‹ Louise de Coligny princesse d'Orange (volume 3)Chapitre 10 sur 55 · V5 LOUISE DE COLIGNY · texte numérisé non relu

V5 LOUISE DE COLIGNY

«été bien traité aussi, car ils lui ont assuré et accru ses états «jusqu’à trente mille livres, chacun an. Ils ont aussi doublé «les états de M. le comte Guillaume, qui en tirera près de cin- «quante mille livres, chacun an, et témoignée par toutes ces «gratifications et reconnaissances, qu'ils veulent donner conten- «tement à leur maison pour la conserver et maintenir en bonne «affection envers eux ; ce qui me fait juger qu'ils n'ont pas «envie de retourner d’où ils sont sortis.»

Si la princesse d'Orange se montrait satisfaite des avantages accordés par les États généraux à son fils, à son beau-fils et à son neveu le comte Guillaume, elle n’en regrettait pas moins qu’aucune décision n’eût été prise sur une réclamation présentée dans l’intérêt de ses belles-filles : aussi, le 22 mars, fit-elle, à quelques heures d'intervalle seulement, suivre la dépêche de Jeannin, de ces lignes qu'elle expédiait, de Berg-op-Zoom, à la duchesse de la Trémoiïlle ! :

«Madame ma fille, ce mesme gentilhomme qui vous donna si «peu de loisir de m'escrire, s’en va en une saison où j’ay la «cervelle si embarrassée, qu’il ne vous portera que peu de lignes «de moy. Vous apprendrez par lui les termes où il laisse les «affaires, qui sont bien fort proches de la conclusion de la trève. «Nous avions donné un mémoire pour les affaires de ceste «maison, où les rentes de vous et de vos sœurs estoient com- «prises ; mais il n’a esté parlé ni des unes ni des autres; et dit-on «qu’il ne nous faut rien attendre de ce costé-là. Avisez s’il ne «seroit pas à propos que vous fissiez que le roy en escrivit à ses «ambassadeurs pour vous en faire jouir, car d'icy il ne vous faut «rien attendre.»

On ignore à quel parti la duchesse de la Trémoiïlle s’arrêta, sur ce point.

! Archives de M. le duc de la Trémoille.

LOUISE DE COLIGNY. .. 153 Villeroi, par dépêche du 28 mars! avisa Jeannin de ce qui . suit: «Le roi a été très aise de ce que vous avez obtenu pour «M. le prince Maurice et les comtes Henri et Guillaume, et du « bon office que le sieur Barneveld y a contribué, comme de la «bonne intelligence en laquelle vous l'avez remis avec le prince «Maurice, de laquelle il juge que doit dépendre, dorénavant plus «que jamais, la prospérité de leur république ; c’est pourquoy «sadite Majesté desire que vous continuiez à faire votre possible «pour l’étreindre et affermir de plus en plus. Sa Majesté à «témoigné au fils de M. de Barneveld qu’elle a toute confiance «en lui, et le vouioir chérir et gratifier comme ses mérites le «requièrent, ainsi qu'elle lui a écrit par lui, et à vous aussi.» Le traité d’une trève à longues années fut enfin signé à Anvers,

le 9 avril 1609?.

Ses articles 13, 14 et 30 étaient ainsi conçus:

Art. 13. — «Ceux sur lesquels les biens ont été saisis et «confisqués, à l'occasion de la guerre, ou leurs héritiers et «ayant-cause, jouiront d’iceux biens, durant la trève et en «prendront la possession, de leur autorité privée et en vertu du «présent traité, sans qu'il soit besoin d’avoir recours à justice, «nonobstant toutes incorporations au fisc, engagemens, dons, «traités, accords et transactions pour exclure de partie desdits «biens ceux à qui ils doivent appartenir, à la charge néanmoins «qu'ils n’en pourront disposer, ni charger où diminuer pendant «le temps de ladite jouissance, sinon qu’ils en aient obtenu la «permission des archiducs et Estats.»

Art. 14. — «Ce qui aura aussi lieu au profit des héritiers «du feu sieur prince d'Orange, même pour les droits qu'ils ont

! Négociations du président Jeannin, p. 640.

? Voir le texte complet de ce traité dans les négociations de Jeannin, p. 655 et suiv.

«ès Salines du comté de Bourgogne, qui leur seront remises et «délaissées avec les bois qui en dépendent. Et quant au procès «de Chastellelai intenté du vivant dudit sieur prince d'Orange, «en la cour de Malines, contre le procureur-général du roi «catholique, les archiducs promettent, de bonne foi, de leur y «faire rendre justice, dans un an, sans autre longueur ni remise, «et en toute droiture et sincérité.»

Art. 30. — «Les seigneurs de la maison de Nassau ne pourcront être poursuivis ni inquiétés, durant ladite trève, en leurs «personnes et biens, soit pour dettes contractées par le feu sieur «prince d'Orange depuis l’an 1567 jusqu'à son trépas, soit pour «les arrérages échus pendant le saisissement et annotation des «biens qui en étaient chargés.»

Le jour même de la signature du traité de la trève, les députés des États généraux des Provinces-Unies reconnurent par écrit avoir reçu des archiducs une promesse de trois cent mille florins payable aux héritiers du feu prince d'Orange!.

En ce qui concernait la princesse douairière d'Orange, Louise de Coligny, et les six filles issues du troisième mariage de Guillaume, Jeannin et ses collègues n'étaient pas restés inactifs : 1ls avaient obtenu en leur faveur certaines allocations, qu'une résolution des États généraux des Provinces-Unies, du 19 avril 1609 mentionnait en ces termes ? :

«Sur la proposition de Messieurs les ambassadeurs des rois «très chrétien, et de la grande Bretagne, en ce qui touche la «reconnaissance des grands services, ainsi que de la perte de «biens et de sang du feu prince d'Orange, les Etats ont accordé «une rente annuelle de six mille florins aux filles de feu Son «Excellence et de la dame Charlotte de Bourbon, et une pension

Négociations du président Jeannin, p. 660.

* Archives générales du royaume de Hollande.

«annuelle de vingt mille florins à la princesse douairière d'Orange, «au lieu de celle de quinze mille florins dont elle a joui jusqu’à ‘« présent.»

Henri IV se déclara satisfait de la conclusion d’un traité, dont l'honneur revenait, avant tout, à Jeannin. «J'ai vü, écrivit-il, «le 25 avril, à cet habile négociateur, et à de Russy, les «articles de la trève que vous m'avez envoyés par le sieur de «Préaux. Je n'en suis moins content que ceux qui y ont le prin- «cipal intérêt. J'espère aussi avoir belle part au bien quien «résultera, et suis bien satisfait du bon devoir que vous y avez «contribué, ayant très-bien suivi etexécuté mes commandemens, «tant pour le général, que pour le particulier de la maison de «Nassau ; reconnaissant qu’ils ont tous occasion de s’en louer et «de savoir gré à ceux qui leur ont moyenné le repos et les avan- «tages que les uns et les autres en retirent.»

Viennent ensuite ces réflexions empreintes de tant de sagesse :

«Le point principal sera qu’ils en usent comme ils doivent, «c’est-à-dire, qu'ils entretiennent leur union avec plus de som «que jamais; qu’ils soient jaloux de la conservation et afferrnis- «sement de l'autorité et liberté qu’ils ont acquises ; qu'ils pour- «voyent à la sureté de leurs villes et places, et maintiennent «leurs forces de terre et de mer en bonne réputation, afin que «leur pays soit mieux gardé, qu’ils soient toujours craints, chéris «et respectés de leurs voisins. Pareïllement ils doivent être dili- «gens de bien entretenir leurs alliés et vrais amis, comme de «faire provision, par prévoyance et prudence, de tous moyens «nécessaires, pour, en tout cas, éviter les accidens d'une sur- «prise ou rupture inopinée ou nécessaire, Sans par trop se confier «et endormir en la fruition et jouissance des bénéfices et dou- «ceurs de ladite trève, car c’est ce qui la rendra plus assurée.»

1 Négociations du président Jeannin, p. 664.

De graves et nombreuses questions à résoudre, comme se rattachant à l'exécution du traité de la trève, retinrent, un certain temps encore, Jeannin dans les Provinces-Unies.

Avant de quitter ces provinces, Jeannin procéda, d’accord avec de Russy et les ambassadeurs d'Angleterre, sur la demande des fils du feu prince d'Orange, au réglement des parts afférentes à chacun de ceux-ci dans la succession paternelle.

Ce réglement eut lieu, à la Haye, le 27 juin 16097 et mit heureusement un terme aux discussions, souvent amères, qui avaient, existé entre le prince Maurice et son frère aîné.

Ce même acte assura les droits de Henri Frédéric de Nassau, qui, sur la recommandation expresse de sa mère, s'était sagement tenu en dehors de ces regrettables discussions.

À peine Jeannin, en se retrouvant, en France, auprès du roi, lui eût-il fait connaître, en détail, les nombreux services rendus à sa couronne et aux Provinces-Unies par Louise de Coligny, en qui il avait rencontré, pour l’accomplissement de sa mission, un concours efficace, que Henri IV exprima sa sincère gratitude à la princesse en lui écrivant? :

«Ma cousine, j'ai sçeu du sieur Jeannin avec quelle affection «vous l’avez secouru et assisté en l’exècution des commandemens «que Je luy ay faicts, estant pardelà; de quoy je n’ay voulu «diffèrer davantage vous faire sçavoir que je vous en sçay bon «gré, et véritablement que je n’attendais de vous rien moins que «ce dernier témoignage de votre bonne volonté, veu ceux que «vous m'en avez rendu, en toutes occasions. Aussi debvez-vous «estre assurée que vous estes aymée de moi, à ceste proportion.»

1 Voir son texte dans le recueil intitulé : Négociations du président Jeannin.

? Bibl, nat. mss. f. fr. vol. 4837, f° 44.

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