‹ Louise de Coligny princesse d'OrangeChapitre 25 sur 64 · Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,950, fo · texte numérisé non relu

Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,950, fo

* Henri 1V avait, en dernier lieu, séjourné dans cette ville, du 2 au 29 novembre 1593 (Lettres missives de ce monarque, t. 9, itinéraire).

«printemps, je pourrai recouvrer à jouir de l’honneur de vos «présences; qui sera un des souverains biens de ma vie et le «plus grand auquel mon ambition aspire, d’estre tousjours «recogneue de Vostre Majesté pour très humble et très obéis- «sante subjecte et servante.» |

Le printemps vint: Louise de Coligny eut alors la joie d’apprendre l'entrée du roi dans Paris, et, à peu de jours de là, l’arrivée de la princesse, sa sœur, dans cette ville 2. Le moment approchait où, séparée de sa patrie depuis près de onze ans, la noble fille de l'illustre amiral, pourrait se retrouver au sein de cette France à laquelle la rattachaient d’indissolubles liens.

«Je fais état, écrivait-elle, de La Haye, le 15 mai 1594, à «son neveu le comte Guillaume de Nassau *?, de partir, s'il plait «à Dieu, à la fin de cette semaine, Avisez, je vous supplie, si je «serai bonne pour vous servir en France, et vous assurés que là «et partout où je serai jamais, j'y porterai toujours une très «affectionnée volonté de vous servir et complaire. Je vous re- «commande, durant mon absence, vostre petit cousin il me «vient conduire jusqu'en Zélande. Je m'assure que vous croyez «bien que nostre séparation ne se fera sans quelques larmes. Je

1 «Le mardi, 22 jour de mars 1594, à sept heures du matin, le roy «entra dedans Paris; et fust la ville réduite en son obéissance, sans sacq «et sans effusion de sang, fors de quelques lansquenets qui voulurent «mener les mains, et deux ou trois bourgeois de la ville» (Journal de P, de l’Estoile, à cette date).

? «Le mercredi 43 avril 1594, Madame, sœur du roi, arriva à Paris, «accompagnée de huit coches et carrosses. Le peuple de Paris, qui regar- «dait passer son train, voiant des gentilhommes dans un des coches, se «disaient l’un à l’autre: ce sont ses ministres» (Journal de P. de l’Estoile, nouv. éd. t. 6, p. 205).

* Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2247,

# Henri-Frédéric fañht, à peu de temps de là, être victime d’un odieux attentat projeté par un prêtre de Namur. Voy. Lapise, Histoire de la principauté d'Orange, p. 638.

«vous dis adieu, en résolution de demeurer, toute ma vie, «vostre humble tante, à vous faire service. »

Le 8 juin, la princesse était à Middelbourg, d’où elle adressa aux États de Bretagne la communication suivante, relative à la négociation que ces États avaient, sous le patronage du roi, comme on l’a vu, entamée avec les représentants des Provinces- Unies !,

«Messieurs, j’eusse bien désiré que Messieurs vos députés «fussent venus pardeça, en meilleure saison et opportunité, «d'autant que par cy-devant Messieurs les estats ont départi «de leurs aides et moyens au roi. Et nonobstant qu'ils ont «continuellement beaucoup d’affaires sur les bras, pour pourvoir «et satisfaire à leurs guerres ordinaires, si est-ce que, suivant «leur providence et bonne volonté accoutumée, ils se sont «efforcés d'offrir pour vostre secours ce qui leur est possible, «ainsi que pourrez voir par l'acte qui en a esté sur ce faict, et «entendre plus à plain par les susdits, lesquels vous pourront «témoigner de quel zèle et affection je m'y suis emploiée; tant «pour le service de Sa Majesté, que pour vostre bien et conser- «vation de vostre province, comme y estant doublement obligée, «même à cause de nos intérêts particuliers, ainsi que pouvez «bien sçavoir, où j'y ai apporté tout ce qui est en ma puis- «sance ; et espère que la recherche et poursuite de vos députés «en ce lieu servira promptement pour le secours que fait ici «rechercher la reine d'Angleterre, pour joindre l’armée navale «qu'elle fait en faveur de la Bretagne; désirant infiniment, «Messieurs, que les affaires puissent réussir à vostre bien et «contentement, comme la meilleure et plus assurée amie que «Vous sauriez jamais acquérir; vous assurant que j'essaieral «toutes les occurences qui se pourront présenter. Et, avec

! Dom Morice, Hist. de la Bretagne, preuves; t, 3, col. 1590-1593.

«cette bonne volonté, je prierai Dieu, Messieurs, de vous «donner heureuse et longue vie, en bonne paix et tranquillité «assurée.»

Cette lettre, de même que divers autres éléments de la correspondance de Louise de Coligny, donne une idée de la légitime considération qui s’attachait, tant en France qu'au sein des Provinces-Unies, à son eflicace intervention dans les relations existant entre ces deux pays. Cette intervention était, pour l'ambassadeur de France Buzanval un précieux appui: aussi, avant le départ de la princesse, s'empressa-t-il de conférer avec elle, au sujet des affaires politiques dans lesquelles pouvaient lui venir en aide les judicieuses directions qu'il attendait de son obiigeance accoutumée. Il était donc, à cet égard, tout naturel, qu'après s'être concerté avec elle, il écrivit de La Haye, au roi, le 8 juim 15941: «Sire, je suis en ce lieu, avant l’embarquement de «Madame la princesse, de peur de manquer aux affaires qui «y peuvent survenir, etc., etc.»

Louise de Coligny ne s’absenta des Provinces-Unies, que dans la pensée de servir, en France, les intérêts de ses enfants, et que dans la certitude que le fils qu’elle laissait momentanément derrière elle trouverait d’affectueux protecteurs en son frère aîné Maurice, en son cousin le comte Guillaume ‘et en des amis éprouvés de la maison d'Orange tels entre autres que Buzanval et Barnevelt.

1 Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,952, P 1.

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