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LOUISE DE COLIGNY. 429 TS PP ee NP OA pe à EM AR 0 à «donnés contre le feu sieur de Chastillon, admiral de France, «déclarés nuls par l’édict de l’an 1577, déclarations depuis « faictes sur iceluy, ès années 1594, 1598, soient non seulement crayez et biffez, et mis hors des greffes, tant des cours de par- «lement, que autres jurisdictions, mais entièrement supprimez, «sans qu’il en puisse demeurer aucune marque, à l’advenir, non «plus que de chose non advenue; conclusion du procureur- «général du roy, et tout considéré ;
«Ladicte cour, entérinant lesdictes lettres, conformément «auxdicts Edictz, a ordonné et ordonne que les procédures, carrests et jugemens donnés contre ledict deffunct sieur admiral «de Chastllon, seront supprimés et ostés tant du greffe de «ladicte cour, que autres.
«Faict en parlement, le 14° jour de juillet, 1600.
La princesse d'Orange avait pris toutes les mesures nécessaires pour que l'arrêt dont elle attendait le prononcé reçüt une exécution immédiate, et ces mesures furent couronnées d’un plein succès. La preuve en est dans le généreux empressement que mit le parlement, tenant à déférer aux désirs de la fille du grand homme dont il tenait à honneur de réhabiliter la mémoire.
En effet, à peine l’arrêt venait-il d’être rendu, que le procèsverbal suivant fut dressé ! :
«L'an 1600, le vendredi, 44° jour de juillet, à nous Estienne «de Fleury, conseiller du roy, en la cour de parlement, et com- «missaire commis par icelle, en ceste partie, a esté de la part de « Louise de Coligny, princesse d'Orange, présenté certain arrest, «d’aujourd’huy donné sur lettres-patentes du roy, par lequel est «ordonné que toutes les procédures, jugements et arresis, tant «grosses que minutes, faicts et donnés contre le deffunct admiral «de Coligny, seront supprimés et ostés des greffes et registres,
1 Bibl, nat, mss. f. fr. vol, 3256, f° 34.
«tant de ladicte cour, que autres jurisdictions. Exécutant lequel carrest, nous ont estés présentés par maistre Renaudosse, com- «mis au greffe de ladite cour, toutes ces procédures, tant grosses «que minutes, faictes contre ledict deffunct de Coligny, en- «semble les minutes de deux arrests de condamnation donnés «contre iceluy de Coligny, ès années 1569 et 1572; toutes «lesquelles procédures et minutes avons fait lacérer et supprimer, «suivant ledict arrest, dont Diognis Chamaillard, maïstre d'hôtel, «pour ladicte dame princesse d'Orange, nous a demandé acte, «à luy octroyé, pour servir à ladite dame et tous autres, en «temps et lieu, ce que de raison. (Signé) Fleury.»
Ce fut ainsi, qu’en 1600, les membres du parlement de Paris, non seulement désavouèrent, mais même mirent à néant les monstrueuses décisions rendues par leurs devanciers, en 1569 et 1572, ainsi que tout ce qui s'y rattachait. Dès lors, après de longues années de persévérants efforts pour obtenir la réhabilitation de la mémoire de son père, Louise de Coligny, désormais assurée du succès, put enfin se recueillir, devant Dieu, dans le sentiment d'un grand devoir accompli.
Ici, quel précieux enseignement n’y a-t-il pas à déduire de l'aspect d’une attitude morale et religieuse telle que celle de cette digne fille de l’amiral de France et de Charlotte de Laval! quelle nest pas la splendeur des horizons que son noble cœur ouvre aux nôtres !
La piété filiale, qu'inspire la foi chrétienne, est, dans sa fidélité, plus forte que la mort. Au-delà de la séparation momentanée, qu'impose celle-ci, elle contemple d’un regard assuré, la vie supérieure de l’âme, gage suprême de la permanence des affections que la bonté de Dieu a, dès ici-bas, consacrées. Quel privilège ! et qui, mieux que Louise de Coligny, put en mesurer l'étendue! Depuis vingt-huit ans, elle tenait serrées, en son cœur ces touchantes paroles, que lui avaient transmises le testament
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de l'amiral: «Ma fille a pu connaître, combien je l’aime», et, quand vint le jour de la réparation solennelle, véritable triomphe de son amour filial, avec quel bonheur, s’élevant par la pensée jusqu à la patrie céleste, ne se sentit-elle pas, à son tour, autorisée à se dire : « Mon père peut, maintenant, plus que jamais, «connaître combien je l’aime!»
Ah! si nous savons, pour l'avoir appris de Dieu même, ce que c'est qu'aimer, inclinons-nous avec une respectueuse sympathie, en présence de ce pieux élan d’un grand cœur vers un autre ; et demeurons convaincus de l’inaltérable stabilité de toute affection sacrée dont le couronnement est au ciel !