‹ Louise de Coligny princesse d'Orange (volume 3)Chapitre 2 sur 55 · PNR RER RE EE · texte numérisé non relu

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«de vous gratifier, mais pour la forme, parce que l’on prenoit «ombrage sur moindre chose que cela ; de façon que l'exécution «s’en remet jusqu'à ce que vous ayés parlé ensemble, etc., etc.»

Cependant la princesse aspirait, avec un redoublement d’ardeur, à recevoir des nouvelles qui la rassurassent sur le sort de son fils, de son beau-fils et de son neveu. Or, quelle tournure prenaient alors, au loin, les événements ?

Maurice de Nassau, ayant de jour en Jour, apprécié davantage le mérite du jeune colonel de l'infanterie française, lui avait accordé, sur sa demande, et de concert avec les États généraux, une insigne faveur, celle d'introduire un renfort dans Ostende assiégée et de participer à la défense de cette place. Chastillon, qu'une telle mission honorait à un haut degré, n'avait pas tardé à s'en acquitter avec un plein succès, qui en faisait présager d'autres encore; Car que ne pouvait-on pas attendre de ses remarquables aptitudes militaires ?

Le 2/4 août, il était entré dans Ostende, avec six compagnies de soldats français !.

Laissons ici parler, au sujet de la présence de Chastillon à Ostende, et de l’ascendant qu’il y exerça, un officier qui appartenait à l’armée assiégeante. Son impartial témoignage est d'autant plus précieux à recueillir, qu’il contient un éclatant hommage rendu au caractère et au mérite du jeune colonel franças. Or voici comment s'exprime Christophe de Bonvars, «membre du conseil de guerre, et capitaine entretenu de Sa «Majesté catholique», dans son histoire du siège d’Ostende ? :

«L'un des fameux secours qui entrèrent là-dedans fut celui «qu'amena, du siège de Rhinsberg, le sieur de Chastillon, chef

* Journal van Anthonis Duyck. Deerde Deel, p. 138.

* Le mémorable siège d'Ostende, décrit et divisé en douze livres, par Christophe de Bonours, du conseil de guerre et capitaine entretenu de Sa Majesté. 1 vol. in-4°, Bruxelles 1626, p. 186 et suiv.).

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: «et colonel-général des Français, en l’armée des Estats ; ce qui «fut environ le commencement de septembre.... Ce jeune sei- «gneur, de l’illustre maison de Coligny, proche alliée à celle de «Nassau, laquelle, comme on sçait, est adorée par l'Holandais, «en la personne du comte Maurice, portait grande authorité, «quant et soy. En outre de tout cela, il estoit en belle réputation, «à cause de maintes louables parties qu’il possédoit, surtout en «la profession des armes, où sa suflisance, composée d’un meur «jugement, en un âge verd, et d’un ardent courage, en un corps «bien complexivant, le rendoit parallèle aux plus vieux et expé- «rimentés capitaines du temps. — Sa bienvenue fut là-dedans «doublement applaudie, tant parcequ'il estoit aimé des soldats, «que pour autant qu'on croyait, en l’honorant, faire chose «agréable aux Estats, auprès desquels le nom de sa famille «estoit en révérence, à cause de la conformité de religion, et des «grands services reçus. Luy, plein d’un sang bouillant, et d’un «esprit relevé en ambition d'honneur et de renommée pardessus «le commun, après avoir esté, quelques jours, entre les murs «assiégez, considéré les choses faites et à faire, se souvint d’avoir «donné parole au comte Maurice et aux Estats, à son partement «dernier d'auprès d'eux, qu'il mourroit sur le dessein, ou leur «témoignerait par quelque action digne du sentiment de leur «bienveillance, combien il en portoit l'obligation près du cœur. «On voyoit qu'il sentoit un contentement particulier de se voir «là, disant à chaque propos, qu’il avoit tousjours ardemment «souhaité de se pouvoir trouver à la défense d’une place assiégée «par un camp royal, tel qu'estoit cestuy-cy. L'occasion de retirer «le gage de sa promesse luy semble favorable, et son souhait à «terme d’estre couronné, d’effet, se voyant là-dedans chéri, res- «pecté et honoré au possible. Son jeune courage, tressaillant de «généreuse gratitude et d'insatiable desir de gloire, résout tost « d’éclore ce qu'il avoit longuement couvé.»

Quoi de plus frappant que cet éloge de Chastillon, tracé par un oflicier ennemi ! Le langage de cet écrivain militaire est bien celui que pouvait tenir un homme qui connaissait à fond le jeune héros duquel il parlait, et qui se faisait un devoir d’honorer hautement ce qu'il y avait en lui de grand, de chevaleresque, de généreux. S’exprimer en de tels termes sur un adversaire, c'était l’honorer soi-même et se concilier l’estime générale. Cette estime, doit aujourd’hui encore, à plus de deux siècles de distance, être accordée sans réserve à Christophe de Bouvars.

Sa relation du siège d’Ostende dépeint l'activité déployée par le petit-fils de Coligny, dès son arrivée dans cette ville, à la défense de laquelle il désirait ardemment concourir ; puis elle reste dans le détail des considérations qui le déterminèrent à opérer une sortie générale. |

Tout fut rapidement organisé pour cette sortie, et Chastillon se félicitait d'en voir les préparatifs toucher presqu'à leur fin, lorsqu'ils furent subitement arrêtés par un douloureux événement, qui frappa de stupeur la population d’Ostende et principalement ses défenseurs. Chastillon se tenait sur le Zanthil et s'entretenait avec plusieurs ofliciers, «estant assis sur un affüt de canon, «lorsqu'un boulet, lancé du Montalin !, lui enlevant toute la partie «supérieure de la teste, espandit à terre avec la cervelle de «l'entrepreneur, la pensée et l'espoir de rien désormais éntre- «prendre de pareil.» |

Ainsi succomba, à l’âge de dix-huit ans, au poste du devoir et de l'honneur militaire, le digne descendant de deux héros français, ce noble Henri de Coligny dont la carrière ?, inaugurée avec un incomparable éclat, mais presqu’aussitôt brisée, apparaît

! Relation de C. de Bonours.

2 , n . . + . ’ L Nous l’avons retracée, dans la publication intitulée : Henri de Coligny, seigneur de Chastillon, 4 vol. in-8o. Paris 1887. :

. comme un brillant météore, traversant l'histoire et y laissant après lui une trace lumineuse, à laquelle s’attachent avec attendrissement nos regards.

Sujet de deuil pour la famille, avant tout, la mort du jeune colonel français le fut aussi, dans les Provinces-Unies, pour ses compagnons d'armes, principalement pour Henri Frédéric, pour Maurice de Nassau, pour les États généraux, pour l'ambassadeur Buzanval ; en France, pour ses amis, pour ceux de sa famille, pour toutes les personnes qui le connaissaient, pour le roi luimême.

La douleur de Henri Frédéric fut profonde. En en adressant l'expression à la mère de son cousin, il lui fif parvenir un objet, peu important en apparence, mais qu'il avait recueilli avec un

pieux empressement, parce qu'il supposait que Chastillon y attachait un prix réel, puisqu'on l'avait trouvé sur lui, à sa mort.

«Monsieur le comte Henri, rapporte, sur ce point Buzanval, «retira quelques faveurs que Chastillon portait au bras, et les «paya cher à un soldat qui les avoit, qui les envoya à M. d’Au- «male, pour les rendre à ses pa rens.»

On ne saurait douter que ce ne soit aussi par les soins de Henri Frédéric, plus encore que par ceux de toute autre personne, qu'ait été assuré le transport, en France, de la dépouille mortelle de Chastillon.

Les amis de ce jeune seigneur, en France, étaient nombreux : tous , dans l’élan du cœur, confondirent leurs larmes avec les larmes de ses parents. À la seule pensée de celles que répandit sa mère, de quelle émotion n’est-on pas saisi! La douleur d’une mère se sent, mais ne peut jamais se décrire; aussi, faut-il

! Lettre du 16 octobre 1601, adressée à la Boderie (Bibl, nat. mss. f. fr. vol. 15,953, fo 212).

s'arrêter devant celle de l’infortunée Marguerite d’Aïlly, en demeurant dans le silence d’une respectueuse sympathie.

A son immense deuil s’associèrent, avec toutes les délicatesses de cœurs profondément aimants et dévoués, les mères de jeunes seigneurs, qui, telles surtout que la princesse d'Orange, et que Mesdames de Mornay et de Rohan, avaient connu et chéri son fils.

La princesse perdait en son neveu, un enfant d'adoption, dont elle avait, dans ses pensées et dans ses vœux, associé le brillant avenir à celui de Henri Frédéric. Elle souffrait doublement d’une mort, qui non seulement privait son fils, ainsi qu'elle-même, de l'être d'élite sur lequel reposaient leurs communes espérances, mais qui, de plus, livrait son cœur à de sinistres appréhensions ; : car Henri Frédéric, pensait-elle, pouvait lui aussi, d’un moment à l’autre, trouver la mort, dans quelque sanglante rencontre avec les ennemis de sa patrie. Dès lors, quelles supplications adressées à Dieu, pour qu'il daignàt préserver l'existence de ce fils bienaimé !

De même que Madame de Chastüllon, Louise de Coligny fut vivement touchée de voir le roi partager l’émotion générale que causa la fin prématurée de son jeune filleul ! et faire plus que mentionner la part d'honneur et de gloire qu'il avait si légitimement acquise. En effet, il la caractérisa fortement, en proclamant, dans trois actes officiels, en date du même jour, 8 octobre 1601 ?, les «grands et recommandables services qu'il avait reçus,

‘ Henri IV adressa, le 19 septembre 1601, au connétable les lignes suivantes : (Toute la guerre qui se fait, à Ostende, d’une part et d’autre, «n'est guères qu’à coups de canon, dont ils font bon marché. Vous avez «desjà reçu, comme je crois, comme le malheur a voulu qu'un à porté «sur le feu sieur de Chastillon, dont j’ay eu beaucoup de regret, car il Cestoit de fort bonne espérance ; il avoit desjà, en ce peu de guerre qu’il «avoit fait, acquis fort bonne réputation. »

* Du Bouchet, Preuves de l'histoire de l’illustre maison de Coligny, p. 700, 702, 703.

LOUISE DE COLIGNY. 37 «tant de feu Henri de Coligny, que du feu sieur de Ghastillon, «son père.» [l signala, en même temps, comme devant être suivi par le jeune frère qu'il donnait pour successeur à Henri de Coligny, dans l'exercice de ses charges, l'exemple «des vertus «et louables qualités de celui-ci. »

I y avait, avant tout, aux yeux de la princesse d'Orange, qui connaissait l'élévation des sentiments de son neveu, un autre exemple à suivre: c'était celui de la foi dont était animé le jeune chrétien que Dieu venait de rappeler à lui; foi simple et touchante, qui était le trait caractéristique de la vie morale de Chastillon. |

En sa personne, on ne perdit pas uniquement un héroïque capitaine, mais On perdit, en outre, un défenseur zélé d'intérêts d’un ordre supérieur, en d’autres termes, de ces intérêts sacrés de la cause évangélique au maintien desquels avaient fidèlement concouru son aïeul et son père.

Ce fut là ce que, d'accord avec la pieuse princesse d'Orange, on sentit, dans les Provinces-Unies, comme en France, et ce que constata en son temps, avec la pleine autorité d’un juge éclairé, le véridique Hollandais, À. Duyck, en disant!: «On déplora la mort «prématurée de Chastillon, surtout parcequ'il avait le caractère «droit et ouvert, qu'il était très affectionné à la religion, et que «les réformés français comptaient sur lui comme sur un de leurs «plus fermes appuis dans l'avenir.»

* Journal Van Anthonys Duyck. Deerde Deel, p. 153.

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