‹ Louise de Coligny princesse d'Orange (volume 3)Chapitre 7 sur 55 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Pourparlers de paix entre l'Espagne et les Provinces-Unies. — Le roi de France envoie en Hollande des négociateurs, pour protéger les intérêts de ces provinces, — Lettres de la princesse d'Orange à Scaliger, au fils de Me de la Trémoïlle, aux fils du comte Jean de Nassau, sur la mort de leur père, et à Mme de la Trémoïlle, — Henri IV écrit à la princesse d'Orange. — Arrivée des négociateurs français à La Haye. — Jeannin, de Buzanval, de Russy, — Leur correspondance avec Henri IV et avec Villeroi. — Ils réclament la présence de la princesse d'Orange en Hollande et son concours. — Lettre de la princesse à Moe de la Trémoïlle. — Lettres diverses. — Mort de Buzanval. —- Détails relatifs au départ projeté de la princesse. — Elle se décide à emmener avec elle la fille de Mme de la Trémoïlle. — Soins qu’elle prend de cet enfant. — Retour de la princesse en Hollande. — Les négociateurs français se félicitent de son arrivée. — Opinion émise par Maurice de Nassau sur les affaires publiques. — Lettres de lui au roi,

et du roi à Jeannin et à de Russy. — Lettres de la princesse à Mme de la Trémoille.

En triomphant de la coupable et longue résistance du duc de Bouillon, la princesse d'Orange n'avait pas seulement réussi à ramener au service du roi un sujet dont la fidélité serait désormais assurée, et à rendre un mari, un père au sentiment de la mission sacrée de protecteur de sa femme et de ses enfants; elle avait, de plus, contribué, par cela même, à détourner de la France le fléau d’une guerre, à vrai dire, intestine, et à épargner au roi, dans ses rapports avec les princes protestants, la rupture d’une alliance dont le maintien était nécessaire à la réalisation des plans de sa politique extérieure,

A la base de ces plans se plaçait, comme devant en préparer le succès, la consolidation de l'indépendance des Provinces-Unies des Pays-Bas qui, ayant secoué le joug de Philippe IT, luttaient avec une persévérante énergie, pour en demeurer à jamais délivrées. Un lien étroit, créé par la communauté d'intérêts de premier ordre et par la réciprocité de services rendus, attachait Henri [V à ces provinces : elles l’avaient secouru, aux jours de sa détresse, et, en retour, il les avait assistées, de ses troupes et de ses finances, dans la lutte engagée contre leur oppresseur.

En traitant, à Vervins, avec l'Espagne, qui avait promis de se comporter, à l'avenir, en alliée, le roi de France s'était si peu détaché des Provinces-Unies, qu’il s'était expressément réservé le moven de leur rembourser les sommes qu'elles lui avaient avancées. Il ne s'était engagé à rien autre qu à demeurer neutre entre elles et leur ennemi, qui, aux termes du traité, cessait d’être le sien. Mais, tandis que Henri IV se renfermait loyalement dans les limites de la neutralité, il se vit autorisé à en sortir et à recouvrer sa liberté d'action en faveur des Provinces- Unies, le jour où, infidèle à ses propres engagemens, l'Espagne poussa Biron à la révolte et s’attacha à raviver, en France, la guerre civile. Fortes du royal appui, qu'à la suite de cette insigne perfidie, elles venaient de recouvrir, dans sa plénitude, ces provinces déployèrent un tel redoublement d'énergie dans leur résistance aux efforts de l'ennemi, que celui-ci, désespérant du succès, crut devoir faire des propositions de paix.

Ces propositions, dit un contemporain des plus autorisés !, «furent fort volontiers écoutées, d’entrée, par ceux qui étoient «las de la guerre, attendu même qu'elles étaient si avantageuses, «en ce qu’on souffrait de traiter avec eux en qualité et comme

! Le président Jeannin. « Sommaire de la négociation faite avec Messieurs les Etats généraux et des Provinces-Unies des Pays-Bas, »

«les tenant pour États et pays libres; ce qui leur semblait être « l'effet entier d’une victoire absolue. Sur lesquelles propositions «communiquées pour lors à peu de gens, à savoir à M. le prince «Maurice, à son cousin le comte Guillaume, au sieur de Barn- «weld et à quelques autres, en petit nombre avec eux, puis en «l'assemblée des provinces, résolution y fut prise d'entrer en «quelque conférence avec les députés des archiducs, et d'en «donner avis tant en France qu’en Angleterre ; dont Sa Majesté «(le roi de France) avisée, envoya vers eux, de sa part, le sieur «Jeannin, conseiller en son conseil d'État, et avec lui le sieur « Buzanval, ayant servi Sa Majesté dès longtemps èsdits pays; «et pour lui succéder en la charge d'agent ordinaire, le sieur de «Russy, pour aider amplement à leur procurer le repos, ou bien » pour empêcher qu'ils ne füssent trompés, au cas que telles «ouvertures leur eüssent été faites à dessein pour les diviser, «faire des pratiques parmi eux, et enfin les assujétir, au lieu de «les rendre libres, comme c'était l'opinion de ceux qui pen- «saient être les plus clairvoyans dans leur état; et y avait grande «apparence de le croire ainsi.»

Les négociateurs envoyés par le roi dans les Provinces-Unies quittèrent la France, en mai 1607. Ils y laissaient la princesse d'Orange, dont ils pressentaient que le concours ne tarderait pas à leur devenir nécessaire, pour l’accomplissement de leur mission, à raison de la légitime influence qu’elle avait acquise, en Hollande surtout, tant par sa parfaite connaissance des hommes et des choses, que par de judicieux conseils donnés, au sujet des affaires publiques.

Mais, avant de suivre le cours des négociations entamées alors avec l'Espagne , occupons-nous de la prolongation du séjour de Louise de Coligny en France, à dater des derniers

Jours qui précédèrent la réconciliation du duc de Bouillon avec le roi.

Et d’abord, au milieu des anxiétés qu’elle éprouvait encore, en ces mêmes jours, elle donna une nouvelle preuve de sa piété filiale, dont on saisit la trace dans sa correspondance avec Scaliger. « Monsieur, lui écrivait-elle, de Paris, le 47 février 1606, «je me suis fort réjouie icy de l'honneur que j'ai reçue de vous, «en ce qu'il vous a pleu honorer la mémoire de feu Monsieur «l'amiral, mon père, de ce que vous m’avez donné pour faire «mettre sur sa sépulture. Cela a esté fort approuvé et loué des «personnages doctes auxquels je l’ai faict voir, et principale- «ment par M. le président de Thou et M. Servin. Ledict sieur « Servin m’a permis de vous en envoyer un autre qu'il a faict, «où il a observé toutes vos mesmes conceptions, disant ne pou- «voir ni ne devoir rien changer en ce qui procède d’un esprit et «d’un jugement tel que le vostre, auquel il dit céder en toutes «façons ; mais cependant il m’a priée de vous faire voir quel- «ques mots quil dit avoir seulement changés, pour s’accomo- «der à la prudence de ce siècle ; vous les verrez donc, s'il vous «plaist, et m'en manderez vostre advis, et vous supplieray m'en «escrire une lettre que je luy puisse monstrer.

« Je remets toutes les nouvelles à M. de Buzenval, qui, mieux «que moy, vous pourra représenter ce qui se passe, qui est, «pour cesle heure, un sujet si triste et si lamentable pour tous «les gens de bien, et particulièrement pour moy, que certes, «Monsieur, la plume me tombe de la main, en le voulant conti- «nuer. Je finirai donc par un qui m'est plus agréable, qui est «vous asseurant que j’honore vostre mérite, pardessus toutes «celles qui ont le bonheur de le cognoistre, et que je fais «beaucoup de gloire de me dire aymée de vous. »

Le 27 avril, la princesse manda à Scaliger 2: « L’indisposition

1 Du Bouchet, Hist. de la maison de Coligny, p. 568. mp: fr iv. 10% p.0.

«en laquelle je suis à présent me licenciera, s'il vous plaist, de «faire ce mot de ma main, pour vous dire l’ébahissement que «j'ay de voir par vos dernières que vous ne me faictes aucune «mention de la réception de l’épitaphe que je vous ay envoyé «escript de la main de M. Servin. Cela me faict croyre que le «pacquet est perdu et cause que je vous en renvoie une copie, «avec celuy que me donnâtes avant mon partement, afin de «voir le changement que ledict sieur Servin y a fait. I le desire «ainsy et m'a dit ne vouloir entreprendre sur ce qui vient d’un «tel personnage que vous. Je vous suplye donc m'en escripre «vostre advis, que je suivrai, et après me le renvoyer, à la pre- «mière occasion, Madame d'Angoulême a vû vostre lettre, dont «elle a esté fort aise. Je vous envoie aussi un pacquet que m a «donné M. de Dolet (c. de Harlay), lequel j'ay fort entretenu «de vostre affaire contre le sieur D..... I] m'a dict que, si vous «faictes ce dont il vous escript, que sans doute 1l se trouvera «moïen de vous faire payer. Souvenez-vous en donc, je vous «suplye, et faictes'estat qu'en cela et en toute autre chose où «j'aurai le moïen de vous rendre service, je m’y employerai «d’aussy bon cœur, que je me recommande affectueusement à «vos bonnes grâces. Je prie Dieu, Monsieur, vous avoir en «sa saincte garde.

« Vostre très affectionnée amie à vous faire service. »

«P.S. Madame de la Trémoïlle, ma fille, vous présente ses «<humbles et affectionnées recommandations. »

Si ces derniers mots portent à croire que M de la Trémoïlle se trouvait, en ce moment, à Paris, auprès de la princesse, rien n'établit d’ailleurs que Me de Bouillon s’y trouvât aussi. Quel que fût au surplus, tandis que le due son mari devait fréquenter la cour, le lieu dans lequel elle résidait avec ses enfans, depuis la conclusion de l’affaire de Sedan, il est certain qu’elle jouissait

du bonheur d'échanger librement de fréquentes communications avec Louise de Coligny, délivrée enfin des anxiétés que lui avait causées la longue infortune d’une fille chérie.

Dans l’été de 1606, la princesse d'Orange quitta la capitale, pour aller passer quelque temps dans sa propriété de Lierville. Ge fut de là qu'elle écrivit à l'aîné des enfants de sa fille Brabantine, tandis que celle-ci était à Spa, une lettre qui montre avec quelle sollicitude la grand mère s’occupait de son petit-fils, ainsi que du frère et de la sœur avec lesquels il restait à Thouars, en l’absence de la duchesse.

« Mon beau petit-fils, lui disait-elle!, cependant que j'estois «à Paris, j'avois le contentement d’ouir souvent de vos nou- « velles, par le moïen de Madame de la Trémoiïlle, ma fille. «Lorsqu'elle en est partie pour aller boire des eaux de Spa, je «Suis partie aussy, pour m'en venir en Beausse, en ma maison «si séquestrée du monde, que je n’en ouïs point parler, qu'au «prix que j'en envoye apprendre des nouvelles ; et desirant avoir «des vostres et de vostre frère et sœur, je vous dépesche ce «laquais pour vous prier m'en faire part, et de celles que vous «avez eues de Madame de la Trémoiïlle, et quand elle vous parle «de son retour. Pour moy, je ne ferai plus guères de séjour «icy ; et partout où je serai jamais, ce sera toujours avec réso- «lution de vous faire service de tout ce qui sera en ma puis- «sance, et à mon autre petit-fils et fille; mais, comme à l'aîné, «je vous parle pour tous trois et vous embrasse. tous trois en : «imagination, vous priant de m’aimer comme estant vosire très «affectionnée mère, à vous faire service. »

En quittant sa solitude de Lierville, la princesse revint à Paris, reprendre une existence dont l’activité extérieure correspondait

1 Archives de M. le duc de la Trémoille.

à l'intensité de l'affection qu’elle avait vouée à sa famille, à ses amis, et dont se ressentaient, en première ligne, ses enfants et petits-enfants.

Les relations suivies qu’elle entretenait avec les Provinces- Unies la tenaient au courant des événements qui s'y accomplissaient, et surtout de la part qu’y prenait son fils, Henri-Frédéric, son beau-fils, Maurice, son neveu, le comte Guillaume, et des hommes tels que Buzenval, Barneveld, qu'elle honorait de son amitié. |

Dans l'automne de 1605, elle perdit son beau-frère, le comte Jean. Informée d’une mort qui privait ainsi la famille de Nassau de l’un de ses membres les plus distingués, elle écrivit aussitôt, de Fontainebleau, aux fils du comte ! : «Messieurs mes neveux, cestant en ce lieu où je suis venue faire un tour, pour quelques «affaires que j’ay près du roy, à mon très grand regret j'ay appris «la mort de feu Monsieur mon frère, vostre père, dont j’ay eu «beaucoup d’affliction. Mais, puisqu'il a pleu à Dieu le prendre, «après avoir reçeu un si bel âge, et vous ayant laissé tant «d'honneur, vous devez vous conformer à la volonté de Dieu, et «en le louant et remerciant des grâces qu'il luy a faictes durant «sa vie, le supplyer aussy vous laisser, avec l’hérédité de ses «biens, celle de ses vertus, comme je ne doubte point qu'il ne «fasse. Je l'en supplie, de toutes mes affections, et qu'il vous

«donne, Messieurs mes neveux, en santé, heureuse et longue «vie. »

Un mois plus tard, la princesse recevait la visite de Buzenval, venant de Hollande, qui lui apportait l’heureuse nouvelle de la prochaine arrivée de Henri Frédéric dans la capitale. Alors qu'elle se livrait à l’espoir, bientôt déçu par la force des circons-

! Lettre du 18 novembre 1606 (Archives de la maison d'Orange- Nassau).

tances, de posséder, de nouveau, son fils auprès d'elle, la du- -chesse de la Trémoïlle reçut d’elle une lettre, portant :

«Chère fille!, vous pouvez croire que j’ay reçue un extrême «contentement de vous sçavoir heureusement arrivée chez vous, «et que vous y avez trouvé toute vostre petite famille en bonne «santé. |

«Je vous ay mandé nostre retour en ceste ville (Paris). À «ceste heure, je vous manderai comme Monsieur vostre frère et «Madame sa femme ? en partirent vendredi, après disner. . «Madame la princesse (de Condé), Monsieur le prince (son « fils), M"° de Fontaine et moy, l’'accompagnames jusqu’au pont «de Charenton. Ce fut des pleurs incroyables que ceux de Mon- «sieur le prince et de Madame sa sœur; j'entends qu’elle fut «malade, à la couchée. Jay bonne opinion qu’elle n’est pas preste « de revenir à Paris.

«M. de Buzenval arriva hier soir, qui m’assure que vostre «cadet luy dit, en partant, qu'il seroit icy aussitost que luy ; de «façon que je l’attends, au premier vent, si autre chose n'arrive «qui le retienne; car Je ne serai point assurée quil vienne, «au’il n'ait passé la mer: je vous en avertiray, soudain qu'il «sera ICY.

« Vous sçavez que M. le mareschal de Fervacques est en ceste «ville. Je ne l’ay point veu, mais on m'a dit que M"° de Fer- «vacques y doibt venir quand elle sçaura que vous devez vous «y rendre, et qu'elle est toute disposée à accorder, si vous voulez «y entendre. Cas à

«Je vous ay desjà mandé la résponse que me fit le roy sur

«l'affaire de vostre fille, qui se rapporte à celle que vous fit la

1 Archives de M. le duc de la Trémoille. | 2 Philippe-Guillaume, prince d'Orange, et Éléonore de Bourbon- Condé.

«roine ; de façon que c’est à vous à faire vos preuves, comme font «les chevaliers du Saint-Esprit; car si cela a esté, on ne vous le «peut refuser sans vous faire tort. Avisez donc toutes les preuves «que vous en pourrés faire paroistre, et, nous en avertissant, «nous en ferons bien nostre profit. Vous estes aimée et honorée «en ceste cour, et ne debvez point doubter que, faisant pa- «roistre que ce que vous demandez a esté, que vous n'y soyez «favorisée.

«Je ne vous ay point encore envoyé de ceste étoile pour faire «une robe parceque lon n’en trouve point à si bon marché que «la eue la comtesse de Château-Vilain. Jeudi on m'en doibt «encore faire apporter, de façon que j'espère, qu'après ces festes, «qui sera à ceste heure-là, nous barguignerons tant que, si nous «ne l’avons à si bon marché, il nes’en faudra guères. Vous aurez «aussi des gants pour nostre petit mignon.

«Je vous prie, ma fille, de dire au s' Chauveau que je desire «sçavoir quelle responce a faicte celuy à qui il a donné la décla- «ration de ma terre.

«J'ay la cervelle si troublée du propos que me vient de tenir «M. de B.... sur les affaires de vostre bon pays, que je n’en «dormirai, de la nuit, et faut que je finisse, en vous baisant les € Mains, » |

Ces dernières lignes se réfèrent aux événements qui, dans la lutte soutenue par les Provinces-Unies contre l'Espagne, précédèrent de peu de temps les pourparlers de paix entamés par celle-c1.

Tandis que l'horizon politique semblait commencer, de la sorte, à s'éclaircir quelque peu, un heureux événement se produisit, en France, au sein de la famille royale : la reine donna le Jour à un fils, dont la naissance fut l’objet d’affectueuses félicitations adressées, de Paris, par la princesse d'Orange au roi,

qui y répondit, avec son aménité habituelle, par ces lignes datées de Fontainebleau ! :

«Ma cousine, je n’attendais rien moins de l’affection particu- «lière que vous me portés et au bien de ma couronne, que les «témoignages que vous m'en avez rendus par vostre lettre du 43 de «may, et ceque m'a dit, de vostre part, le s' de Chastillon, sur la «naissance de mon fils, le duc d'Orléans. Mais comme, en cela, «Je recognois l'intérêt que vous voulez avoir à mes bons succès, «je desire aussi que vous fassiés estat de la continuation de ma «bonne volonté, en toutes occasions, et de l'espérance que j’ay «que, mondit fils estant nourri en la même affection, il pourra, - Qun Jour, succédant à ceste même inclination, vous en tesmoi- «gner tous bons effets, quand Dieu lui en aura donné les «moyens, comme je l’en prie, et qu'il vous ait, ma cousine, en «sa sainte et digne garde.»

Occupons-nous maintenant des négociations qui s’ouvrirent sur la question de paix soulevée par l'Espagne, et du rôle qu'y remplirent les ambassadeurs français, investis, à juste titre, de la haute confiance de leur souverain. A peine est-il nécessaire de dire que nous devons, loin d'entrer dans le détail de ces laborieuses et longues négociations, nous borner à signaler les points spéciaux, à l'égard desquels fut réclamée et se manifesta l’efficace intervention de Louise de Coligny.

Arrivés à La Haye, le 24 mai 1607, les négociateurs français se mirent aussitôt en rapport, non seulement avec les États généraux, mais encore et surtout avec deux hommes influents, Maurice de Nassau et Barneveld, qui représentaient, l'un, les partisans d’une continuation de la guerre, l’autre, les partisans d’une paix à conclure sur de solides bases.

1 Lettre du 8 juin 1607 (Recueil des lettres missives de Henri IV, P 1, p. 274).

Dès le 29 mai, Jeannin, Buzanval et de Russy, rassurés sur les intentions pacifiques de Barneveld, mais inquiets de l’ardeur belliqueuse de Maurice, écrivent au roi 1:

«Ce qui est de plus dangereux en cet état, est La division, «reconnaissant bien que le prince Maurice est du tout porté à la «guerre, et qu'il recherchera d'attirer, de son côté, tout ce qu'il «pourra, ne jugeant pas toutefois, si quelque grand secours en «retient ceux qui veulent la paix, que son parti soit le plus fort : «et c’est à quoy nous nous employons, en lui représentant qu'on «peut trouver dans la paix des avantages et de la grandeur pour «sa maison, et pour lui-même en particulier, plus assurés de «beaucoup, si on est contraint d'y entrer, que dans la guerre . «trop périlleuse, et presque avec certitude de mauvais succès, «s’il la fallait faire avec partie de l'Etat, l’autre s’unissant avec «l’ennemi. Et au contraire, l'Etat, déclaré libre par la paix «et conditions bonnes et qui aient de la sûreté, il pourroit «encore espérer quelque chose de plus avec le temps, appuyé «de l'autorité et des moyens de Vostre Majesté, qui prendra «toujours plus de fiance en son amitié, qu'en celle d’un peuple «léger et muable. Que Vostre Majesté a bien la même ‘opinion «que lui, que la guerre aurait plus de sûreté pour leur état, «jugeant qu'il est besoin d'y insister autant qu'on pourra, «pourvu qu'on ne vienne jusqu'à la division. Il est sage, fort «considéré et semble aussi assez courageux pour oser entre- «prendre, si l’occasion s’en présenlerait; mais nous reconnais- «sons qu’il s’accomodera à vostre volonté, y voyant de la süreté «pour lui et quelque espoir de s’accroître, et d’être en état qu'il «en dépende absolument, comme il a fait du passé, de la lége- «reté et ingratitude des peuples qui se lassent et dégoutent «aisément de ceux qui les ont bien servis. »

? Négociations du président Jeannin, éd, du Panthéon littéraire. Paris, in-80, 1838, p. 35.

Le même jour, 29 mai, Jeannin mande à Villeroit: «Le plus «grand nombre desire la paix. M. de Barneveld, qui a grande «autorité et créance dans les Etats, et particulièrement dans la «province de Hollande qui seule fait presque la moitié des Pro- «vinces-Unies, aumoins contribue autant que toutes les autres, «embrasse ce conseil avec affection et le juge nécessaire en l’état «auquel ils sont réduits, non, à mon avis, par corruption, mais «par prudence et comme estimant quils ne peuvent mieux «faire pourvu que les deux rois y interviennent.»

Les négociateurs français entretiennent avec Henri [V et avec Villeroi une active correspondance, au cours de laquelle celui-ci leur annonce, le 17 juin ?, que la princesse d'Orange songe à retourner dans les Provinces-Unies : «La mère du comte Henri, «dit-il, parle de passer bientôt en Hollande, appelée, ainsi qu’elle «a mandé au roi, du prince Maurice et de son fils. Nous esti- «mons qu'elle favorisera, partout où elle sera , le service du roi.»

- Cette communication est accueillie avec une satisfaction qu'exprime ce passage d’une dépêche du 27 juin adressé à Villeroi ÿ : (Quant à ce que vous mandez du voyage de Madame la prin- «cesse d'Orange en ce pays, 1l sera fort à propos, et au plutôt, «pour l’autorité et créance qu'elle doit avoir près de son beau-fils, «dumoins pour la confiance et prévauté qu'il prendra avec elle, « pour lui communiquer ses intentions, et nous les découvrir après, «afin qu'y apportions, ce qui sera requis pour son contentement «et le service de Sa Majesté; car 1l est si retenu avec nous, «qu’on ne le peut apprivoiser. Nous savons aussi qu'elle est «pleine d'affection envers le roi et entièrement française ; ainsi que «sa venue et son séjour en ce lieu ne pourra être que fort utile.»

! Névociations du président Jeannin, p. 39.

2ti0ide DO:

à ]bid: p.81:

Le 8 juillet, Villeroi écrit à Jeannin et à de Buzanval!: « Le «roi a prié Madame la princesse d'Orange d'avancer son voyage; «à quoy elle se prépare tant qu’elle peut. »

Jeannin répond, le 17 juillet? : «Le plutôt que Madame la princesse d'Orange pourra venir, sera le meilleur. »

Le 19 juillet, Jeannin, de Buzanval et de Russy terminent une dépêche expédiée au roi # par ces mots : «C’est maintenant qu’il «faut traiter avec le prince Maurice et le contenter, afin que «tout demeure bien uni ; à quoi Madame la princesse d'Orange «nous fait faute, et sa venue prompte serait bien à propos. »

En même temps, Jeannin, s'adressant seul à Villeroi#, lui dit : «On reconnaît maintenant les passions de ceux qui veulent «la paix ou la craignent. Le prince Maurice montre d’en être «en appréhension; néanmoins il s’est fort bien conduit en la «réponse qui a été faite. Il est besoin de pourvoir tôt à son «contentement ; à quoy Madame la princesse d'Orange nous «seroit fort nécessaire. Il seroit même à propos qu’il plût au roi «le gratifier de quelque bon état et pension, chacun an; car, «puisqu'on juge nécessaire pour le bien des affaires et le service «de Sa Majesté, comme il est, en effet, de le fortifier en'cet état «et y accroître son autorité et celle de sa maison, aussi est-il, «en conséquence, de l’obliger, afin que son affection, acquise «et conservée par l'intérêt, le rende, en l’état où il aura pou- «voir, plus enclin et dévotieux envers Sa Majesté, les siens et «son royaume. Et ceci me semble d'autant plus nécessaire, qu'on «dit sourdement l’archiduc avoir intention de faire toutes sortes «d'efforts et offres pour le gagner..... Envoyez au plus tôt

Négociations du président Jeannin, p. 90.

MDId D 874 LAbi0 D 101:

Ralbid.°p. 102:

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