N<» XVIII
Lettre de Ph. de Momay à la princesse d'Orange. 15 juin 1601.
(Mém, et Corresp. de Momay ^ éd. 1824, t. 9, p. 416.)
a Madame, Vostre Altesse aura ouï parler de ce qui s'est passé ak Fontainebleau. Quelques respects m'ont empesché, ung a temps, de vous en escrire; mais l'on vous a voulu faire croyre «que j'ay esté atterré, en ceste lutte, trop dure, à la vérité, a contre un si grand maistre ; je me confie que vous m'en aurez a veu vigoureusement respondre par la force de la vérité, plus ce puissante, toute nue, audessus des roys, pour relever les siens, «que ne sont les roys audessus du reste des hommes, pour l'affoiccblir, en leurs foiblesses.
ce En somme. Madame, de cinq mille passages alléguées en oc ce livre accusé de faulx, on en a choisi cinq cens ; de cinq cens, a tiré soixante; et de ces soixante, examiné neuf; et cependant, <£sans vous rien dire de la forme, tous ces passages se trouvent a si constans et en termes si clairs, comme vous aurés veu, a qu'il n'y a que l'illusion volontaire qui les puisse révoquer en ce doute; tellement que, puisque ce qu'ils prétendirent le plus ce fort se trouve estre foible, que sera le reste du livre, sinon a solidité très éprouvée? Le reste conséquemment de leurs accusaa tiens, sinon calomnie toute jugée.
a Ores, Madame, je prends, par la grâce de Dieu, cest opprobre a en patience, parceque de sa main tout est supportable, par ce.
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a principalement, que c'est l'opprobre du Christ ; et peut-estre a mesme n*y appréhendé-je pas assez ma condition particulière ; «je me confie que, par ce, Dieu est mon héritage, que j'ay <t aussi tousjours estimé que très heureux est qui peult édifier «quelque coin de sa maison, mesme de sa ruyne. Ce donc qui «me tente, au fond de Fâme, c'est Madame, qu'un chascun ait « recogneu parla ce que je n'osai escrire, ce qu'encores je veux « tascher de disputer contre moy-mesme, que je ne puis certes «escrire à Vostre Altesse, sans souspirer, ni Vostre Altesse, «sans larmes.
«Si fauU-il, Madame, achever généreusement ceste course, «en laquelle nous louons Dieu que vous nous estes à tous « ung très illustre exemple, combattant à l'envie et de douleurs «et qui néantmoins, au milieu de tout cela, prononcés, par « vos actions, à toute la chrestienté, que vous préférés les afflic- « tions du peuple de Dieu aux délices de ce siècle ; résolue, et «je n'en doubte point, que, si vous souflfrez icy avec Christ, vous «régnerez, là-haut, avec luy ; qu'il nous fera triompher, dès icy- « bas, de toutes ces difficultés, oultre espérance, contre apparence, « parceque Dieu est fidèle rémunérateur, parcequ'il tient les pro- « messes de la vie présente et de la vie à venir, parceque la « nature mesme veut que ce qui est semé avec peine, soit enfin « moissonné en joye.
« Ores, Madame, nos églises sont en pryères assiduelles, qu'il « plaise à Dieu magnifier ses bontés, en nostre conduite ; et, « pour moy, je le supplye ardemment qu'il vous comble de ses « grâces temporelles et spirituelles, vous console contre ces pré- « tendus maulx, vous fortifie, et vous donne, Madame, après tant « d'espreuves, en pleine prospérité, longue et heureuse vie.»