‹ Louise de Coligny princesse d'Orange (volume 3)Chapitre 34 sur 55 · A) SE LOUISE DE COLIGNY · texte numérisé non relu

A) SE LOUISE DE COLIGNY

«Majesté et de son royaume, s’estant tousjours porté si franche- «ment en cela, que je souhaiterois très volontiers qu'elle n’eust «point de sujets qui n’eüssent l'affection pareille à la sienne, «d'autant plus estimable, comme vous sçavez, qu’elle est volon- «taire. C’est pourquoi j'ose vous dire que Sa Majesté ne peut «user d'aucune sorte de grâce, en son endroict, qui ne soit très «dignement employée; beaucoup de confusions qui ont traversé «son contentement lui ayant autant déplû qu'à personne du «monde, et qui ne seraient pas advenus, s’il en eüst esté crû. «Mais le temps viendra que ses bonnes intentions auront lieu, «et que celles qui ne ressemblent pas aux siennes se redresse- «ront au mieux. »

Le langage que l’ambassadeur tenait au roi, vers la même époque, était encore plus explicite :

«Sire, écrivait-il!, j'ai tousjours recogneu une si franche et «constante affection à la prospérité de Vostre Majesté et au bien «de son royaume, en monsieur le prince Henry de Nassau, «qu'il n'y pourrait rien estre souhaité pardelà; ce quil a «tesmoigné non seulement non de bonnes paroles, mais encore «avec de meilleurs effects, à toutes les occasions qui s'en sont «offertes, durant les divers mouvemens qui, depuis ce temps-là «ont agité vostre estat; à l’assoupissement desquels, pour la «grandeur et dignité de Vostre Majesté j'ai recogneu qu'il füst «très volontiers allé exposer sa vie; de quoy il a tousjours fact «ouverte et continuelle profession; ce qu'aussi M. de Boissise à «bien recogneu durant le séjour qu'il a fait pardeçà. Et combien, «Sire, que les autres grandes qualités de ce prince, assaisonnées «de celle-là qui est bien cogneu de Vostre Majesté, le recom- «mandent assez d’elles-mesmes, sans un si foible tesmoignage «que le mien, si croirais-je défaillir par trop à mon devoir de

* 1 Bibl. nat. mess. f. fr. vol. 15,958, fo 65.

«ne le lui rendre, sur l’occasion de ce voyage, auquel je sçay «qu'il s'est principalement embarqué, pour l'extrême desir qu'il «a de renouveler à Vostre Majesté les assurances de son service, «qu'il lui a données autrefois, et de ne faire, en ce quile mène, «aucune chose, sinon conforme au contentement de Vostre «Majesté, comme j'espère qu'elle l’éprouvera. Après cela, il ne «me reste, Sire, qu’à prier Dieu qu’il lui donne beaucoup de «tels serviteurs. »

L'hommage ainsi rendu par l'ambassadeur aux sentiments de Henri Frédéric remontait naturellement jusqu’à la noble mère qui les lui avait inspirés.

Dumaurier, étant allé saluer le prince, au moment de son. départ, s'empressa d'adresser à de Puisieux la communication suivante 1: «Monsieur le prince Henry m'a asseuré, lui disant «adieu, qu’enfin mes raisons envers monsieur son frère ont fait «qu'il ira droit trouver Sa Majesté, avant qu'aller à Orange; «dont il m’a tesmoigné estre fort aise. »

La princesse ne fut pas moins satisfaite que son fils de cette détermination; tant elle désirait que l’empressement qu'il mettrait à se rendre auprès de Louis XIII témoignât de sa déférence pour le monarque et de sa volonté d’obtempérer aux directions qu'il recevrait de lui.

Arrivé en France, Henri Frédéric, s’écar tant de l'itinéraire qu’il avait à suivre pour gagner Orange, s’achemina vers Tours, où était alors le roi.

Avant d'atteindre cette ville, il fit une chute de cheval et se blessa. Force lui fut de garder des ménagements.

Informée de l'accident, la duchesse de la Trémoïlle en avertit aussitôt son fils, à la sollicitude duquel elle fit appel, en ces termes? : «Mon fils, j'ai erû vous debvoir donner advis de

1 Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,958. f° GG.

2? Archives de M. le duc de la Trémoille,

«l'arrivée de monsieur le prince Henry, mon frère, qui s’en va «trouver le roy. Il s'en va en Orange et envoie tout par le droit «chemin. Il estoit venu en poste, mais il S’est blessé en une «cuisse, tombant de cheval, et cela luy fait prendre un carrosse, «mais il aura besoin du vostre pour ses visites. Je vous prie «donc, mon fils, de luy rendre toutes sortes de soins; et n'ayant «pas son train, vous luy offrirez vostre table. Je croy que l'obli- «gerés de venir audevant de luy en vositre carrosse, pour ce «que le sien ne sera si honneste; mesmes peult-estre se mettra- «t-il sur l’eau. Je vous en ay donné advis, affin que fassiez qu'il «soit bien reçu, et mesmes en parliez à M. du Mayne, affin «qu'il reçoive contentement. Il va establir vostre cousin de «Portugal pour gouverneur d'Orange. Je vous prie aussy qu'il «soit bien de vous, et vous me ferez un très grand plaisir. »

Les recommandations maternelles furent ponctuellement suivies par le jeune duc de la Trémoiïlle.

Grâce aux bons soins dont il fut entouré, grâce aussi à une énergie qui lui faisait dominer la souffrance, Henri Frédéric fut en état de se rendre à Tours. GI] vint, dit un contemporain !,

«le 8 juillet, passer en ceste ville et y arriva près du roy, où il

«assura Sa Majesté et, depuis, ceux de son conseil, que l’inten- «tion de son frère n’était point qu'il füst rien changé ni innové «dans la principauté. »

Cette assurance fut bientôt confirmée par une lettre ? dans laquelle Maurice disait au roi : «Sire, le voyage de mon frère, «Henri de Nassau, ne tend qu’à donner le repos à mes subjects, «et l'assurance à Vostre Majesté, que je n'ai autre vue ni «intention, après avoir donné réglement aux désordres qui y «sont survenus, que de faire maintenir religieusement les édicts

! Journal de Philippeaux, seigneur de Pontchartrin (Bibl, nat. mss. fonds Clérambault, n° 376).

? Bibl, nat, mss. f. fr. vol, 15,958, f 67.

LOUISE DE COLICGN Y. 325

«establis par feu le prince d'Orange, mon frère, et très assurée «et très estroite correspondance avec les gouverneurs des places «à qui ceste dite principauté avoisine; suppliant Vostre Majesté «que, comme je fais ceste déclaration, d’une affection sincère «et très entière dévotion que j'ai au service d’icelle, qu’il vous «plaise me continuer aussi le bonheur de vostre bienveillance. »

L'accueil que Henri Frédéric reçut du roi et de la cour fut des plus favorables, et il s’y montra très sensible. Bien vu, pour lui-même, il le fut surtout, à raison de sa qualité de fils d’une princesse qui demeurait profondément française.

De Tours il se rendit directement à Orange. «Là, rapporte son «biographe Commelyn!, il fut reçu avec joie et allégresse de «tout le peuple. Il y fit quelque séjour, pendant lequel il régla «et établit toutes choses conformément aux intentions de son «frère. » |

En quittant Orange, Henri Frédéric, qui désirait connaître Avignon, se rendit dans cette ville. Le vice-légat du pape, qui y résidait, s’empressa de lui en faire les honneurs, et fut en cela activement secondé par la société avignonaise, dont les habitudes mondaines différaient singulièrement du maintien réservé de la société hollandaise. Lapise ? nous donne une idée de la réception dont le prince, fut le héros par ces lignes que nous empruntons à son emphatique récit :

QI fallut aller voir Avignon, l’une des plus diverüssantes «villes de l’Europe, et, chemin faisant, rendre leurs visites aux «ministres du pape. Aux approches du prince, le vice-légat, l'ar- «chevêque, le général, avec nombre de carrosses, accompagnés «de toute la noblesse et de la chevalerie italienne,fle furent ren- «contrer. L’artillerie le salua. Il fut logé dans le grand palais

t Vie de Henri Frédéric, p. 6.

? Histoire de la principauté d'Orange, p. 774.

«du pape, au quartier des rois, toujours magnifiquement traité

«et défrayé, aux dépens de sa sainteté; diverses comédies «jouées à son honneur; et, tous les jours, bal, et l’affluence

«des plus belles et plus parfaites dames, à l'issue du diner, qui «toutes ravies de la courtoisie et des grâces d’un si grand «prince, déployèrent tous leurs charmes, pour obliger cet : CAlexandre à leur donner la pomme, sur le point de se débattre «à qui l’aurait..... Ce bel astre ne disparut que trop tôt!» II n’en est pas moins vrai que la prudence commandait au bel astre de s’éclipser, au plus vite, et de se dégager d’un milieu féminin que sa seule présence agitait à un tel point.

Il s’éclipsa, en effet, en fils qui avait hâte de se retrouver au foyer maternel.

Tandis qu’il traversait la France, dans l'intention de revoir le roi, la princesse d'Orange, préoccupée de l’absence de son fils, écrivait, le 29 juillet, à la duchesse de la Trémoiïlle® :

«Vous pouvez penser si ce laquais irait les mains vuides pour «vous, l’envoyant trouver vostre frère, lequel j'espère qu'il «trouvera sur son retour d'Orange, et, à mon avis, qu'il le «pourra trouver, ou à Chastllon, ou à Chasteau-Renard, où il «doit passer, à son retour.

«Je desirerois bien que le roi füst à Fontainebleau ou à Paris,

«afin que vostre frère n’eust point à aller si loin que Tours, :

«pour trouver Sa Majesté, qui luy à fait l'honneur, et toute la «cour, de luy faire un si bon accueil, à son passage, qu'il est «bien obligé d’y repasser, à son retour. Particulièrement, 1l m'a «mandé que monsieur vostre fils l’a logé et traité si bien, qu'il «n’a jamais voulu qu'il prit autre logis que le sien, et qu'il l’a «grandement obligé. En cela il monstre son bon naturel, «d'aimer tout ce qu’aime madame sa mère. Ce sera un grand

1 Archives de M. le duc de La Trémoille.

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«heur pour mon fils s’il peut trouver madame de Bouillon et «madame vostre belle-fille à Paris, comme j'ay vü, par vos «lettres, que vous l’espèrez.

«Nous sommes estonnez icy d’estre si longtemps sans avoir «des nouvelles de Paris, et moy particulièrement des vostres. «Je n'ai point eu de celles de vostre frère depuis Tours, et croy «que vous en aurez pü avoir, ou de Lyon, ou d'Orange. Si cela «est, chère fille, je vous supplie m'en faire part, et des vostres. »

A peu de jours de là, la princesse disait encore à sa chère Brabantine !: «Souvenez-vous, ma chère fille, de m’escrire incontinent que vous aurez ceste lettre, car je vous assure que «je suis bien en peine de vostre frère, ayant appris que sa bles- «sure est beaucoup plus grande qu’il ne me l’a mandé par ses «lettres, et que jay une extrême crainte que le chemin lait «empirée. Mandés-moy aussy, s’il vous plaist, le chemin qu'il «aura pris, au partir de Paris; car, si le roy est à Poistiers, «comme on me le mande, c’est bien pour allonger son voyage. «Je m’assure que vous n'aurez pas manqué à lui représenter «que ceste chûte luy doibt servir d’avertissement pour se bien «recommander à Dieu, soir et matin. À toute heure, je le sup- «plie qu’il nous ait tous en sa sainte garde. »

Comment ne pas reconnaître, à ces paroles si simples, le touchant caractère de la piété et de la sollicitude maternelle de

Henri Frédéric, dont heureusement la blessure n'avait pas eu de suites graves, accomplit son voyage dans de favorables conditions et fut de retour, le 23 août, auprès sa mère.

Le 31 du même mois, Dumaurier écrivit à de Puisieux ? : «Monseigneur, nous avons ici de retour monsieur le prince

1 Archives de M. le duc de lu Trémoille.

2? Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,958, fo 80.

«Henry, si satisfait des honneurs et faveurs qu'il a reçus de Sa «Majesté, de tous les grands de la cour et de messieurs de son «conseil, qu'il ne se peut assouvir d'en faire récit; ce qui à «grandement consolé ceste bonne princesse, sa mère, et tous «les gens de bien; n’y ayant pas faute d’autres qui auraient «desiré, pour l’accomplissement de leurs prédictions, que l’on «en eûst usé autrement, tant pour voir participant ce prince des «mécontentemens qu’artificieusement ils veulent prendre, que «pour faire croire que la France est aliénée de cest estat; ce «que les brouillons d'ici, qui correspondent aux nostres ont «intérêt de faire persuader, pour les mauvaises fins que vous «pouvez mieux conjecturer, ne pouvant estre sinon utüle au bien «de ceste république et au service de Sa Majesté, qu'il ait paru «qu'elle sçeut et veut distinguer ceux qui, pour leur propre «bien demeurent attachés d'affection et de respect à elle, d'avec «les autres, qui depuis quelque temps font ouverte profession

«de fouler aux pieds son aveu et sa dignité. Je vous puis donc

«assurer que ledit prince a fait un très favorable rapport de « l'agrégation de Sa Majesté sur ce qu'il est allé faire, de l’accueil «qu'il a reçu, et mesmes de l’heureux estat de ses affaires; ce «qui en a consolé plusieurs, mais aussi n'a pas esté volontiers «ouy de quelques autres, desquels les Jugemens se monstrent

«dépravez jusques-là de consigner que le mal de la France leur

«plaist. » |

Alors que les États généraux, dont la correspondance oflicielle avec le roi, depuis le supplice de Barnewelt, n'était qu'un tissu de déclamations contre lesquelles s'élevait, à juste titre, la diplomatie française, et alors qu'une partie de la population des Provinces-Unies, égarée par l'attitude et le langage des États généraux, entretenait la discorde, à l’intérieur, et se répandait en Invectives contre la France, la nouvelle d’un rapprochement entre la reine-mère et son fils parvenait à La Haye et y causait,

CR ARTÈTTR

dans l'élite de la société, une réelle satisfaction, qu'atteste ce passage d’une dépêche de Dumaurier, du 48 septembre! : «La «nouvelle de l’heureuse entrevue du roy et de la royne, sa mère, «a donné une grande joie à tous les gens bien pensans. Madame «la princesse d'Orange et monsieur le prince Henry, son fils ont «esté émus de joie de ceste entrevue et réconciliation. »

Cependant, Louise de Coligny voyait le vide s’accroitre autour d'elle, et le séjour de La Haye lui devenait de plus en plus pesant. Elle avait perdu en Barnewelt un ami fidèle ; Witenbogard était proscrit, et son bannissement avait porté à l’église française de La Haye un coup dont la princesse ne pouvait que difficilement atténuer les conséquences. Sa sympathie pour les opprimés éloignait d’elle maintes personnes, de condition élevée, qui, ostensiblement ou en secret, appartenaient au parti des oppresseurs. Maurice, quel que fut l'esprit de support dont elle fit preuve, à son égard, se cantonnait plus que jamais dans ses idées et ses procédés autoritaires, dans sa froideur et dans sa tenacité habituelles; toutes choses dont sa belle-mère ne pouvait triompher, et qui assombrissaient, pour elle, le foyer domestique. Henri Frédéric, seul, quand elle pouvait le posséder auprès d'elle, apportait quelque soulagement aux pénibles émotions qui étreignaient son cœur; mais les devoirs publics du fils lappelaient fréquemment à se séparer de sa mère, et celle-ci devait se résigner à passer de longues heures dans la solitude. Ses pensées se reportaient constamment vers ses filles, dont la présence à ses côtés eût été, pour elle, une si grande consolation; mais elle les savait retenues au loin, et elle se demandait si Jamais il lui serait donné de les revoir.

Vint un jour où elle se vit appelée par le cours des événements à quitter momentanément la Hollande.

1 Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,958, fo 86.

Le règlement de certains intérêts d’un ordre supérieur ne pouvait être retardé, et exigeait, pour qu’elle l’opérât, sa présence en France pendant quelques mois. Ce fut alors qu’elle avisa, le 7 mars 1620, de son prochain départ la duchesse de la Trémoille, par ces quelques lignes ! :

«F’ai appris que vous estiez à Paris; de quoy je me réjouis «bien fort, estant en espérance, avec l’aide de Dieu, de vous y «voir bientost; car je n’attends, pour parür, que de sçavoir que «j'y aie un logis, car je croy bien que je ne pourrai pas loger en «celui de Madame de Ricey, parcequ'elle m'a mandé qu'elle estoit «contrainte de le vendre. Je serais bien aise d’estre logée près «de vous. Je mande à celuy qui fait mes affaires à Paris qu'il «en communique avec vous, et vous suplye de luy donner «vostre advis. On m'a dit qu'il ÿ a des gens qui ont loué celuy «de Monsieur de Bouillon. Si cela n’estoit point, je le suplyerois «de me le prester, pour quelques trois ou quatre mois, que je «pourrai estre en France. Or, je remets le tout soubs vostre « bonne conduite, et prie Dieu vous donner heureuse et longue (VIe. » | L

Habituée à rendre le bien pour le mal, la princesse qui, en 1620, n'avait que trop à se plaindre des États généraux, oublieux d’un long passé?, n’hésita pas, au moment où elle se disposait

! Archives de M. le duc de la Trémoille.

? Les États généraux des Provinces-Unies avaient été efficacement secondés par la princesse, dans maintes circonstances où leurs intérêts étaient en jeu, et ils lui avaient, plus d’une fois, exprimé leur gratitude par l'emploi d'expressions telles que celles-ci, consignées dès l’année 1598, dans une de leurs lettres: «Madame, nous savons avec quelle «affection vous embrassez la poursuite du bien et advancement de nos «affaires auprès du roy, et rendés peine pour nous conserver sa faveur; «dont nous avons un très grand contentement, et vous en remercions «bien fort, priant qu’il plaise à vostre Excellence y continuer . . . . . . «Nous ne faudrons, l’occasion s’offrant, à vous faire paroistre combien

LOUISE DE COLIGN Y. 291

à partir pour la France, à leur donner une nouvelle preuve de sa serviabilité. On lit, en effet, dans le recueil officiel des Résolutions de ces États, à la date du 23 avril 1620, ce qui suit | : «Le président expose que Madame la princesse d'Orange l’a «informé de l'intention dans laquelle elle est de partir pour la «France, lundi prochain, et il ajoute qu'elle invite messieurs les «États à lui faire savoir ce qu’ils pourraient avoir à lui recom- «mander. — Sont députés messieurs Van den Horst et Vim- «merseen pour aller remercier son Excellence et lui souhaiter «un heureux voyage. »

Dumaurier, qui, le 21 avril, avait annoncé à de Puisieux ? que la princesse comptait partir, le 27 dudit mois, lui manda, le 27 même’: «Madame la princesse d'Orange se met en «chemin, vous suppliant que Sa Majesté lui fasse cognoistre le «sentiment qu elle a de tant de témoignages de son affection à «son service, et, sil vous plaist, qu’elle cognoisse que je n'ay «pas esté paresseux de faire entendre ce que j'en ai vü, en «toutes occasions. »

Dans la matinée du 27, Louise de Coligny, que son fils ne pouvait pas accompagner jusqu’en France, écrivit, de La Haye, au comte Guillaume #: «Monsieur mon nepveu, c'est en ayant «le pied à l’estryer, que je vous dis encores une fois adieu, et «vous suplye de me conserver vostre bonne grâce et me mander «quelquefois de vos nouvelles. Jai à vous rendre aussy mille

«nous estimerons certe vostre bonne volonté envers nous.» (Recueil officiel des Résolutions des États généraux, à la date du 22 novembre 1598. Archives générales du royaume de Hollande).

! Archives générales du royaume de Hollande.

2 Bibl. nat. mess. f. fr. vol. 15,958, f° 110.

5 Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,958, f° 146.

4 Archives générales du royaume de Hollande.

«grâces d’une lettre que j'ai vû que vous avez escrite à .«<M. Huyghens, par laquelle vous faictes bien paroistre l'affection «que vous portez à vostre cousin. Je vous suplye bien vouloir «continuer et luy rendre tousjours de bons offices. Je vous «baise les mains et prie Dieu vous avoir tous en sa saincte « garde.

« Vostre humble tante, à vous faire service, «Louyse de Coligny.

«à la Haye, ce «Lundi matin. »

Telle est la dernière de celles des lettres de la princesse qui aient été recueillies.

Peu d’instant après l’avoir écrite, elle quitta La Haye et se dirigea sur Anvers. |

Qui le croirait? comme elle traversait Delft, cette ville qu’elle avait comblée de ses bienfaits, dans laquelle elle avait tant souffert, et dont la population entière eût dù ne l'entourer que de témoignages de reconnaissance et de respect, une tourbe de

misérables se rua sur son carrosse, y jeta de la boue, et l’insulta

en vociférant les cris de: à bas la Française, à bas l’hérétique. Mais patiente et bonne, comme toujours, la Française n’opposa aux outrages qu'une dignité calme, et l'hérétique répéta, en son cœur, ces divines paroles: «Seigneur, pardonne-leur, car 1ls «ne savent ce qu'ils font!»

Elle s'arrêta, quelques jours à Anvers, avec son fils.

Witenbogard, résidant alors dans cette ville, vint la voir. Elle l’accueillit avec une extrême bienveillance et l’exhorta à supporter patiemment sa condition présente, en s’attachant à

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