‹ Louise de Coligny, princesse d'Orange (volume 2)Chapitre 43 sur 70 · II A · texte numérisé non relu

II A

50 LOUISE DE GOLIGNY.

a et certes je le désire aulant pour son hoQDeur et propre bien, a que pour mon contentement et service. Ladite chambre de jusce tice n'est pas ordonnée pour connoistre telles matières. Il est a accusé d avoir participé aux traités faits par ledit de Biron avec (( les Espagnols contre mon estât. G*est un crime de lèze-majesté, a au premier chef, duquel la justice et connoissance appartient, a privativement à tout autre, au parlement de mon royaume, a estant mesme question de personne de sa qualité, à celuy de « Paris, où il y a une chambre establie, comme ailleurs, pour a rendre justice à mes sujets de ladite religion, de laquelle nul ad'iceuK ne s est encore plaint, puis sa création. Mais je n*avois a encore pensé ni parlé de mettre ledit duc de Bouillon en jusce tice; je faisais estât seulement de Touyr, et moy-mesme prendre oc cognoissance du faict, entendre ses raisons et favoriser sa a justification, de tout mon pouvoir, devant que de Texposer au a jugement de mes officiers, pour Taflection particulière que je (( lui porte, dont si on luy a donné ou s'il a pris autre impresasion, il ma faict grand tort et a luy mesme; car, comme il a «esté nourri auprès de moi et qu*il en a reçeu tous les honneurs, (( dignitez et biens qu'il possède, il a pu mieux cognoistre mon a naturel, du tout adonne à la clémence et à la rectitude. Cela a seul est suffisant pour faire croire à tout le monde que sa «conscience a troublé son jugement, et de faire estimer véritable ace dont il est accusé; chose que personne ne pouvoit croire; «de quoy je diray derechef que je suis très desplaisant, et le «serai encore plus, s'il entreprend de troubler le repos de mon «royaume, sous quelque prétexte que ce soit.»

La chambre de Tédit de Castres, obtempéra à Tinjonclion qui lui fut faite, au nom du roi, de ne s'immiscer en rien dans laffaire du duc de Bouillon.

Quant à celui-ci, informé que Lefèvre de Caumartin, pré-

LOUISR DE COLIGNY. 5i

sideot au grand conseil, avait ordre de l'arrêter, en quelque lieu qu il le rencontrât, et de lamener, sous bonne garde, à la cour, il Q*eut rien de plus pressé, afin de se soustraire à une arrestation, que d'accourir à Montpellier, où il protesta de son innocence, sans en produire d'ailleurs la moindre preuve, et implora la protection des églises réformées, auprès du roi, comme s'il avait droit à un appui quelconque, de leur part, dans une question étrangère à tout intérêt religieux. De là, il se rendit à Orange, traversa le Dauphiné, arriva à Genève, et y publia une prétendue jusliQcation, qui ne le lava point de l'accusation d'avoir, sinon favorisé, du moins connu en partie la conspiration de Biron. Passant ensuite par Berne et Bâie, il atteignit Heidelberg, où il se prévalut de ses liens de famille avec l'Électrice et l'Électeur, pour que ce dernier intervînt en sa faveur vis-à-vis de Henri IV.

Tandis que le fugitif profitait de l'hospitalité qui lui était accordée à Heidelberg, et qui devait être d'assez longue durée, Louise de Coligny, récemment arrivée à La Haye, s'y affligeait de la triste condition dans laquelle languissait sa fille Elisabeth, à Turenne, où le duc de Bouillon la laissait confinée, sans lui apporter le moindre soulagement, par l'envoi de lettres empreintes d'illusions qu'elle ne pouvait partager.

La princesse désabusée désormais sur le compte de ce seigneur, si haut placé nagrères dans son estime, et maintenant si déprimé, mais trop généreuse pour l'abandonner, alors surtout qu'à son sort ne se liait que trop étroitement celui de son excellente femme, cherchait à le retenir sur la pente de l'abîme et à le ramener à la voie du devoir.

Sa sollicitude pour la duchesse de Bouillon était extrême. En même temps qu'elle chargeait une personne de confiance de lui porter , à Turenne , un message de sa tendresse maternelle, elle disait à M'"^ de la TrémoïUe, en lui parlant de sa

sœur^ : a Que je plains c^le pauvre femme! Mon Dieu, que ne ce voudrois-je point apporter de ce qui seroit en ma puissance a pour son soulagement » car je cognois ses appréhensions, que a je crois qui ne sont pas petites, et certes, ce n*est pas sans «sujet. M. de la Trémoïlle n'a mandé que vous la deviez aller «voir; M. de Bouillon me Ta mandé aussi. Je m'asseure que ce «lui sera une souveraine consolation que vostre présence. Vous «croyez bien que ces aflaires-là me donnent bien de la peine. «J'en ai eu beaucoup lorsque j es tois sur les lieux, où j'en sça- « vois plus de nouvelles qu'icy. A cesle heure que j'en sçay «moins, cela redouble ma peine. Le meilleur remède est le «temps, la patience, et l'humilité de M. de Bouillon. Mon «opinion et celle de tous ceux de deçà est telle, et que, s'il en «recherche d'autres, il ruinera plus ses affaires qu'il ne les « avancera. »

De Buzanval rendit alors à l'altitude politique de Louise de Goligny, dans l'affaire du duc de Bouillon, ce remarquable hommage ^i «La venue en ce lieu de Madan^e la princesse d'Orange «a servy à faire recognoistre plus intérieurement le droit que Sa « Majesté avoit en ses procédures. Elle en a parlé, où il en a «esté besoing, comme il convenait au service de Sa Majesté, et «a donné beaucoup de poids à ce que j'en avois dit.»

Parlant du prince Maurice, de Buzanval disait': «Il déplore «infiniment le malheur de ce sien allié, encore qu'il se soit rendu «comme incapable d'estre plaint, et, à plus forte raison, d'êire «aydé et assisté des siens ; et crois quil n'y a point de salut «pourluy, en la miséricorde du roy, s'il y a recours.»

• Lettre écrite vers le 5 mars 1603 (Archives de Af. le duc d^ la Trémoïlle).

• Bib'. nat. mss. f. fr. vol. 15,953, f« 119. ' Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,953, P 119.

La correspondance de Buzanval * contient en outre les renseignements que voici :

«Depuis l'arrivée de M. de Bouillon à Heidelberg, il a été « reçu une lettre de lui, non par M. le prince Maurice, ni par « Messieurs les Ëstats, mais seulement par Madame la princesse (c d'Orange, qui me Ta communiquée. C'est une lettre de complice ment, par le style delaquelle il est aisé à juger qu'il ne lui escrit a pas confidemment, comme il a fait autrefois. Il dit que c'est la (f première princesse estrangère à laquelle il ait rendu ce debvoir (c depuis sa disgrâce, comme n'ayant eu d'autre but que de faire « paroistre son innocence, par le peu de recherche de ses amis et ce d'aide foraine, et n'y préparant autres armes que celles de la jusce tice. Toutesfoîs je sçay qu'il a fait escrire pardeçà à ces Messieurs ce et à M. le prince Maurice qu'il desiroit que ses alliés et amys ce luy fissent de bons ofiîces, à l'endroict de Sa Majesté, et tels ce qu'ils jugeraient les plus convenables, ayant envoyé icy toutes ce les lettres qu'il a escrites en cour. Et je sçay, de plus qu'on a ce reproché à M. le prjqce Maurice la froideur et la lenteur qu'il ce a faict paroistre en ceste affliction d'un sien si proche allié et cramy. II semble que le droit naturel et la bienséance porteront ce enfin le prince à en escrire à Sa Majesté, encores qu'il se trouve ce bien empesché, au style qu'il doibt employer pour une personne a qui n'advoue ny ne recognoist point de faute, à l'endroict d'un ce prince qui n'a recherché que la justice avec icelle. Il me semble ce que Sa Majesté obligera beaucoup ledit s*^ prince Maurice, s'il ce lui fait comprendre qu'il ne trouve point mauvais qu'il rende ce ces debvoirs à la nature et au destin qui l'a lié d'alliance avec «M. de Bouillon.))

Henri IV, en effet, ne trouva point mauvais que l'Électeur palatin, dont la situation vis-à-vis du duc de Bouillon était ana-

* Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,953, P» 144.

logue à celle de Maurice de Nassau, s acquittât de tels devoirs, et il le lui déclara formellement, eu répondaDt à son intercession ^. Le roi, du reste, ajouta : a J'avais voulu parler au duc en a secret, et je lui avais envoyé ordre de se rendre auprès de a moy ; mais le refus qu*il a fait d obéir, non seulement me fait «douter de sa fidélité et de sa soumission, mais m'engage même « à croire, qu'il n'est guères persuadé lui-même de cette innocence a qu'il vante si fort. Cependant, puisque vous vous intéressez pour « luy, je veux bien oublier encore cetle faute, pourvu que, dans (c deux mois, il se rende à la cour et qu'il réponde, devant moy, « aux accusations intentées contre luy. Je serai bien aise que a vous l'en informiez vous-mesme, et je vous prie de l'assurer a qu'il n'y a personne, dans mon royaume, qui s'intéresse plus a à sa gloire que moy, et qui soit plus disposé à défendre son in- (c nocence contre les médisances et les calomnies de ses ennemis, x)

Le roi terminait sa lettre par des menaces contre le duc, s'il persévérait dans sa désobéissance ; déclarant que, s'il ne se soumettait, il le regarderait comme absolument indigne de la protection que rÉiecleur lui accordait.

Insensible à la longanimité du roi, et ne tenant compte, ni de ses ordres, ni de ses menaces, le duc s'obstina à fuir sa présence et à mener, sur le sol étranger, une vie d'intrigues et de subterfuges, qui devaient entraîner pour lui de funestes conséquences, que nous ferons ultérieurement connaître.

Revenons pour le moment à Louise de Coligny, et attachonsnous aux détails les plus saillants de sa vie de famille, depuis son retour en Hollande, en février 1603.

Son premier soin avait été de prouver à Madame de Bouillon qu'elle ne cessait de se tenir auprès d'elle, de cœur et de pensée dans sa solitude de Turenne.

« De Thou, Hi$t. univ., t. 9, p. 579.

La considération de M*"® de la Trémoïlle, si différente alors de celle de sa sœur Elisabeth, non seulement laissait la princesse affranchie de toute préoccupation pénible, à son égard, mais la rassurait même pleinement sur la réalité du booheur que la jeuoe duchesse goûtait daos son union avec un homme d'un tout autre caractère qu'était celui du duc de Bouillon. La mère pouvait, en conséquence, se laisser aller, vis-à-vis de sa fille, à un certain enjouement, en lui donnant des nouvelles de La Haye. De là, ces lignes * :

«Ma chère fille, ma mignonne, j'ai reçeu depuis trois jours avostre lettre du 28 de janvier, qui est la seule que j*ay eue «depuis estre partie de France. Je vous ai escript deux foys, «depuis estre arrivée en vostre bon pays, et adressé mes «lettres à Monsieur vostre bon mari. Celle-ci est par un de vos «bourgeois de TIsle-Bouchard qui m'a esté adressé lorsque je «voulois vous dépescher un laquais et à Madame de Bouillon. «Geste occasion sera cause que j'enverrai mon laquais droit à « Bordeaux, et de là à Turenne ; mais, au retour, je luy comman- « derai de passer à Thouars pour me rapporter des nouvelles de « tous mes chers enfans.

« .... Je vous envoie, à ce coup, des lettres de vos frères 2. ((Certes, il ne se peut rien voir de plus paresseux à escripre (( qu'ils sont ; et demeurent tousjours sur ces belles maximes : qu'il ((n'y a rien au monde, de plus inutile; que vous sçavez bien a qu'il vous aiment et qu'ils sont à vostre service, et que c'est « tout ce que vous peuvent représenter leurs lettres. Ils me font (( mourir, quand ils se mettent sur ces opiniâtretés-là, que vous «connoissez, car il n'y a raison qui les puisse convaincre. Et ((notez, que Monsieur mon fils est un vrai singe de son frère;

' Archives de M. le duc de la Trémoïlle, * Voy. Appendice, n^ 3.

«car il a si bien composé ses humeurs selon les siennes, que c'est a une mesme chose. Nous vous souhaitons bien souvent icy, ou « nous trois auprès de vous. Vous êtes fort aimée en voslre bon a pays, et se plaft-on extrêmement à ouïr dire combien vous estes «heureuse en mariage.

« M. de Bamevelt a mariée ces jours passez, sa jeune fille au « s' Yandermyle, qui est un fort honneste jeune homme. Nous y «avons esté, trois jours durant, tous les soirs en festin. Gela «s*appèle cinq heures de table, et puis le bal, où vostre aisné « triompha de danser toutes sortes de danses, pour me monstrer « qu'il n'a rien oublié ; mais mon fils ne danse plus rien que des «allemandes. Vous n avez jamais rien vu tant sur la gravité : je « pense qu'il a appris cela en la Germanie.

« Vostre aisné se tient tousjours à ses amours accoustumées, et « ne change point. Sa dame a acheté icy une jolie maison où elle « est, à ce que l'on dit, fort proprement accommodée, fort bien en «point. Elle se tient là avec ses deux petits enfans, que l'on dit «estre fort beaux. Elle ne va en nulle compagnie; et, encores «que cela soit sçeu de tout le monde, qui veut faire plaisir à « vostre frère, faut ignorer et ne luy en parler point. Pour moy, «je ne luy en ay pas encores ouvert la bouche.

« J'ay fort essayé de faire la paix de vostre sœur * avec luy. — « « Je m'asseure fort ne luy vouloir aucun mal ; mais de la voir, « cela ne serviroit de rien, ce dit-il, et beaucoup moins son mari.» « — Ils se tiennent tousjours à Deift, et me viennent quelquefois « voir, et leurs deux petits enfans, qui sont bien jolis. Ils ODt « perdu leur dernière petite fille, que la nourrice étouffa au ber- «ceau. Vostre sœur est encore preste d'accoucher.

« La comtesse de Solms ne bouge de son logis, presque tous-

* Emilie; sœur germaine de Maurice de Nassau, mariée à dom Emmanuel de Portugal.

«jours malade, de façon que ma solitude nest guères iuter- « rompue par les dames qui sont icy. Je fais faire force ouvrages, (c et ne me vais guères promener, de façon que mon cabinet que a vous connaissez, et moy nous tenons bonne compagnie. Je ce crains que vos frères ne me la tiendront plus guères, car l'ennemi « a pris par surprise, depuis quatre jours, le chasteau de Wac- « tendon, en Gueidre. La ville lient contre, et jecroy qu'ils iront ((pour la secourir et reprendre ledit chasteau; de façon que me a voici au commencement de mes appréhensions.

a Je vous fais faire des portraits, mais je vous supplie aussi « que j'aye le vostre et celuy de M. de la Trémoïlle. Celui de « mon petit mignon tient le plus beau lieu de mon cabinet, et (c vous, ma mignonne, la plus belle place en mon âme.

(c Encore faut-il que je vous dise un mot du comte d'Egmont*. (( Il est plus fou qu'il ne fut jamais. Il s'est proposé un voyage «aux Indes, là où il dit qu'il sera reçu roy, a fait desjà toutes cdes lois de son royaume, donné toutes les charges et offices. Il a ne lui manque qu'une femme. Sans vanité, si j'y voulois en- « tendre, je croy bien que je serois la première refusante ce beau (( royaume imaginaire. Je luy ay proposé Mademoiselle de Guise : (( il m'a priée d'en faire sonder sa volonté, à quoy je me suys a obligée ; mais il aimeroit encore mieux la petite Anne de Rohan. (( Je luy ay promis d'en escrire aussy, car il veut avoir plusieurs « cordes en son arc. Il y a de la pitié en cet homme.

a En voilà assez pour une fois ; il faut tinir avec mon papier.»

Cette lettre fut bientôt suivie, le 15 mars 1603^, d'une autre lettre de la princesse, ainsi conçue :

<ïMa chère fille, je vous ai escript fort amplement, depuis

* L'un des fils de la (îélèbre victime des cruautés commises par les Espagnols, dans les Pays-Bas.

• Archives de A/, le duc de la Trémoïlle,

<rpeu de jours, par uo homme de risle-Bouchard, qui s*y ea a retournait. Il me promit vous porter iDcontinent mes lettres a à Thouars ; mais on me mande de Paris que vous estes auf près de Madame de Bouillou; et, estimant que vous y pource riez estre encores, lorsque ce laquais y arrivera, j*ay mis ceste a lettre au hazard, qui vous apprendra que, Dieu mercy, je suis € hors de Tappréhension en laquelle j*estois, lors de mon autre (c lettre, car vos frères ne vont point à Wactendon , ayant eu (( nouvelles hier, comme ils voulaient partir, que la ville a repris a le chasteau ; dont je suys extrêmement ayse , car ce petit a voyage-là me donnoit bien de Tappréhension.

a J'envoie, ma 611e, ce porteur exprès, pour me rapporter (( des nouvelles de Madame de Bouillon. Je la croy, à c^te a heure, accouchée, et ne double point que ce ne luy ayt esté « infiny contentement de vous avoir près d'elle, et à vous de luy <r pouvoir apporter quelque soulagement, en toutes ses peines, a que je croy n*estre pas petites.

et Hélas! Voilà qu'en écrivant cecy, j'apprends la mort de la <r pauvre Madame de Retz, qui me fait tomber la plume de la cr main ; car certes j'en ai un si extrême regret, que mon cœur (( en est plus qu'outré de douleur ; car je l'aimois plus qu'une a sœur, et je sçay que j*estois aymée et chérie d'elle, tout ce « qui se peut aymer et chérir au monde. Permetlez-moy que je c( finisse, pour donner lieu à ma douleur ; et me croyez toute « à Vostre service. »

M"** de la TrémoïUe avait, par sa présence à Turenne, affectueusement soutenu sa sœur, dans la poignante épreuve qu'elle subissait, comme femme, par l'absence de son mari, et, comme mère, par la perte d'un enfant dont la mort avait suivi de très près la naissance. Toute émue encore des témoignages de dévouement fraternel qui venaient de lui être prodigués, la duchesse de Bouillon , lorsque Madame de la Trémoïlle l'eut quittée,

épancha son cœur, dans ces lignes empreintes d'une tendre gratitude * :

€c Chère sœur, Dieu a voulu avoir soin de moi, en vous faia sant rencontrer les occasions de me donner de vos lettres, qui <r ont adouci Tennui que m*a apporté nostre fâcheuse séparation, a Ce n'est pas sans besoin que j'ay eu ce soulagemeot au chan- « gement de ma vie qu'il ma fallu faire depuis vostre partemeot. a Mon Dieu, que de différence! au lieu de ceste chère sœur qui me a consolait, et de mon petit nepveu qui me réjouissait, ç'ont esté a des gens m'importunaot de mille sortes d'affaires. Dieu n'a (T point permis que ma santé en soit empirée. Les douleurs qui a me restent dureront tant que mon esprit pâlira comme il fait. c( Je fis faire hier le presche en ma chambre. Tout ce peuple me a fut un renouvèlement de pleurs, jugeant l'intérêt qu'ils ont à <c la perte de ceste petite créature.

a Chère sœur, pardonnez-moy. Je vous parle de ce que vous a ne voulez point; il m'est mal aisé de m'en empescher, puis-

«que ce sont mes pensées les plus ordinaires Ce ne sera

« pas un petit contentement quand j'apprendrai vostre heureuse a arrivée à Thouars, et que vous et mon petit nepveu vous pora tez bien. Je sçay bien que vous aimeriez mieux avoir du mal, a que de luy en voir. Dieu vous en garantira tous deux, s'il luy (c plaist, et ne me donnera pas cest ennui, que de vous en voir a souffrir, à mon occasion. Monsieur vostre mari ne m'a pas c( oublié ; représentez- vous ma peine de ne pouvoir suflSsam- « ment, même imparfaitement, luy exprimer le ressentiment que a j'ay de tant d'obligation. Mon cœur, je vous appelle à mon a secours; suppléez à ce défaut; vous me l'avez promis. »

La princesse d'Orange> redoublant de sympathie pour sa fille Elisabeth, dans le surcroît d'afilictions que lui causait la perte

* Lettre du 24 mars 1603 {ArcJiives de M. le duc de la TrémoïUe).

desoD enfant, et plaignant le duc de Bouillon, douloureusement affecté lui-même par cette perte, mandait à sa fille Brabantine ^: (( Ma chère fille, j*eus hier le bonheur de recevoir une de vos a lettres, du 2 de ce mois, par laquelle j*appris plus particulier a rement que je ne le sçavois« les tristes nouvelles de TafOictioii (c nouvellement survenue à la pauvre Madame de Bouillon. Je « la sçavois, un jour auparavant, par des lettres de M"*** TÉlec- (( trice et de vostre sœur d'Orange. Mon Dieu, que je plains a ceste pauvre créature! car il semble que toutes sortes de maux « la poursuivent. Ça esté un grand bien que vous avez esté «auprès d'elle, en ceste affliction, car je m'assure que vous « avez esté cause qu'elle l'aura bien plus doucement supportée, « qu'elle, n'eust faict, étant seule. On me mande que M. de (( Bouillon l'a passé avec une constance admirable , bien que « l'on voye qu'il en a très vif ressentiment. Certes Dieu Té- « prouve en beaucoup de façons. Veuille sa divine bonté lui adonner les consolations nécessaires!... j'attends un laquais c( que j'ay envoyé, il y a plus d'un mois, pour avoir des nou- « velles de Madame de Bouillon. Je ferai, s'il est possible, que « vostre aisné l'enverra visiter, sur ceste nouvelle affliction. Il a a envoyé, depuis peu de jours, vers M. de Bouillon. »

La princesse adressait en même temps à sa fille Brabantine les informations suivantes :

ce Nous avons icy deux conseillers de M. l'électeur et de (cW^ l'électrice, envoyés pour aviser aux affaires qu'elle et (( toutes Mesdames ses sœurs, dont je croy que vous avez quelce que poi^voir sur une, ont avec la maison mortuaire de feu Mon- (( sieur vostre père. Demain ils doibvent faire leurs propositions a au conseil de vostre aisné. Aujourd'hui je les ay traités, ou

* Archives de Af. le duc de la TrémoiUe.

ce moD fils leur a fait paroistre qu'il n^avoit pas mal profité en oc Allemagne.

a Je croy qu'il sera, à ceste heure, l'ambassadeur ordinaire c( de Testât, car il est prest à partir pour une très belle légation, « donc Messieurs les Estais l'ont choisi pour chef. C'est pour « aller trouver le nouveau roy d'Angleterre^. Ceste charge luy « eust esté fort agréable en hyver ; mais, à ceste heure, il a bien (( fallu capituler pour l'y faire résouldre, parce qu'il craint que a son frère ne se mette en campagne, en son absence; mais on a luy a promis, qu'en ce cas, il laissera l'ambassade, quand elle a ne serait pas achevée, pour le venir trouver.

« M. le comte et M^ la comtesse de Hohenlohe sont à Delft; « ils me vinrent voir hier. Vostre sœur est si engraissée, qu'elle a est toute ronde. Elle a avec elle la petite fille de la femme de a vostre cousin le comte Louis, qui est une petite fille de six a ans, bien jolie. Vostre dit cousin fait bien de l'homme marié : a il est si sage à ceste heure, que c'est tout un autre homme ce que vous n'avez vu. Le petit comte Ernest est toujours luy ce mesme.

a Les conseillers de M. l'électeur m'ont dit que l'on parle d'un a mariage pour vostre sœur ^, d'un prince polonais, dont ils disent

• Commelyn (vie de Henri-Frédéric de Nassau, p. 4 et 5) dit à ce propos: «La reine Elisabeth estant morte, Jacques fut couronné roy «d'Angleterre. Aussitôt les Provinces-Unies se résolurent de dépescher «des ambassadeurs devers luy, pour le saluer et le congratuler de son « avènement à la couronne , et pour le supplier de vouloir conflrmer et «tenir Talliance, tant offensive que défensive, qui avait esté faite de «leurs provinces avec la défunte reine. Nostre petit prince fut choisi «pour chef de ceste glorieuse ambassade, et eut pour ses assesseurs les « sieurs Valraven de Brederode , Jean de Olden Barnewelt et Jacques «Valck». — Voir à Y Appendice n» 4, diverses lettres relatives à l'ambassade dont il s'agit.

* Emilie Antwerpienne.

os LOUISE DE COLIGNY.

a beaucoup de bien. Il est allé eo Frauce et doibt repasser par a icy. M"** rélectrice me le recommande fort. Quand je Taurai a vu, je vous manderai ce qu'il m*en semble.

€ Voilà tout ce que je vous puis dire, pour ceste heure, de a tous les vostres de deçà.

a Les affaires d'Ostende sont empirées depuis peu de jours, a par la surprise qu*a faite Tennemi de quelques forls qui < estoient dehors. Le porteur vous en dira plus de particularités; a et mon bon cher enfant m excusera si je ne lui escris point, f car certes j ay fait ceste lettre avec mille peines, par un mal ({de tête extrême que j'ay depuis quelques jours; à quoy tous a les remèdes que j'y apporte ne m*ont encores apporté guères a de soulagement. Hier on me tira plus d*une livre de sang ; et, (( si je ne m*en trouve pas mieux, et ay avec cela une douleur « au jarret qui me fait extrêmement appréhender de devenir boi- (c teuse, ce seroit bien pour ressembler du tout à Margent. Dites € à vosire bon et cher, qu*il se garde bien de penser que ce soit « le mois de mars qui m'apporte ces incommodités. Je m'as- « seure qu'il aura bien regretté aussy M°*^ de Retz. Je viens de a recevoir force lettres de Paris, par lesquelles on me mande a que, depuis ceste mort, tout y est si triste, qu'il semble qu'il a n'y ait plus de bonne compagnie. On me donne tout plein «d'autres petites nouvelles, de quoy je l'entretiendrois , si ma «mauvaise tête ne me contraignoit de finir, en baisant, en «imagination, et le père et la mère, et tous les enfans, mais « particulièrement le mignon des mignons.

« Il faut^ ma fille, que vous me donniez une de vos filles. »

Trois mois s'étaient écoulés depuis l'envoi de cette lettre, lorsque Louise de Coligny apprit que le duc de Bouillon s'était décidé à se rendre d'Heidelberg à Sedan , où sa femme devait le rejoindre. Celle-ci, en effet, à celte époque, s'achemina vers cette dernière ville, et passa par Saumur, d'où elle rendit

compte à sa sœur Brabantine, chez laquelle elle venait de séjourner, de raffectueux accueil que lui faisait Philippe de Mornai et des judicieux conseils qu'elle recevait de lui*.

Ce fut alors que la princesse, plus par amour pour sa fille Elisabeth qu'elle s'efforçait de soutenir, dans son infortune, que par intérêt pour le duc de Bouillon , écrivit à ce dernier, le 27 juillet, en des termes dont la bienveillance est d'autant plus remarquable^ que nulle illusion sur la gravité des torts de cet altier personnage n'était possible. Mais pour préserver la jeune duchesse de tout découragement, ne fallait-il pas ménager, à ses yeux, le mari auquel elle était si dévouée et à l'innocence duquel elle croyait? De là, ces lignes intentionnellement exemptes de tout reproche 2 :

0 Monsieur, j'ay eu un tel déplaisir de voir changer la résoalution qui avoit esté prise pour la dépesche de M. de Nassau «(Justin), comme vous l'aurez pu voir par la lettre que vous «écrivit, la semaine passée, Monsieur le prince Maurice, mon «beau-Qls, que cela m'empêcha d'accompagner lors sa lettre. «Je vous dirai cependant qu'il en a eu lui-même un extrême «déplaisir. Mais quoi! Vous sçavez qu'il faut céder a la volonté «de nos messieurs. J'espère néanmoins que le voîage dudi^t «sieur de Nassau ne sera point inutile pour vostre service. Les « grandes tempestes l'ont empêché de partir de Zélande, où il «est encore à cet instant.

«M. le prince Maurice, mon beau-fils, a reçu nouvelles que « l'ennemi assiège le chasteau d'Ostende où sont des mutinés, « c'est-à-dire une partie de ceux qu'ils y ont laissés, car la plus «grande partie tient la campagne et demande secours à mondit «beau-fils, qui se résout dy aller avec ses frères. Beaucoup

* Voir Appendice n® 5.

* Collection Dobrée à Nantes.

a craignent que lesdits mutins niaient double intelligence; mais (c mondit beau-fils n*est pas de cette opinion» et assure qu'il ira <rsi prudemment, qu'avec laide de Dieu, j'espère qu'il ne luy en a arrivera point de mal.

« Pour ce que nos députés ont fait en Angleterre, vous le sça- «vez desjà. J espère que le fait de leur voyage paraîtra davan- (ctage, d'ici à quelque temps, qu'il ne fait, à ceste heure. Mon (cfils m'a dit qu'il vous en escrit; qui me fait remettre à lui à «vous en dire davantage. Nous attendons de jour à autre, le c retour de M. de Buzanval, que l'on tient qui ne viendra point < les mains vides.

a Par ce que Ion m'escrit de Paris, je tiens que ma fille Matfdame de Bouillon est, à ceste heure, ou à Sedan, ou près de «vous, de quoy je me réjouis bien fort, car je sais quelle « consolation ce vous sera , h l'un et à l'autre , d'être en- « semble. Ce m'en serait une infinie. Monsieur, si je pouvais, «en quelque chose, estre utile à votre service; mais, ne pou- «vant mieux, j'ay recours aux vœux et aux prières, pour impè- «trer du ciel ce qui vous est expédient, et ne cesserai de vous «supplier de me croire tousjours

« Vostre humble et très afl'eclionnée mère à vous faire service.»

A ce témoignage de bienveillance pour le duc, la princesse ajouta, le 1^*^ septembre, celui-ci* :

« Monsieur, puisque je vous envoie des lettres de M. de Domcmarville, je ne vous demanderai point de nouvelles de nostre «camp, mats vous dirai que j'ay esté bien estonnée de voir uoe «lettre que ledit sieur de Dommarville m'a fait voir, par laquelle «je vois que l'on vous a conté une histoire autrement qu'elle «n'a passé. Car la vérité est que le sieur d'Aersens, devant «mon parlement, n'a jamais tenu autre langage au roy, lors-

* Collection Dobrée à Nantes.

tOUISE DE COLIGNY. 65

«que Sa Majesté luy a parlé de vos affaires, que celuy que «tous vos amis, et mesme M. rélecleur a fait tenir au roy par «ses ambassadeurs, qui est que, si les accusations dont on vous <c charge estoient bien vérifiées, qu'à la vérité ces messieurs (les ((Estais) seroient des premiers à vous condamner;, mais qu'il «seroit bien difficile de leur persuader que vous, en qui ils (( avoient reconnu tant de zèle, tant daffeciion, tant de fidélité ((BU service de Sa Majesté, puissiés esire coupable de tels « crimes. Croyez, Monsieur, que voilà la pure vérité.

«Je vous dirai que j'eus hier nouvelles de mon nepveu de «Chastillon, qui me mande que le roy, de son propre mouve- «ment, ayant entendu la mort de M. de Bélhune, luy a donné « le régiment et commandé à Aersens d'escrire à Messieurs les «Estats, qu'il désire qu'ils le luy accordent, avec qualité de «général des Français, comme le sieur Veer Test des Anglais. «Je croy que cela sera fort agréable icy, à ce que me vient de «dire M. de Barnevvelt. Mon neveu esloit party pour aller dire « adieu à sa mère et sera dans peu de temps icy.

«J'entends que ma fille. Madame de Bouillon, est à Sedan; «qui me fait douter que ceste lettre ne vous trouve plus à Hey- «delberg. Sur celte incertitude, je l'abrégerai, et finirai par Tas- «surance que je vous suplie bien de prendre, que je serai, toute « ma vie, Monsieur, vostre très humble à vous faire service. »

Désirant assurer, en Hollande, en faveur de son neveu, la prompte réalisation des intentions bienveillantes du roi, la princesse d'Orange s'adressa au comte Guillaume, qu'elle savait toujours prêt à lui accorder un concours dévoué.

«Je croy, lui disait-elle^, qu'il vous peut souvenir, qu'après «la mort de mon neveu de Chastillon, c'esloit la volonté de

* Lettre du 29 août 1603 {Archives de la maison d* Orange-Nassau, n« 2247).

Il *

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«M. le prÎQce, moa beau-Gls et de Messieurs les Estais que sa «charge tombast entre les mains de son frère; mais il ne plut c lors au roy^ pour de certaines considérations. A ceste heure, «Sa Majesté ayant entendu la mort de M. de Béthune, de son a propre mouvement a dit à mon neveu qu'elle voulait qu'il l'eût, «et a commandé au sieur Aersens qu'il le mandât à M. le «prince, mon beau-fils et à Messieurs les Estats, comme vous «le verrez par les lettres que ledit Aersens m'a escrit, par le «commandement duroy, que j'envoie à M. le prince mon beau- « fils. Icy Messieurs les Estats sont fort disposés à suyvre l'in- «tention du roy, pourvu que M. mon beau-fils l'ait agréable. Je «luy en escris et vous suplye aussy m'y estre favorable. Il avait «escript, ces jours-cy, et vous aussy, à Messieurs les Estats, en « faveur du sieur du Sart, et moy mesmes je sollicitais aussy « pour luy, mais je luy escrips par ceste mesme dépescbe, qu'il «nedoibt point trouver estrange si, à ceste heure, je pour- « chasse que la volonté du roy soit effectuée, et croy aussy qu'il «ne fera point de difiicullé de continuer sa charge soubs «mon nepveu, veu mesme que c'est la volonté du roy que «Messieurs les Estats luy accordent la mesme qualité que « M. Vere tient sur les Anglais. Je vous recommande tous- «jours, vostre cousin et moy, un million de foys à vostre bonne « grâce. »

Bonne et serviable, avant tout, pour ses parents et ses amis, la princesse d'Orange l'était encore, en une foule de circonstances, en dehors du cercle de ses relations de famille et d'amitié; aussi, les plus grands personnages, comme les plus petits, ne faisaient-ils jamais en vain appel à la générosité de son caractère et à la délicatesse de ses procédés. Nous en avons déjà donné certaines preuves frappantes : ajoutons-en quelquesunes, applicables aux années 1603 et 160/i, en montrant tour à tour, la reine de France, le connétable, le premier chirurgien

du roi, et uae femme vénérable recourant à son obligeante et efficace intervention.

Écoutons d'abord le langage de Marie de Médicis^: «Ma a cousine, je vous fais ce mot pour vous prier de vous vouloir dcemploier envers mon cousin le prince Maurice de Nassau et les a États généraux des Pays-Bas, pour la délivrance du sieur mar- < quis de Malespine, qui est prisonnier de guerre entre les mains «des mutinés qui sont maintenant à leur service, faisant en <r sorte que, par vostre bonne intercession, il puisse obtenir sa ce liberté. Ledit marquis de Malespine m*est recommandé de si tbon lieu, que je recevray à singulier plaisir la grâce et bon atraiclement qui luy sera faict, en ma considération, estant «chose que j'affectionne. »

Quant au connétable, il recevait de la princesse ces lignes^, en réponse à une recommandation qu'il lui avait faite : a Mon- «sieur, cest honnest homme, qu'il vous avoit pieu me recom- « mander, vous tesmoignera comme je me suis emploiée pour ))luy, et ceste lettre vous assurera comme je n'ay jamais rien a plus cher que l'honneur de vos commandemens, pour y rendre a toute l'obéissance que doibt la parente que vous avez au a monde^ qui vous honore et chérit le plus. C'est une volonté ((qui, de si longue main, a pris habitude en mon âme, qu'elle d ne s*en peut séparer que par la séparation d'elle et de son corps. a Je vous suplye, Monsieur, de la récompenser de la continua- «tion de vos bonnes grâces, comme il vous a pieu me le proflc mettre. »

En ce qui concernait le premier chirurgien du roi, Louise de Coligny, pour lui complaire, écrivait* au célèbre botaniste

• LeUre de 1604. Bibl. nat. mss. Vc Colbert, vol. 86, f> 165.

* Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3832, f> 89.

» Lettre du H aoûH603 (Mss. bibliothèque de l'Université de Leyde).

«Charles de TÉcIuse, professeur à Tuniversité de Leyde*: ((Monsieur de i*Ecluse, ayant promis au sieur Guillemeau, precr mier chirurgien du roy, qui est fort de mes amis, et à qui j'ay «beaucoup d^obligations, de luy faire recouvrer des bulbes de « diverses sortes qu'on a pardeçà, j'ai pensé ne me pouvoir adres- « ser à personne qui s*y entendist si bien que vous, et qui eust « meilleure cognoissance de ceux qui m'en peuvent vendre et « livrer des plus exquises qui se trouvent en ce lieu. Je vous «suplye donc d'en vouloir prendre la peine; et aGn que vous « entendiez mieux l'intention dudict sieur, je vous envoie une «de ses lettres, désirant en avoir, oultre ceux qu'il spéciBe, des «autres aussy, que vous jugerez en valoir la peine; et me man* «derez, s'il vous plaist, en me les faisant tenir, ce que j'en «devray payer, et aussy quand et comment je les devrai en- « voyer, et faudra les planter et édifier pardelà ; de quoy je vous « seray fort obligée et désireuse de vous faire plaisir, en tout ce «qui sera de ma puissance; demeurant tousjours. Monsieur de «l'Écluse, vostre bien afTectionnée et asseurée amye. »

Enfin, le billet suivant, adressé, au début de l'année 160i!i, on faveur d'une protégée, à la duchesse de la Trémoïlle*, portait: «Ma fille, j'ay esté priée par Madame de Liscx)uel, qui est une « fort honneste femme et de bon lieu, et qui honore extrême- «ment Monsieur de la Trémoïlle, de vous faire une requeste « pour elle, qui est, qu'elle vous suplye d'accorder à un petit- (( fils qu'elle a, la place de premier page de M. le prince de Tal- « mont. Je vous en suplye, ma fille, de tout mon cœur, et m'as- «seure que vous ne vous repentirez point d'avoir obligé une si

* Voir le détail de ses œuvres dans le recueil intitulé : Cataîogus Ubroruus tàm impressorum quàm manu-criptorem Bibliothecœ puhlicœ Universitatis Lugdano-Batavorum, in-f«. Lugd.-Balav. 1716, fo 132.

* Archives de Af. le duc de la Trémoïlle.

(ïhoQQeste femme. Faites-m'en response, s'il vous plaist, afin a qu'elle voye que je suis souvevenue de la prière qu'elle m'a «c faite. y>

Alors que Louise de Goligny consacrait ainsi ses soins bienveillants aux intérêts d'autrui^ elle fut douloureusement émue, en apprenant la mort de Catherine de Bourbon^, sœur du roi. Celte princesse, recommandable, à tant de titres, était pour elle une amie à laquelle elle demeurait profondément attachée depuis sa plus tendre jeunesse. La perdre, c'était se trouver à jamais privée de l'intime confidente de ses sentiments et de ses pensées, de la femme d'élite qu'elle avait constamment entourée d'affection, de respect et d'une sympathique admiration, à la vue de son inébranlable fidélité aux pieux enseignements et à la glorieuse mémoire d'une mère telle que Jeanne d'Albret. Plus, pendant la vie de Catherine de Bourbon, Louise de Coligny avait honoré le caractère et les éminentes qualités de cette princesse, plus elle s'était identifiée, parle cœur, avec son existence si

' A la mort de Catherine de Bourbon, se produisit, dans les régions officielles, un fait scandaleux, que de Thou rapporte {Hist. univ.y t. 9, p. 708, 709) en ces termes : « Le roi de France, affligé de la mort de sa «sœur, reçut les complimens ordinaires, en pareil cas. Tous les ambas- « sadeurs s'empressèrent de lui rendre ce devoir. Le scrupule de reli- «gion fît longtemps balancer le nonce. Il craignait d*ètre blâmé à Rome, «s'il faisoit cet honneur à la mémoire d'une princesse qu'il regardait ^comme hérétique, et de choquer la bienséance, s'il s'en dispensait. «Dans cet embarras, il s'imagina avoir trouvé un merveilleux expédient «pour se ménager, du côté du pape, et pour sauver les apparences, du «côté du roi. S étant présenté devant Sa Majesté, il lui dit qu'il prenait «part à l'affliction publique, pour une raison particulière : que le roi «pleurait, avec la cour, la perle d'une sœur, mais que, pour lui, il pleu- «râit pour l'âme de la princesse dont le salut était incertain. Le roi, «choqué de ce compliment indécent et injurieux, qui n'était propre qu'à «augmenter sa douleur, répartit brusquement: qu'il ne lui avait fallu « que la grâce, en ce dernier moment, pour la sauver. i>

souvent traversée par d'austères épreuves, dignement supportées, plus aussi elle souffrit de n avoir pu se trouver auprès d'elle , à ses derniers moments , pour Tassisler de ses tendres soins. Le roi le sut, et, œnnaissant, de longue date, le dévouement de la princesse d'Orange à sa personne, comme à celle de sa sœur, il se montra sensible à retendue de regrets qui se confondaient avec les siens, d

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