CHAPITRE II
Entrevue de Téligny, de Lanoue, de Ludovic de Nassau et du roi, -- En septembre 1571, Coligny se rend de La Rochelle à Blois, où il reçoit du roi un accueil favorable, — De Blois, il se retire à Châtillon, avec sa femme et ses enfants. — Certains projets d'agression des Guises contre lui sont déjoués. — Mort de Jeanne d’Albret en juin 1572. — Séjour de Coligny à la cour, il y lutte contre les menées de Catherine de Médicis. — Mariage de Condé avec Marie de Clèves. — Mariage du roi de Navarre avec Marguerite de Valois, à Paris. — L’amiral, sa fille et son gendre y assistent, et se disposent à retourner à Châtillon. — Un assassin, stipendié par Catherine de Médicis et par ses complices, tire sur l’amiral et le blesse grièvement. — Ambroise Paré prodigue ses soins à l’amiral, M" et Mme de Téligny Passistent nuit et jour de leur tendresse et deleurs prières, — Visite du roi à l'amiral, — Catherine de Médicis et ses affidés se décident à faire périr l'amiral. — Sa mort. — Massacres à Paris et dans les provinces. — Mort de Téligny. — Sa jeune femme échappe aux coups des meurtriers.
Louise et Téligny, après leur mariage, furent naturellement portés par leurs affections de famille à prolonger leur séjour à La Rochelle ; 1ls avaient à cœur d’y entourer de leur déférence “et de leur tendresse le père vénéré auquel ils devaient leur bonheur.
Fidèles à ses directions et à son exemple dans la voie du devoir, les jeunes époux se résignèrent sans hésitation à une séparation momentanée, alors que Téligny dut, en juillet 1571, s'acquitter d’une importante mission que lamiral lui confiait, ainsi qu’à Lanoue: II s'agissait pour les deux beaux-frères, d'accompagner et d'aider de leurs conseils Ludovic de Nassau, prêt à quitter La Rochelle pour se rendre auprès de Charles IX avec qui lui était ménagée une entrevue secrète dans laquelle s’agiteraient de graves questions, relatives aux affaires des
Pays-Bas.
Cette entrevue se prolongea pendant plusieurs jours dans une localité soigneusement choisie pour échapper aux regards de la cour. Satisfait des communications de Ludovic de Nassau, le roi se montra disposé à intervenir, au-delà de la frontière, en faveur des populations opprimées ; mais il annonça, qu'avant de prendre une résolution, il voulait consulter Coligny sur une entreprise qui présentait de sérieuses difficultés. Il ajouta que, dans le cas où, après mur examen, ces difficultés ne l’arrêteraient pas, 1l conférerait le commandement des forces destinées à agir dans les Pays-Bas, à l'amiral; et il engagea Ludovic à le presser de venir à la cour.
S’adressant en particulier à Téligny, qu'il affectionnait et en qui il avait une entière confiance, il lui recommanda d'insister fortement auprès de l’amiral sur le prix qu'il attachait à sa présence et à ses conseils. «Téligny, ayant respondu que son «beau-père .estoit tant affectionné au service de Sa Majesté, «qu'il seroit toujours prest à recevoir ses commandemens, le «roi peu après escrivit et envoya lettres à l'amiral par lesquelles Qi le mandoit avec propox fort gracieux, et qu’il eust à le venir «trouver, et qu'il seroit le bien-venu !.»
Téligny, Lanoue et Ludovic de Nassau, revenus à La Rochelle, exprimèrent à l'amiral la confiance que Charles IX leur inspirait, et l'engagèrent à répondre au vif désir qu’éprouvait le monarque de l'avoir désormais auprès de lui, afin de pouvoir journellement recourir à ses conseils. Leur langage avait produit sur Coligny une certaine impression; sans partager en tous points leur confiance, mais n’écoutant, comme d'habitude, que ce qu'il croyait être son devoir, il inclina peu à peu vers l’idée d’un départ, plus ou moins prochain, de La Rochelle pour la cour. Les maréchaux de Montmorency et de Cossé l’affermirent dans
* Mém. de l’estat de France sous Charles IX, t. 1e, p. 76.
cette idée ; et, le 18 août 1571, alors que Jeanne d’Albret et son fils quittaient La Rochelle, il écrivit au roi que, «suivant ce «qu'il avoit pleu à Sa Majesté lui mander par le Seigneur de «Téligny, il ne fauldroit de partir de ceste ville, vers la fin de «ce mois 1. »
Toutefois, dans sa juste sollicitude pour Jacqueline d’Entremonts et pour [a jeune compagne de Téligny, 1l ne voulut pas qu'elles vinssent à la cour, tant qu'il ne serait pas fixé par l'accueil qu'il y aurait reçu, sur celui qu'elles y trouveraient elles-mêmes, I prit donc le sage parti de les laisser l’une et l’autre à La Rochelle avec les enfants; et, à défaut de Téligny, qui devait l'accompagner, il confia le soin de veiller sur elles et sur eux à son petit neveu, Condé, dont l’affectueux dévouement offrait, au point de vue de leur sûreté personnelle, la plus efficace des garanties.
En se séparant de sa femme, de ses enfants et de toute une population dont la vénération et la reconnaissance lui étaient acquises, l'amiral, suivi du fidèle Téligny, alla rejoindre le maréchal de Cossé, qui l’attendait dans sa résidence, et bientôt tous deux, escortés par cinquante capitaines et gentilshommes, se dirigèrent vers Blois, où ils devaient rencontrer le roi.
Dans le cours du voyage qui dura plusieurs jours, l'amiral expédia à La Rochelle diverses lettres qui y furent accueillies avec une vive émotion par sa femme, par Louise et par Condé, Leur anxiété, d'ailleurs, était toujours la même qu'au moment de son départ, à la pensée des dangers auxquels il allait être exposé à la cour; car ils savaient que nombre de ses ennemis s’y trouvaient encore, et que tout était à redouter de leur part.
! Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. — Rec, des archives histor, de la Saintonge et de l’Aunis, année 1877.
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Au terme d’un trajet accompli sans qu'aucun mcident fâcheux eût entravé sa marche, en compagnie du maréchal de Cossé et de Téligny, il atteignit Blois, le 12 septembre 1574.
L'accueil qu'il y reçut de Charles IX fut favorable. A la considération dont aussitôt il entoura la vie publique de l’homme éminent qu'il venait d'appeler à lui, le souverain ajouta des preuves de sollicitude pour le relèvement de ses intérêts privés, sacrifiés dans le cours des dernières guerres. |
Téligny et plusieurs autres personnes particulièrement attachées à l’amiral se ressentirent aussi des faveurs royales.
À la confiance, à l'affection même que le roi lui témoïenait, Coligny répondit par un noble usage de Ia large part d'influence qui venait de lui être accordée dans le maniement des affaires de l'État, | |
Il engagea sa femme et sa fille à se rendre à Blois, où elles arrivèrent dans les premiers jours d'octobre, après avoir assuré, en route, l'acheminement des plus jeunes enfants de l'amiral vers le château de Châtillon. | | <
Lorsqu'au milieu du mois d'octobre Charles IX résolut de s’absenter de Blois, Coligny profita de cette circonstance pour obtenir de lui l'autorisation de se retirer momentanément à Châtillon, où, entouré de sa femme et de ses enfants, il RURE goûter un peu de repos.
De retour à son château, il y reprit avec bonheur la vie de famille,
Quelle ne fut pas l'émotion de Louise en se retrouvant dans cette demeure où s'était écoulée son enfance, et où tout lui parlait de sa mère, de cette noble Charlotte de Laval dont elle conservait pieusement en son cœur le vivant souvenir! Et combien , en reportant avec atiendrissement ses pensées sur son père, sur son mari, elle se sentit heureuse de l'accueil qui leur fut fait! Celui qu’elle-même reçut la toucha vivement.
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Quelque profondes que fussent, à ces divers égards ses impressions , elles n’eurent d’ailleurs rien d’exclusif; loin de là : elles s'allièrent sans effort à la sollicitude et aux prévenances dont elle se plaisait à entourer sa jeune belle-mère; habituée à répondre par une parfaite délicatesse de sentiments à la franche affection que celle-ci lui témoignait depuis son union avec l’amiral, elle s'attacha pour sa propre part, dès l’arrivée au château de Châtillon, à lui concilier, dans le nouveau milieu où elle la voyait placée, les égards respectueux, le bon vouloir et la sympathie de chacun. |
En même temps, l’un des soins les plus chers de Louise fut de continuer à faire preuve d'une affection filiale pour sa tante, madame d’Andelot, pour cette seconde mère si tendre, si dévouée, dans la douce intimité de laquelle elle vivait depuis plusieurs années; intimité qui devait, dans un prochain avenir, se resserrer encore, sous le coup d’angoissantes épreuves supportées en commun.
Anne de Salm étant revenue de La Rochelle à Tanlay, il n’eût pas suffi à Louise de correspondre avec elle; il lui fallait surtout jouir de sa présence à Châtillon. C'était également un besoin de cœur pour l'amiral, que de voir réunis, à ses côtés, la veuve et les enfants de d’Andelot. Depuis la mort de ce dernier, d’Odet et de la comtesse de Roye, il ne lui restait plus qu'Anne de Salm qui l’appelât du nom de frère, et avec qui seule désormais, comme justifiant à tous égards le titre de sœur, qu'il aimait à lui donner, 1l püt, dans d’intimes épanchements, évoquer des souvenirs de famille non moins sacrés pour elle que pour lui.
Les douces joies du foyer domestique détournaient si peu Coligny de ses devoirs d'homme d'État, que dès les premiers moments de son retour à Châtillon, il correspondit avec le rot sur celies des affaires publiques dont il pouvait l’entretenir par lettres,