‹ Louise de Coligny princesse d'OrangeChapitre 39 sur 64 · NOR · texte numérisé non relu

NOR

Quelques mots d’abord sur deux des ascendants de Charles de Téligny.

Son aïeul paternel François de Téligny, sénéchal de Rouergue et de Beaucaire, a laissé dans l’histoire un nom recommandable. «Ce Monsieur de Téligny, dit Brantôme!, fut en son temps, «estimé et réputé pour un très sage chevalier et bon capitaine, «et qui servit bien ses roys, deçà et delà les montz. Il fut gou- «verneur, pour quelque temps, de l'estat de Milan. .... Il se «comporta en ceste charge si sagement et modestement, qu'il «n’y perdit pas un seul poulce de terre, mais très bien garda ce «qu’on luy avoit donné en charge, et si contenta tout le peuple «delà, et ne leur donna jamais subject de révolte. Lorsque M. de «Nemours vint secourir Bresse (Brescia), et qu'en chemin «J, P. Daillou, général fut deffaict, il menoit les coureurs avec «M. de Bayard qui avoit la fièbvre ?, et tous deux firent la charge «si furieusement, qu'ils esbranlarent le reste, dont le gros eut «bon marché. Il garda aussi très bien Therouanne d’un siège «de neuf sepmaines, y estant lieutenant du roy Louis XII,

! Éd. L. Lal.,t. 5, p. M8.

* Chronique de Bayart par le loyal serviteur, chap. 49, ann, 1512.

QJà où se donna la journée des éperons!. Enfin ce M. de Téligny, «assez aagé, vint mourir en Picardie, en une charge qu'il fit «contre les ennemis, où nul n'y fut blessé ny tué que luy seul, «afin que ceste rencontre fust remarquée et signalée seulement «par la blessure et la mort d’un si bon capitaine; car pour «autre chose ne pouvait-elle pas estre, pour rencontre si légère «et petite.»

Il s’agit là d’une circonstance de beaucoup antérieure au siège de Saint-Quentin en 1557, lors duquel succomba, après avoir été grièvement blessé dans une sortie, un officier du nom de Téligny. Get officier était, non pas, comme on l’a prétendu à tort? François de Téligny, de qui il vient d’être parlé, mais bien Charles de Téligny, chevalier, seigneur de la Salle, souslieutenant de la compagnie du Dauphin. Il servait sous les ordres du glorieux défenseur de la place assiégée, et il fut assisté par lui, à ses derniers moments“.

1 «Pour icelle garde estoient commis deux gaillards et hardis gentils- «hommes, l’ung, le seigneur de Téligny, séneschal de Rouergue, cappi- «taine saige et asseuré, et ung autre du pays mesan, appelé le seigneur «de Pont-Rémy» (Chron. de Bayart par le loyal serviteur, chap. 57).

2 Le Laboureur, Addit. aux Mém. de Castelnau, in-fol., t. 2, p.978. — Vie de Coligny, Cologne 1686, p. 176,

8 Telles sont les qualifications qu’attribue à Charles de Téligny le P. Anselme (Hist. généal. et chronol., t.3, p. 643), en ajoutant que ce même Téligny eut pour femme Marie de Bussa, veuve de René de Laval. — Les diverses personnes qui, dans le cours du seizième siècle, ont porté le nom de Téligny sont mentionnées par le P. Anselme, aux t. 3, p. 640, 643, 645, t. 4, p. 749, t. 6, p. 783 et t. 7, p. 13 et 153 de son ouvrage. | ;

4 Voir ce que rapporte, à cet égard, Gaspard de Coligny dans le récit qu’il a laissé du siège de Saint-Quentin, et que nous avons reproduit dans notre publication intitulée : Gaspard de Coligny, amiral de France, t. 4e, — Voir aussi les Vies des hommes illustres de la France, t. 14, p. 133 à 137. — Il existe une lettre du 23 septembre 1555 adressée au connétable par Charles de Téligny, sous-lieutenant de

. De l'union de François de Téligny, avec Charlotte de la Haye naquirent une fille, Renée de Téligny, qui épousa, le 11 août 1542, Jean du Plessis, chevalier, Seigneur de la Parine!, et un fils, Louis, sieur de Téligny, de Lierville et du Chastellier, qui entra de bonne heure dans la carrière militaire, se distingua, en 15/44, à la croisade de Boulogne ? et devint guidon du duc d'Orléans. are

Par son mariage avec Arétuse Vernon, fille de Raoul de Vernon, sieur de Montreuil-Bonnin, grand fauconnier de France, et d'Anne Gouflier, Louis de Téligny s’allia aux maisons de Montmorency, de Châtillon, de Condé et de la Rochefoucauld. - En effet, Anne Gouflier était fille de Philippe de Montmorency, femme de Guillaume Gouflier, laquelle avait pour nièce Louise de Montmorency, maréchale de Châtillon, mère de la comtesse de Roye, d’Odet, de Gaspard et de François de Coligny, et aïeule d'Éléonore de Roye, princesse de Condé, ainsi que Charlotte de Roye, comtesse de la Rochefoucauld. Louis de Téligny devint ainsi cousin par alliance de la maréchale, de ses enfants et petits enfants, dont Arétuse Vernon était la propre cousine. |

La carrière qu'avait embrassée Louis de Téligny ne fut que trop tôt entravée par une gêne pécuniaire dans laquelle l’entraîna une générosité mal entendue ; gêne que l’âpreté de ses créanciers transforma finalement en une situation désastreuse, dont il sup-

porta les rigueurs avec constance et dignité. «Ce fort honneste.

la compagnie du Dauphin (Bibl. nat. mss. f. fr. vol, 3155; fr 72), et deux lettres de l'amiral à Briquemaut et à de Humiêres des 3 janvier 1549 et 27 avril 1557 (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3128, fo 24 et vol. 3144, f°7) dans lesquelles il parle de Charles de Téligny.

P. Anselme, Hist. généal. et chronol., t. 4. p. 749.

* Montluc, Comment., éd. de Ruble, t. 4er, p. 193.

* Le Laboureur, Addit. aux mém. de Castelnau, t. 2, p. 578.

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«gentilhomme de fils, raconte, à ce sujet Brantôme!, imita le «père en valeur, en sagesse, et pour estre tel, il fut en ses jeunes «ans, guidon de feu M5 d'Orléans, dont il s’en acquitta si digne- «ment, que, pour se faire paroistre en ceste charge, s’enfonça si «fort en de si grandes debtes, comme sont coustumiers les jeunes «gens, que ses créditeurs le poursuivirent estrangement, fut «contraint d'abandonner la France et se retirer à Venise, où, de «mon temps, je l’ai vü ; et si monstroit encore, en sa misère et «pauvreté un courage bon et point encore ravallé. Il y est mort «pourtant en cest estat ?.»

Louis de Téligny eut d’Arétuse Vernon deux fils, dont l’aîné reçut le nom de Charles, et une fille à laquelle fut donné celui de Marguerite.

Où et quand naquirent ces trois enfants ? où, par qui et comment furent-1ils élevés ? Vécurent-ils, pendant un certain temps, séparés ou non, soit de leur père et de leur mère, soit seulement de l’un d’eux, depuis que Louis de Téligny se fut retiré en Italie ? ces diverses questions sont jusqu'à présent demeurées, pour nous, sans réponses.

Ce que nous savons du moins, c'est que Charles de Téligny, dès sa plus tendre jeunesse, se trouva placé sous le bienveillant patronage de Gaspard de Coligny. L'affection que, pénétré de reconnaissance, il avait vouée à l'amiral, et la vénération qu'il lui témoiguait, loin de porter la moindre atteinte à ses relations de famille, n'avaient fait que les fortifier. Il n'eut qu'à se souvenir des leçons qu'il avait reçues au foyer de Gaspard de Coligny et de sa digne compagne, Charlotte de Laval, en qui il avait rencontré une seconde mère. Un cœur aimant et dévoué, telque

1 Éd. de L. Lal., t. 5, p. 420.

2 Selon de Thou (Hist. univ., t. 4, p. 490) Louise de Téligny vivait encore en 1571.

le sien, dut porter haut le sentiment de la piété filiale : aussi, nul doute qu'il n’ait constamment saisi avec ardeur toute occasion qui s'offrit à lui de visiter, dans sa solitude, le père bien aimé auquel la force des circonstances avait imposé une pénible expatriation, Si aucuns détails ne nous sont fournis sur ce point, les conjectures les plus favorables sont du moins pleinement autorisées. En voici une parmi plusieurs autres, relative à un voyage que Charles de Téligny fit au-delà des Alpes, peu après la mort de François IT. Il est permis de croire que ce fut au retour d'une excursion à Venise, où il était allé porter à son père les témoignages d’une pieuse affection, qu'il se rendit en Savoie, en février 1561.

Quelques faits permettent de conjecturer, ce que fut, à d’autres égards, Charles de Téligny. On aime à le voir, plein de sollicitude pour son jeune frère, déjà pourvu d’un précepteur, quant à ses premières études, chercher à lui assurer, sous une forte direction, le bienfait d’une éducation chrétienne. Honoré, grâce à l'intermédiaire de l'amiral, du privilège de soutenir, depuis quelque temps, une correspondance avec Calvin, toujours prêt à éclairer de ses conseils la jeunesse, aussi bien que l’âge mûr, il s'adressa au grand réformateur en ces termes?: «Monsieur, «combien que je ne sçache, pour ceste heure, chose qui mérite «de vous estre escrite, si n’ay-je voulu laisser aller mon frère, «lequel j'envoie à Genève pour esludier, sans l’accompagner de «ce mot, pour tousjours me ramentevoir en vostre bonne grâce

! Voir les lettres de Calvin au duc de Longueville et à la marquise de Rothelin, des 26 mai et 22 août 1559 (Corresp. francç., t. 2, p. 265, 267, 286); au prince de Portien, du 8 mai 1563 (ibid., t. 2, p. 505); à François-Daniel, des 25 juillet 1559 (ibid. t. 2, p. 284); 26 novembre 1559 et 13 février 1560 (Biblioth. de Berne, collect. Bongars, vol. 141, p. 47, 49).

* Archives de M. Tronchin, Genève.

«et vous Supplier bien fort, Monsieur, de l’avoir pour recom- «mandé, luy faisant et à moy tant de bien de le reprendre quel- «quefois, l’advertissant par vostre bon conseil de son debvoir, «à ce qu'il puisse profiter non seulement aux lettres, mais «principalement en la crainte de Dieu.» Les sentiments du jeune chrétien percent dans cette lettre si simple et si respectueuse, qui se termine par la demande d’un ministre en faveur d’une église que des relations de famille lui rendent doublement chere.

Charles de Téligny n’était pas moins attaché à sa sœur qu’à son frère. Son amitié pour Marguerite s’étendit naturellement à l'homme distingué dont elle devint la compagne, et auquel il se sentit avec bonheur uni par d’indissolubles liens. Il y eut entre lui et François de Lanoue, devenu son allié, et voué à la même carrière que lui, plus qu'un rapprochement occasionnel, plus même qu'une fraternité d'armes ; 1l y eut une véritable fraternité de cœur. Rarement, en effet, deux jeunes hommes furent mieux faits pour s'aimer d’une vive et stable affection, basée sur une entière conformité de sentiments, de convictions et de caractères, que ne le furent le frère aîné et le mari de Marguerite de Téligny : aussi, le seul nom qu'ils se donnaient, dans l'intimité de leurs relations, ou en parlant l'un de l’autre, était-il toujours celui de frère, dont l'emploi entre eux se justifiait si bien?. |

1 Montreuil-Bonnin, localité à laquelle se rattachaït une possession des ascendants de Charles de Téligny. Arétuse Vernon, sa mère, était dame de Montreuil-Bonnin, à titre d’héritière de son propre père, Raoul Vernon, sieur du dit Montreuil (Voy. le Laboureur, Addit. aux Mém. de Castelnau, t. 2, p. 577). Charles de Téligny lui-même devint seigneur de Montreuil-Bonnin (Voy. du Bouchet, Hist. de la maison de Coligny, p. 577 à 581).

2 De Lanoue, Discours politiques et militaires. Bâle 1587, p. 635.

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Lettre de Legresle à Musculus, 17 octobre 1576.

(En original à la bibliothèque de Zofingue; en copie, à la bibliothèque de Zurich, collection Simler, vol, 135).

«D. v. pietate et doctrina insigni D. D. Musculo, theologo «summo, et Bernensi Ecclesiæ pastori primario. Bernæ.

«S. nostrum iter secundavit Dominus, cujus ductu et aus- «picio, ego prior ad XXI diem Jul, tum subsequenter heroïs «Thellignia ad X septembris, cum toto comitatu, incolumes huc «pervenimus, ubi quieta satis omnia, ut in vasto et pro alloso re- «rum prelogo offendimus. Expectatur cupidissime trium ordinum

«conventus, qui in XV diem novembris indictus est. Hujus r quam faustus et auspicatus est exitus futurus haud quaquam «prævyidere varia nostrorum studia, et occulta tam horum tam Qillorum consilia sinunt. Nam plerique omnes Romanæ religionis <alumni, qui nostris partibus adversantur, cœlum terræ mixeant «potius, ut palam dictitari audio, quam ullum veræ pietati «locum in Galliæ finibus concessum videant. Contra nostri fortiter «se comparant, ut regem supplices orare obtestarique non desi- «nunt, ut recentium malorum e quibus viadum emersimus «memor nostram nobis libertatem tueri et conservare velit. Huc «propensum quidem 1llum complures autumant, et multis con- «jecturis haud obscure probant ; addunt eodem conspirare regi- «nam matrem, quæ post octiduum Lutetia se in viam dedit ad «ducem fillum, de formando et stabiliendo rerum statu cum ipso Cactura. »

«Merlinus noster ad comitem Lavallem se contulit, inde «Rupellas, ut opinor, iturus. Instat tabellarius ut manum de «tabula necesse habeam.

«Tu observande pastor, Gracilem tuum fac complectare, ut «solus à quo vicissim quam diligenter colaris, non est quod «dubites. Zerkinthem, virum prudentia, pietate et doctrina

«conspicuum, fac, quæso, meis verbis salutas, cm Marcuardo

«et Hortino. Salutat te quam deligentissime heroïs Thellignia, «cum collegis. Vale.

Castilloni XVII octobr. 1576

«Tui Observantiss. St. Gracilis (Legresle).»

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SRE

Guillaume de Nassau au duc de Montpensier. 27 juillet 1582. (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3344, fo 48.)

«Monseigneur, depuis le partement du sieur de Rochefort «de ces quartiers, j’ay reçeu les lettres qu'il vous a pleu «mescripre, le 9° jour du mois présent, m’ayant, pour deux «raisons, esté très agréables, l’une, pour y avoir veu les nouvelles «de vostre bonne disposition, laquelle je prie Dieu vous conserver - «encores longues années, l’aultre, pour y avoir, oultre tant de «bons tesmoignages précédens, si clairement cogneu la conti- «nuation de vostre bonne et entière affection en mon endroict, «m'en sentant, à ce regard, d’aultant plus obligé pour le déser-

Qvir par tous les moïens et occasions qui se pourront jamais

«présenter pour vous faire humble service, à quoy je vous prie «croire, Monseigneur, que je serai tousjours autant prest et «volontaire que vous le sçaurez desirer. — Quant au voïage de «ma fille, à laquelle il vous plaist faire ce bien et honneur de «l’accepter chez vous, dont je ne pourrai jamais assez humble- «ment vous remercier, je vous prie me faire entendre le temps

«que vos gens, dont vos lettres font mention, pourront estre à «Gallais, afin que, pour le mesme temps, je puisse aussi faire «acheminer pardelà madite fille, estant desjà, passé quelques «jours, preste pour s'y acheminer, pour estre puis après con- «duite et amenée jusques à vous, etc., etc.»

Le même au même. 5 septembre 1582. :

(Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3406, fo 18.)

«Monseigneur, j'ay reçeu celles qu'il vous a pleu m'escrire de «Paris, par lesquelles j’ay entendu vostre bonne disposition, qui «est la nouvelle la plus agréable que je sçaurois recevoir de ce «monde ; et d’aultant que j'entends aussy par icelles qu'il vous «plaist avoir ma petite fille, je la feray tenir preste avec ceux «qui la conduiront jusques au lieu où ils auront cest honneur «de la mettre en vos mains et de Madame, et la feray partir, «s'il plaist à Dieu, de ceste ville, le quatorzième de ce mois, «pour estre à Callais, quatre jours après, moyennant que le «vent soit à propos. J'espère, suivant ce qu'il vous a pleu me «mander, qu'elle trouvera quelque coche ou litière pour la porter. «Quant à mes aultres filles, d’aultant que je n'en ay encores «pris aulcune résolution, il vous plaira prendre en bonne part «si, par ce voïage, je n’envoye que l’une. Il n’est besoing, Mon- «seigneur, de m'asseurer du bon traitement, car ayant cest «honneur d’estre vostre fille, je ne doubte qu'il vous plaira «commander qu'on en ait le soin tel qu'il appartient. J'espère «avoir ce bien de veoir, de brief, Monsieur le prince, auquel je «desire faire bien humble service, comme il vous plaira, Monsei- «gneur, d’estre asseuré, etc., etc.»

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