de mère, en ce bas âge auquel il les a «laissées, si estimons-nous toutefois devoir cela à Thonneuret «bonne mémoyre dudit prince, suyvant la faveur et affection «que luy avons tousjours portée, de vous recommander encoires «particulièrement Testât déploré de ses dictes filles, lesquelles «sommes délibérée de faire héritières de l'amitié que portions à
LOUISE DE GOLIGNY. 445
«leur père, vous priant que, puisque leur avez gratuitement «accordé quelques dons et pensions, en considération des ser- «vices de leur père, veuilliez donner ordre, de bonne heure, à « Taccomplissement de vostre promesse pour Tentretien et sub- « vention des orphelines, vos filleules, mesme en ce temps qu'elles ce en ont le plus de besoing ; qui sera tesmoignage recommantdable à toute la postérité d'une vertueuse gratuité envers « les mérites de leur père, que nous mesmes aurons pour très «agréable; vous priant au plus tost et avant l'hyver, faire «dresser l'équipage des trois aisnées, pour les nous envoyer, «faisant venir à leur conduite la demoiselle de la Montigne, «leur gouvernante, et le sieur de Jolitemps, d'autant que de « longtemps ils ont esté au service de leurs père et mère ; quoy «sera l'endroit que nous prions le Créateur qu'il vous ait tous- «jours. Messieurs nos bons amys, en sa très saincte et digne «garde. — Escript à nostre maison d'Otelandz. ce 15® jour de «septembre 1584. — Votre bien affectionnée et bonne amye, «Elisabeth.))
Lettre de la reine d'Angleterre au duc de JHontpensier .
il octobre i584.
(British muséum. Bibl, Cott. Titus 4i, fo 188.)
«Monsieur mon cousin, comme le feu prince d'Orange, pré- « voyant le danger imminent auquel il estoit toujours sujet par « les secrètes menées et embusches que luy tendoient ses ennemis, «Douseust, de son vivant, bien instamment prié d'avoir ses filles «pour recommandées et de les prendre en nostre protection, «s'il luy advenoit de les laisser sans père, se reposant, comme à «boD droit il pouvoit faire, sur la faveur et affection que luy «avons, de tout temps, portée, nous avons advisé, après cest
ce infortuné accident de ia m 3rt dudit prince, de faire bailler (cTaisnée à Madanae la princesse de Navarre (Catherine de ce Bourbon), sa parente, comme sçavez, où elle ne peult faillir ad'estre bien et vertueusement nourrie, et de mander quérir la a seconde, qui est nostre filleule, pour la tenir icy près de nous: a ayant parcy-devant recommandé celle d'après, qui se nomme « Brabantine, à M"*" la duchesse de Bouillon, vostre sœur, pour cccstre nourrie près de Madamoyseile de Bouillon, sa fille; les ce deux autres estant déjà accordées, Tune, nommée Ancelyne, «à TEIectrice palatine, et Taulre, nommée Catherine, à la comctesse de Schwartzenbourg, leurs marraines. Et quant à Tautre, a nommée Flandgne, que la dame du Paracly avoit desjà auprès «de soy, du vivant du père, nous la luy avons, de longtemps, a bien expressément recommandée, dont vous avons bien voulu aparticulièrement advertir, pour Tintérest qu'avés en elles par de droit de nature ; espérant que ne trouvères mauvaise la discc position qu*en avons faicte, mais plutostqu^aurés pour agréable ce le soing qu'avons d'elles ; en quoy vous prions de nous seconder € et y aporter aussy, de vostre part, tout l'advancement que apourrés, comme leur plus proche parent du cos té maternel, c prenant et acceptant la tutelle de vos dictes nièpces, et vous « rendant protecteur et conservateur de ce qu'elles ont de bieo «en France, afin qu'elles ne puissent estre subvenues pour leur «entretenement, et que, à ceste fin, il vous plaise requérir le roy a de son commandemment et authorité pour leur faire service, a s'il en sera besoing. Et ainsi, faisant fin de ceste, nous pnoos «le Créateur qu'il vous ait, Monsieur mon cousin, tousjours en (c sa sainte garde et vous donne très bonne vie et longue. — cEscript, à nostre maison de Hamptoncourt le 17® jour d'octobre «1584. — Vostre très affectionnée bonne cousine et très asseuarée amye, à jamais, Elisabeth.»
LOUISE DE COLIGNV. 447
Leltre de François de Civille à Walsingham. i9 octobre 1584.
(Record offîc. lôc, cit.)
<K Monsieur, j'ay reçeu les lettres de Sa Majesté, avec leurs «copies, les deux passe- ports et lettres pour La Rye, avec les «vostres -pour Madame la duchesse de Bouillon et Monsieur le «duc de Bouillon, son fils, auxquels j'espère faire entendre les «peines qu'il vous a pieu prendre icy pour eux, en tout ce «qu'avez cogneu les concerner. Je dis vous. Monsieur, plus que «tous autres, sans faire tort à personne, dont j'espère que leurs «Excellences vous remercieront amplement, estans princes chres- « tiens, et qui n'oublient jamais leurs bons amys et ceux desquels «ilz reçoy vent plaisir. Et d'autant. Monsieur, qu'entre les lettres «que Sa Majesté escrit, je n'en ay trouvé pour Madame du «Paracly, suyvant le mémoire, désir et intention de Madame la «duchesse de Bouillon, par lesquelles il plaist à Sa Majesté «recommander la jeune princesse à ladite dame de Paracly, pour «la garder et bien faire nourrir, suivant Tintenlionde mondit «seigneur le prince d'Orange, son père, comme si, de son vivant «il en eust escrit et requis sa dite Majesté de faire, je vous «supplye. Monsieur, de m'en vouloir envoyer une de la part de «Sa Majesté, à ce propos, pour ladite dame de Paracly, et me «l'adresser à Rouen, par le moyen de Jacques Lepeintre, ou «aultre, sûrement: à celle fin, que elle s'en puisse, prévaloir et «deffendre, à rencontre de M^"" le duc de Montpensier, en cas «qu'il la demandast, qui est ce que M"^ la duchesse de Bouillon «désire surtout, de paour qu'elle en soit distraite delà pour «estre nourrie à la papauté, ce que tasche de faire mondit s"" de «Montpensier. Quant à la lettre que Sa Majesté escrit à mondit «seigneur de Montpensier, madite dame de Bouillon désire qu'il
448 LOUISE DE COLIGMY.
ce pleustà Sa Majesté la luy faire tenir par le moyen de son ambasa sadeur résidant en France, ou par aultre, de paour qu'il ne a desavouait que niaditedamede Bouillon se soit entremise de ceste a négociation. Et partant, je vous la renvoyé, vous suppliant, d Monsieur, qu'elle soit gardée pour quelque temps, s'il vous c plaist, jusques à ce que celle de Madame la princesse de Navarre c soit envoyée et que nous ne puissions avoir des nouvelles, de a paour que mondit Seigneur de Montpensier ne brouille ou a rompe le dessein de madite dame de Bouillon, qui est très bon ce et très sainct. Combien que je ne doubte^ qu'à la veue de la lettre a de Sa Majesté, Madame la princesse de Navarre n'accepte la <r jeune demoiselle. Et, où vous trouveriez qu*il fust expédient de a me renvoyer la lettre de sa dite Majesté à mon dit seigneur de «Montpensier, pour la luy faire tenir vous mesme, il vous plaira, « Monsieur, me l'envoyer par Jacques Lepeintre, ou aultre, avec «la lettre que Sa Majesté escrit, par vostre moyen, à M"* de aParacly. Pour fin. Monsieur, je ne peux que vous remercier, a au nom de ma dite dame la duchesse et Monsieur le duc de (c Bouillon, comme envoyé par leurs Excellences, très affectueua sèment de tous les bons offices qu'il vous a pieu leur faire, a jusques à ce jour, en ce pays.»