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LOUISE DE COLIGN Y.
«que Messieurs les estats vous accorderont quelque honneste «somme d'argent de la généralité; et, après qu'ils en auront «déclaré leurs résolutions, nous les supplierons de permettre «de faire une collecte sur les églises de ces provinces, pour la «subvention des pauvres de vostre ville. Nous espérons qu’il «n'y aura point de difficulté; nous pensons que les remonsctrances des ministres serviront pour obtenir quelque aide «notable, en matière de subvention des pauvres. Voilà, quant à «nostre besogne et espérance. Dieu veuille toucher les cœurs de «tous ceux auxquels il a donné moyen de vous assister, pour «s’y employer selon l'obligation de charité et affection chré- «tienne ».
La démarche accomplie par Louise de Coligny, d'accord avec Taffin et Wtenbogaert, ne demeura pas iInfructueuse : une subvention fut accordée à Genève par les États généraux, et Th. de Bèze, dans une lettre du 48 mars 1593 à Wtenbogaert |, en exprima sa reconnaissance. Mais la détresse de Genève continuant, cette ville fit de nouveau appel aux amis qu’elle et son église possédaient en pays étrangers.
Un agent de confiance, chargé des intérêts des Genevois, fut envoyé dans les Provinces-Unies. Invoquant en faveur de sa mission le patronage de la princesse d'Orange ; il obtint d'elle, qu'à l'occasion d’une tournée qu’il devait faire en Frise, elle le recommandât, le 42 juillet 1593, à son neveu le comte Guillaume de Nassau; ce qu’elle fit en ces termes ? :
«Monsieur mon neveu, cette honnête homme qui vous baillera «cette lettre est député de la part de Messieurs de Genève vers « Messieurs les États de ces Provinces-Unies pour avoir recours «à leurs libéralités, en cette extrême nécessité où leur ville est
‘ Voir Rogge, Brieven van J. Wtenbogaert, eerste Deel, p. 17, n° 27. ? Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2247,
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«réduite. [l a eu très bonne et favorable réponse de Messieurs de « Hollande, et a été trouvé bon, en l’assemblée de Messieurs les «estats-généraux, qu'il se transportàt en chacune province en «particulier, pour tant mieux représenter cette affaire, afin qu'il «en puisse remporter quelque bon fruict. Il s’en va donc, à cette «heure en Frise, et m'a priée de l'accompagner de cette lettre, «par laquelle je vous prie de le vouloir favoriser, en cette si «sainte négociation, qui est, de soi-même, de tel mérite et si «digne que tous les gens de bien et zélés au service de Dieu s’y «emploient, encore que je sais bien que, sans ma recomman- «dation, vous lui eussiez libéralement octroié toute l'assistance «que lui eussiez pu faire. Mon but est donc de lui donner adresse «à vous, et l’ai assuré que ne manqueriez point de lui aider de «toute votre faveur, comme je vous en supplie; et je sais, «qu'en son particulier, vous aurez contentement de sa reconnais- «sance, car c'est un honnête homme, et qui tient rang, audit «Genève; étant conseiller en leur Conseil.»
La princesse ne s'était pas bornée aux démarches qui viennent d'être mentionnées ; elle avait de plus, fait parvenir à Genève un secours pécuniaire, aux mains de Th. de Bèze, ainsi que nous l’apprend ce dernier dans une lettre à Wienbogaert du 29 juillet 1593, Il y dit: « Très honoré frère, tout cest estai «vous est infiniment altenu et obligé pour le grand soin que «vous avez de nos affaires, ainsi que M. Anjorran nous à fait «entendre, combien que l’effect ne s'en soit encores ensuivi, «comme nous eussions bien desiré. . . . . Au surplus la somme «qu'il a plu à Madame la princesse de m'envoyer m'a esté fidèle- «lement rendue. Nostre escole va son petit train, comme elle «peut, parmi les tempestes. . ... Vous n’ignorez, comme je «m'asseure, ce que Satan prétend du costé de France ; en quoy
‘ Rogge, Brieven van J. Wtenbogaert, eerste Deel, p. 20, n° 8.
«nous espérons tousjours qu’il se trouvera trompé; estant bien «besoin cependant que ce prince si rudement assailli à droite et «à gauche, soit assisté de prières très ardentes et assiduelles «que Dieu voudra bien exaucer, comme je le supplie de tout (CMOn CŒUT.» |
Un heureux événement de famille vint, à cette époque, causer une douce satisfaction à Louise de Coligny: l’aînée des jeunes filles dont elle était la seconde mère, et qu’elle avait si parfaitement élevées, Louise-Julienne de Nassau, fut, dans les premiers mois de l’année 4593, recherchée en mariage par l'Électeur palatin, Frédéric IV ; recherche qu'elle accueillit avec l’assentiment de la princesse, du comte Maurice, du comte Jean, auprès duquel elle se trouvait alors, à Dillembourg, et des autres membres de sa famille. | |
La princesse avait fait part de la demande en mariage au roi de France qui y donna sa pleine approbation et la confirma par la lettre suivante, du 8 avril 1593 !: |
«Ma cousine, dès le premier advis que le sieur de Buzanval «me donna du mariage qui se traitait entre mon cousin l'électeur «palatin et ma cousine Madamoyselle Louise, vostre belle-fille, «j'escripvis non seulement à vous et à mon cousin vostre beaufils?, mais audit sieur Electeur, le plaisir avec lequel j'avais reçu «ceste nouvelle, tesmoignant par mesme moyen mon affection à «l’accomplissement de ceste alliance, dont j'ay esté encore plus «aise d'entendre par vos dernières lettres que les choses sont si «advancées, qu'il y a occasion d’en espérer bientost l’effect. Et «pour donner quelques arres- de l’amitié que je porte à madite «cousine, et que ledit sieur Electeur pourra davantage attendre «de moy, par le moyen dudit mariage, j'ay, en faveur d’iceluy,
! Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2209, * Lettre de Henri IV à Maurice de Nassau (Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2209).
«accordé la gratification, à madite cousine, que vous entendrez!, «de laquelle je luy feray bientost sentir le fruict et paroistre «audit Sieur, en toute occasion ce que la considération d'elle «peut adjouster à ma bonne volonté envers luy, comme je luy «en touche un mot par ma lettre que je luy escrips encores à «présent sur ce subject, escripvant, oultre ce, au sieur de «Fresne, mon ambassadeur en Allemaigne, d'intervenir de ma «part au traicté et contrat dudit mariage, s'il est trouvé à propos «de y faire les offices que besoing sera, en mon nom, ne vouloir «rien obmettre de ce qui peut dépandre de moy, afin de le faire «au plustost effectuer , spécialement pour l'affection que je porte «conjoinctement à tout ce qui est de la maison paternelle de ma «dite cousine, avec la proche parenté dont elle m'appartient.»
Alors que s’agitait la question du mariage et qu'il s'agissait à la fois d'assurer à la jeune fille une dot, et de pourvoir, dans son intérêt, à l’acquit de diverses dépenses indispensables, il fallut s'informer auprès des curateurs de la maison mortuaire, de ce qui pourrait lui être fourni, sur ce double point. La princesse d'Orange, d'accord avec la comtesse de Schwwartzenbourg, se chargea d'obtenir d'eux les renseignements nécessaires, ainsi que le prouvent deux mémoires, empreimts du
1 &Aujourd’huy & d'avril 1593, le roy estant à Compiègne, ayant esté «adverty de la conclusion du mariage de Monsieur le prince électeur, «comte palatin du Rhin, duc de Bavière et Madamoyselle la princesse «Louise de Nassau-Bourbon, fille de feu Monsieur le prince d'Orange «et de Madame Charlotte de Bourbon, Sa Majesté ayant fort agréable «ladite aliance , a, en contemplation dudit mariage, fait don à madite la «princesse Louise de Nassau-Bourbon, sa cousine, de la somme de cent «mille livres, qu’elle veult luy estre payée des deniers tant ordinaires «que extraordinaires de son espargne. En tesmoing de quoy sadite «Majesté m'a commandé luy en expédier tous acquetz nécessaires et ce- «pendant le présent brevet, qu’elle a signé de sa main et fait contresigner «par moy, son conseiller et secrétaire d'état. (Signé) Henry, et plus bas, «Potier. » (Archives de la maison d’'Orange-Nassau, n° 2202? ).
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caractère de documents de famille, attestant la sollicitude de la mère et de la tante pour leur fille et nièce.
4° «Mémoire! de certains points mis en délibération par «Madame la comtesse de Schwartzenbourg, concernant Made- «moiselle Louise de Nassau-Bourbon, lesquels Madame la «princesse d'Orange trouve bon estre communiquez aulx députez «de la maison mortuaire de feu Monseigneur, pour avoir sur «iceluy leur bonne résolution.
« Premièrement qu'il leur plaise adviser quelle somme on pourra «promettre pour la dot de Madamoiselle, et qui la promettra, «et où on la pourra assurer.
«Quand et où on promettra de payer ladite dot; et advenant «qu’elle ne se payast au terme promis, comment on se gou- «vernera des intérêts jusques à ce que la somme capitale sera «payée.
«ŒEt comme induübitablement Monseigneur le comte palatin «désirera estre informé des biens de Madamoyselle, quelles «valeurs l’on pourra spécifier et déclarer à Madamoiselle «compéter, tant du costé paternel que maternel, fût-ce en vertu «du testament de feu Monseigneur son père, ou ab éntestat, «ou à aultre titre, pour, ce ensuyvant, coucher le contract de «mariage.
«Finalement estant besoing et nécessaire que, tant que pour «les accoustremens, bagues et joyaulx de Madamoyselle, que «pour les despens en chemin et aultres choses nécessaires, non «Seulement au voyage jusqu'à Dillembourg, mais aussi, donnant «Dieu la grâce que la chose ait bonne issue, jusques à Heydel- «berg, l’on trouve la somme de vingt mil livres de Francfort, «suivant l'estat cy-joint, il plaise à Messieurs les députez aviser «sur les moyens pour trouver ceste somme.»
! Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2202P.
25 «Mémoire ! de ce qui sera nécessaire pour les affaires de «Madamoyselle Louise.
«Premièrement en accoustremens. . . 10,000 florinsfr!. PPIDCHAIDES OL PAM ME seh.0L OOO TE Ses HÉDON OUEN RENTE 2 000 «Bague de mariage, crouselin, ou mé-
«dailles pour le Seigneur. . . . . 8002 DER)
« Présens de bagues , médailles ou crouse- «ins; joyaulx ou vaisselle, pour les «princes, seigneurs, parens, et princi- «paux dépuités.et conseillers, 1.1.4. 4,200 :: » "» «Ung charriot avec six chevaulx et toutes CSS APparlenances Prin n on ral. 0008540 «Despens pour le chemin et aultres extra- «ordinaires, et présens jusques à MAOVelDErS ERA er ARMES ie 000%: 9 »
«Somme, sans dot. . . . 20,000 florins de «Francfort.»
On ignore ce que répondirent les cürateurs de la maison mortuaire, et dans quelle mesure il put être pourvu, tant à une constitution dotale qu’à l’acquit des dépenses ci-dessus spécifiées, en présence de l’état obéré de la succession du prince, et de l'incertitude dans laquelle on était encore des ressources que pourait fournir à Louise-Julienne, la part lui revenant dans la succession de sa mère.
Tout porte à croire que les cent mille livres données par le roi de France à Louise-Julienne constituèrent la plus notable partie de son apport en mariage; et de ce fait il est permis de conclure, à sa louange, qu’elle fut recherchée par l’Électeur palatin, non
Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2202».
pour sa fortune, mais en considération des qualités qui la distinguaient et au développement desquelles Louise de Coligny avait si heureusement contribué.
Les derniers pourparlers et les fiançailles devaient avoir lieu à Dillembourg chez le comte Jean, oncle de Louise-Julienne. La princesse d'Orange et Maurice de Nassau, qui ne pouvaient s’y rendre, chargèrent Marnix de Sainte-Aldesgonde de les représenter ; et ce fut ainsi que ce fidèle ami de la maison d’Orange-Nassau, après avoir, comme nous l'avons exposé ailleurs!, assisté, dans les préliminaires de son mariage, Charlotte de Bourbon, mère de Louise-Julienne, prêta également à celle-ci une affectueuse. assistance, dans les circonstances qui précédèrent son union avec Frédéric IV.
Il était porteur du pouvoir suivant, que lui avaient donné Ja princesse d'Orange et Maurice de Nassau? :
«Nous, Louise de Coligny, princesse douairière dora «comtesse de Nassau, etc., etc., et Maurice, prince audit «Orange, comte de Nassau, etc., etc., salut! — Comme ainsi «soit que, depuis quelque temps, se soient présentés diverses «mentions et entreparlers de future alliance et mariage entre «Frédéric, comte palatin, électeur, duc en la haute et basse «Bavière, et nostre très chère et très aimée belle-fille et sœur, «damoiselle Louise princesse audit Orange, comtesse de Nassau, «etc., etc. ; — que ces pourparlers ont amené à une conférence «sur ce entreprise à laquelle conférence nous eussions tant « voulu assister, mais nous en sommes empéchés. . . . . Char- «geons de nous y représenter, pour règler l'affaire, notre cher «Philippe de Marnix, sieur de Sainte-Aldegonde, etc., etc.»
! Voy. notre publication, intitulée Charlotte de Bourbon, princesse d'Orange, p. 84 et suiv.
? Archives de la maison d'Orange- Nassau, n° 2202c,
Ge pouvoir était accompagné d'instructions précises, remises à Marnixf.
Le 25 juin 1593, Buzanval écrivit, de La Haye à Mornai ? : «Mademoiselle Louise de Nassau fut fiancée, le 20 du présent, «à Dillembourg, avec Monseigneur l'électeur palatin. C’est une « belle alliance pour ceste maison.»
Le mariage suivit de près les fiançailles. «Ledit électeur «palatin, mandait Coignet à Ph. de Morna*, fut marié, à « Dillembourg , avec Mademoiselle Louise d'Orange ; en quoy 1ly «en a eu de bien trompés et aflinés, qui n’espéraient rien moins «que ce coup, encores qu'ils semblassent le désirer. Dieu l’a «voulu pour ung grand bien, notamment de Son Altesse, qui, «sans cela, estoit mal à cheval. Nos ennemis en despitent et re- «doublent, non sans cause, car nous avons au lieu d’une bourse, «pris une bonne espée pour la nécessité. — Dumont a eu com- «mandement de vaquer aux affaires de Madame l’électrice.»
Louise de Coligny élait si charmée du mariage de Louise- Julienne, que son neveu le comte Guillaume, reçut d'elle cette communication* : «Je m’assure que vous participerez bien à la «la joie que j'éprouve de l'heureux mariage de votre chère «COUSINE. »
La princesse avait, en même temps accordé une grande marque de confiance à Louise-Julienne, en l’autorisant à emmener avec elle sa jeune sœur Émilie Antverpiana à Heidelberg et à l’y garder bien longtemps. Nous ne tarderons pas à entendre Émilie elle-même parler de son séjour dans cette ville.
Maurice de Nassau de son côté, disait au comte Jean de Nassau,
! Archives de la maison d’Orange-Nassau, n° 2209c ? Mém. et corresp. de Ph. de Mornai, éd. de 1824, t. #3 P. 457. * Mém. et corresp. de Ph. de Mornai, éd. de 1824, t, 5, p. 545.
* Archives de la maison d’Orange-Nassau, n° 2247. Lettre du 12 juillet 1593.
le jeune: «Aïant, par le discours de vos lettres, bien particulie- «ment cogneu tout le succès de la célébration et solemnisation des «nopces de Madame ma sœur avec Monsieur l'électeur palatin, «aians esté honorés de la présence de tant de seigneurs et de «personnaiges signalés et de qualité, je vous puis asseurer la «joie et contentement que j'en ay receu avoir esté tels et si «grands, que nulles nouvelles plus agréables ne me pourroient cestre veneus ; louant le Seigneur Dieu de ce que tout y a esté «achevé si heureusement, avec entière confiance qu’il y con- «tinuera ses saintes bénédictions. »
Cependant, la princesse d'Orange désirant imprimer une direction nouvelle aux études de son fils, pensait, en 1593, que le meilleur parti à prendre était de le faire participer aux travaux de jeunes garçons de son âge, dans un établissement d'instruction publique, tel que l’université de Leyde, qui se recommandait si bien à ses yeux, que, depuis un an, elle y avait, par son crédit, fait nommer professeur Pierre Dumoulin, et qu'elle aspirait à y voir installé comme directeur un François, que le monde littéraire tenait en haute estime ?.
Elle savait, en effet, que, depuis un certain temps, on tentait d'obtenir du célèbre Scaliger qu'il acceptât le poste honorable que les États généraux lui offraient d'occuper, à la tête de l’université dont il s’agit; mais qu'il hésitait à se prononcer. Dans l'espoir de vaincre ses hésitations, elle lui tint ce langage empreint d'une gracieuse délicatesse :
{ Grœn van Prinstern, Corresp. de la maison d’Orange-Nassau, 2e série, t. 1er, p. 250. Lettre du 21 juillet 1593.
? Vie de Mr Pierre Dumoulin, ministre de l’église réformée de Sedan, écrite par lui-même (Bulletin de la Société de l’hist. du prot. francais, t. 7, p. 180).
3 Archives de la maison d'Orange-Nassau ; etrec. du Nederlandsche Spectator, 1871. — Voir aussi une lettre de Mornai aux États généraux, du 22 août 1593 (Mém. et corresp. de Mornai, éd. in-40, t, 2, p. 341).
«Monsieur Scaliger, j'ay esté priée par MM. de Hollande de «vous escrire touchant un desir qu'ils ont, auquel je commu- * «nique, pour l'obligation et affection que j’ay au bien public de «cest estat. Et, pour cesile même cause, encore que je n’aie cest «cheur de vous cognoistre que par la réputation de vostre savoir «et vertu, si ay-je bien voulu me laisser persuader que ma requeste «ne seroit sans efficace, en vostre endroit. Ce desir qu'ils ont, «et moy avec eux, concerne l’ennoblissement de leur université «de Leiden. Ils ont icy le repos et la tranquillité autant assurée «qu’en nulle région de l'Europe; sujet requis pour y convier «et retenir les muses, Mais ils auroient besoing d’un homme rare «en doctrine, comme vous, pour donner nom et bruit à cette «académie. Il est en vous de la faire fleurir par vostre présence. «Je vous en requiers d'autant plus confidemment, que je «m'asseure ne pouvoir entrevenir aucune considération particu- «lière, bastante à divertir vostre affection de ce bien public que «vous devez procurer avec nous. Et vous puis assurer, Monsieur «Scaliger, que vous serez caressé et honoré, en ce lieu, autant «ou plus qu’en autre province où vous puissiez choisir vostre «demeure; je dy mesme avec telle reconnaissance de vostre «labeur, que vous aurez tout sujet de vous louer de ces Messieurs, «qui ont accoustumé de chérir et priser extrêmement les gens «de vostre profession et qualité. Croyez-m'en, Je vous prie, et me « donnez ce contentement commun d’avoir aidé à cette publique «utilité, et ce particulier, de vous voir en lieu où mon fils ait «ce bien de vous aprocher; car je me délibère mesme de «l’envoier, dans quelque temps, à Leiden. Il commence à «apprendre les lettres ; j'estimerai que vostre seule ombre puisse «beaucoup à le faire devenir savant. Vous quitterés la France ; «mais aussi bien n'est-elle pas maintenant elle-mesme, et vous «en trouvérés icy quelque portion. Quant est de moy, vous «pouvez toujours faire estat de ce qui est en ma puissance, et
«qu’en toutlieu je m'estimeray heureuse de vous pouvoir témoi- «gner le cas que je fais des belles parties que chacun estime en (VOUS. » |
Scaliger finit par accepter; et quand il eut pris possession des fonctions de directeur de l’université de Leyde, la princesse d'Orange lui confia le soin de veiller sur les études que son fils y allait entreprendre. Henri-Frédéric fut alors «envoyé en ceste «université, avec un gouverneur nommé Jean de la Douhes, «Seigneur de Nortwyk, qui prit un très grand som à le faire «instruire dedans les langues et dedans tous les exercices «conformes à sa noblesse et à sa grandeur!»
Au milieu de ses préoccupations maternelles Louise de Coligny ne perdait pas de vue la marche des événements en France, et se montrait toujours prête à seconder, en ce qui dépendait d'elle, les intentions du roi, dans ses fréquents rapports avec les Provinces-Unies. Elle le prouva notamment, dans l'automne de 1593, alors que, la Bretagne se trouvant gravement menacée par l'ennemi, Henri IV autorisa les États de cette province à envoyer dans les Provinces-Unies des Pays-Bas, des délégués, à l'effet d'y conclure certains arrangements qui leur procurassent les secours nécessaires à la défense du territoire. Le jour même où le roi appuyait, par lettre? auprès des États-généraux, la démarche de ces délégués, il écrivit à Louise de Coligny, en confiant appréciateur de son dévouement et de son influence > :
«Ma cousine, l'affaire pour laquelle les états de mon païs de «Bretagne envoient leurs députez vers Messieurs des états des «Provinces-Unies, me touche si avant que, cognoissant vostre «affection en tout ce qui regarde mon service, je vous ay bien
! Commelyn, Vie de Henry Frédéric, p. 2 et 3.
* Lettre du 20 novembre 1593 (Recueil des lettres missives de Henri'IV, t. 4, p. 57).
* Recueil des lettres missives de Henri IV, t. 4, p. 58.
«voulu escrire ce mot, pour vous prier de la vouloir employer «en ceste occasion, pour en faciliter un bon succès auxdits «députez, comme en chose qui tend entièrement au bien de «mondit service, et en laquelle vos bons offices me feront un «singulier plaisir.»
Non moins modeste que dévouée, la princesse répondit ! :
«Sire, sy le retour de M. de Morlas fust agréable à Vostre «Majesté, pour luy avoir portè assurance des bonnes voulontés «que M. le prince Maurice, mon beau-fils, et aussi ceus «de cest estat continuent à son service, Je croy que celuy «du sieur Calvart, ne le sera moins, puisqu'il vous porte , Sire, «assurance des effets qu'ils desirent vous en rendre, que pleust «à Dieu que leurs moyens égalassent leurs voulontés ; Vostre «Majesté en tireroit de plus grandes utilités. Tousjours, Sire, «je sçay qu'ils tiennent à pair les affaires de Vostre Majesté et «les leurs propres. Que sy une misérable servante y peust appor- «ter quelque chose, Vostre Majesté me fera, s’y luy plaist, «cest honneur de croyre que c’est la plus ordinaire et agréable «occupation en laquelle j'emploie ma vie, et à rendre mon fils «digne de l'honneur qu'il vous plaist luy faire, par les lettres «dont Vostre Majesté m'a gratiffiée. |
Ce fils était alors dans sa dixième année. Au bienveillant intérêt que manifestait pour lui le roi de France, s’alliait, en faveur de son développement moral et intellectuel, la sollicitude de Ph. de Mornai, qui, en digne ami de la princesse d'Orange, dont il connaissait le noble cœur, adressa directement au jeune Henri-Frédéric, le 19 décembre 1593, ces lignes mémorables ? :
«Monsieur, j'ay à vous remercier, premier que vous avoir «fait aucun service; mais vous avez voulu obliger de bonne
1 Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,950, fo 19.
? Mém. et corresp. de Mornai, éd. in-49, t, 2, p. 378.
«heure celui qui, de longtemps, avait voué son affection à la «vertu des vostres, et qui la dédie par celle-ci à l'espérance toute «certaine de la vostre. Peu de grands en la chrestienté se «peuvent vanter de tels titres que vous ; issu de ces deux héros «que Dieu à suscités, en nos jours, pour la défense de son église, «en France et aux pays-bas. Je vous vois, et ce vous soit augure, «succéder à cette bénédiction, et me promets que ce qui a esté «commencé en eux et par eux, sera, un jour, continué, à bon «escient, et avancé par vous. Proposez-vous donc, dès vostre «entrée, ce bel exemple, et vous mirez, tous les jours, en ces «grands hommes-là. En leurs vies vous formerez la vostre à «piété, à prudence, à justice ; en leurs travaux goûterez plus «de plaisir, en leur mort même, plus d'honneur qu’ès délices et «vanités de plusieurs autres ! Je prie Dieu, de tout mon cœur, «qu'il vous bénisse et m'exauce. — Vostre très affectionné, «héréditaire serviteur.»
Oui, précieuse hérédité à recueillir par le jeune prince dont l'excellent Ph. de Mornay avait tant aimé l’aïeul et le père , et dont il aimait tant la mère. Ses paroles allerent droit au cœur de celle-ci.
Quelles magnifiques paroles inscrites encore dans une lettre de Mornai à Sainte-Aldegonde, vers la même époque !
«Monsieur, en ces ennuis publics, je ne trouve consolation «qu’en la conférence des bons, et, entre ceux-là, je vous tiens «des meilleurs, mesmes, en la meilleure partie que j'estime le «désir de la gloire de Dieu et de l'avancement de la vraie chres- «tienté, avec cela J'aime mieux soupirer profondément, que rire «effusément avec les autres, parceque le plus souvent Dieu se «rit de nos ris ; et au contraire exauce nos gémissements et nos «larmes. Doutés-vous que ces changements ne m'aient percé «jusques à l'âme? Pensés-vous que j’appèle prospérité ce qui «ne réussit; J'ai toujours plus craint, et Dieu le sait, ses grâces
«que ses chastimens, parceque ceux-cy nous rappellent vers «lui; celles-là nous endorment en nous mesmes. Et pourtant je «tremble aujourd’hui de tant plus, et pour le roi, et pour l’estat. «Mais Dieu seul soit arbitre de ses jugemens et de ses miséri- «cordes. En particulier, Monsieur, faites-moi toujours cest «honneur, de m'aismer, et croiés que je vous honore unique- «ment, etc., etci.
À entendre Mornai, ce français d'élite qui lui parlait, Henri- Frédéric sentit s'accroître en lui le désir de voir de près cet ami vénérable et la patrie au service de laquelle il avait consacré sa vie. Mais ce désir ne devait être satisfait que plus tard; car Louise de Coligny qui, vers la fin de l’année 1593 se proposait de faire un voyage en France, comptait n'y amener avec elle que deux de ses belles-filles, Élisabeth et Charlotte-Brabantine. Elle tenait à ce que, pour le moment du moins, Henri-Frédéric restât en Hollande, et qu'il y continuât sans interruption, ses études à l’université de Leyde.
La princesse entretint de son projet de voyage le roi de France, en ces quelques mots? : «Sire, si vostre séjour eust été «plus long à Dieppe ?, Vostre Majesté eust cogneu que le sieur de «Morlas ne vous a pas représenté, et à Madame vostre sœur, «plus d'affection que j'en ai d’aller rendre les devoirs d'une «très-humble subjecte; car l’hyver ne m eust sçeu empescher «que je n’eusse passé la mer pour satisfaire mon âme de la chose «du monde qu'elle désire le plus. Mais, puisque mon malheur «a voulu que j'aye manqué à ceste occasion, je veux croyre, «pour mon contentement, que Vostre Majesté et Son Altesse «n’eslongueront encore de beaucoup ces contrées, et qu’à ce
! Mém. et corresp. de Mornai, éd. in-4, t. 9, p. 399.