LOUISE DE COLIGNY. A
«de très haulte et très louable mémoire, et mesmes pour l'afflic- «tion extrême en laquelle sentez estre réduite Madame la prin- «cesse, par la perte de son bon mary, qui tant l’aimoit et honoroit ; «considérant vostre seigneurie la conséquence dudict assassinat «en un personnage si signalé, et meu, d’aultre part, par nature «et affection fraternelle, dont, pour l'obligation que nous debvons «à la très honorable mémoire de Son Excellence, remercions bien «aflectueusement vosire seigneurie. Et combien que la perte «que nous avons faicte de la personne de Son Excellence nous «soit si griève que la mort, pour tant de bienfaicts et services «qu'il a faict à ces pays, sy louons-nous le Seigneur Dieu de ce «que, encoires que un roy tyran a estendu sa main sanglante sur «la personne de Son Excellence, qu'il ne sçaura, pour ce, oster «ni à jamais effacer de la mémoire des gens vertueux et crai- «gnans Dieu, ses actions saintes et héroïques pour la défense «de la saincte religion et la liberté de nostre patrie. De nostre «part, nous travaillons et rendons toute peine pour nous revenger «de ce cruel et malheureux meurtre ; et n’espargnerons riens de «nos moïens, confians que le bon Dieu assistera nostre juste . «querelle. Madame la princesse et son enfant nous sont très bien «recommandez, avec tout ce qui leur appartient, et soignerons «de leurs personnes selon que sommes obligez et en desirons res- «pondre à vostre seigneurie et à tout le monde, en recognois- «sance de tout ce que vostre seigneurie nous recommande, et «avons promis et asseurés lesdicts sieurs de la Valcaresse et S'- «Laurent nous ont aussy bien particulièrement faict entendre la «bonne affection que vostre seigneurie porte au bien de ceste «cause commune, dont vous remercions bien affectueusement, «vous asseurant qu'il n’y à chose qui nous pourroit estre plus à «gré, que de sentir les effects de ceste vostre dicte délibération. «Et comme ces pays sont pour traicter avec le roy très chrestien «de France pour l’accepter pour prince et seigneur, sur certaines
«conditions et articles, nous prions vostre seigneurie bien affec- «tueusement nous favoriser en cecy tant avec son crédit et assis- «tance et intercession de tous ses parens et amis, aflin que Sa «Majesté soit servie nous accepter pour ses très humbles et très «obéissans subjects ; à quelle fin nos députez sont sur leur par- «tement pour aller trouver Sa Majesté, faisant estat que ceste «conjonction sera une perpétuelle et ferme asseurance des églises «de France et de ces pays, et le vray moyen par lequel vostre «seigneurie aura occasion de revenger ledit massacre abomi- «nable, etc., etc.»
Lettre du maréchal de Montmorency aux Etals généraux.
2 octobre 1584.
(Archives du royaume de Hollande.)
«Messieurs, je porte un extrême regret en la perte de feu M. le «prince d'Orange, qui m'est commune avec vous, pour l’amitié «particulière qu'il m'avait toujours portée, et l'alliance qui estoit «entre sa maison et la mienne, par le moyen du mariage d’entre lui «et Madame la princesse, sa veuve, ma cousine. Et ce qui augmente «encore plus mon ennuy, est celuy que je sçay que souffre madite «dame la princesse, pour se voir privée de la compaignie de ce «prince, dont elle avait reçu tant d'honneur, et qui l’avoit si «chèrement aymée ; ce qui me faict vous supplier bien humble- «ment, Messieurs, que vous représentant devant les yeux les «peines et grands travaux qu'il a prins pour vous, jusques à y «avoir achevé sa vie, l’extrème et cordial amour qu'il vous a «tousjours porté, qu’il vous plaise, puisque vous n'avez moyen «d’user de recognoissance envers luy, qui n’est plus, que ce soit «aumoins à l’endroict de ma dite dame princesse et de son fils «qu'il a laissé, que je’ vous supplie les en vouloir faire ressentir, «et les avoir en singulière recommandation, obligeant par ce
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« moïen les meilleures maisons de France, à qui ilz appartiennent, «d'en prendre leur revanche, ce qu’elles feront très volontiers «en tous les endroicts où elles penseront vous pouvoir servir, «et que l’occasion s’en présentera, et singulièrement moy qui «la rechercherai, en attendant qu'il vous plaise m’en donner «les moyens, par le désir que j'ay de vous faire cognoistre «combien j'estimerai les faveurs que madicte dame la princesse «et son fils auront reçues de vous; à quoy, pour cest effect, «J'offre ma personne, mes amys et mes moïens, etc., etc.»
Letire des États généraux au maréchal de Montmorency.
16 novembre 1584.
(Archives du royaume de Hollande.)
«Monsieur, nous avons reçu une lettre de vostre seigneurie, «du 2 d'octobre dernier, par les mains de MM. de la Valcaresse cet de S'-Laurent, lesquels en conformité d'icelle, nous ont claire- «ment fait entendre le regret que Vostre Excellence a prins «par les tristes nouvelles du malheureux et cruel assassinat «commis en la personne de feu Monseigneur le prince d'Orange, «elc., etc.»
Nota. Le texte de cette lettre au maréchal est, en tout semblable à celui de la lettre adressée par les États généraux à Fr. de Chastillon, le 4/4 novembre 1584.
NOVET:
HENURE remise aux curateurs de la maison mortuaire du prince d'Orange. 15 janvier 1586.
(Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2154.)
«Instructions pour Messieurs Diederich van Nieuwenbuch, «conseiller au grand conseil d'appel d’'Hollande, Leenart Casen-
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«broot, conseiller au conseil provincial dudit Hollande, et Marcq «de Seelant, conseiller et p' général fut de Son Excellence de «très louable mémoire, suivant laquelle il se verront à régler, «comme curateurs de la maison mortuaire de Son Excellence, «durant leur charge et commission, qui expirera au terme de «Pasques de l'an 1587.
«Premier, sera mis entre les mains desdits curateurs par «Messieurs du conseil d’Hollande l’estat des biens et terres «contenant aussi les debtes d’icelle maison, ensemble l'inventaire «des biens meubles et autres ÿ appartenant, qui furent mis «entre les mains dudit conseil par Messieurs les administrateurs «provisionnels de ladite maison, au mois de septembre dernier.
«tem, pour plus assurément pouvoir besoigner en la dite «charge, et aussi pour estre mieux informez de la valeur présente «et revenus desdits biens, et de la qualité des debtes et préten- «tions sur iceux querellez et demandez, manderont incontinent «aux officiers et receveurs comptables, qu’ils aient à envôyer en cleurs mains l’estat particulier de leur administration jusques et «compris l'an 1585; et feront, par edict de la cour, s'il est «besoing, appeler tous les créditeurs prétendans droit à ladite «maison, de comparoir, dans certains termes, ou envoyer en «leurs mains les pièces en vertu desquelles il se pensent fondés, «ou dumoins copie authentique d'icelles, pour après estre «ordônné sur la préférence au concurrence, comme ils le trou- «veront convenir. |
«Ensuivant quoy, lesdits curateurs feront païer par le trésorier «de ladite maison mortuaire lesdites debtes le plus également «qu'il sera possible, à tels termes qu’ils sçauront préalablement «accorder et convenir avec lesdits créditeurs, mesme comme cy «aprèssera dit et déclairé plus amplement, leur remonstrantque les «Exec de Madame la princesse, Monseigneur le comte et Made-
«moiselle d'Orange, par eux et leurs consorts ont cèdé beaucoup « de leur droit, pour le temps de cette curatelle, à ceste fin expresse «que parlà les dits créditeurs se polroient resentir de leur bonne «volonté et desir qu'ilz ont qu’ils soyent accommodés, à condi- «tion néanmoins, si lesdits créditeurs ne veulent condescendre «à raisonnable accord, que leurs Exc‘” entendent demeurer en «leur entier droit.
Item, feront lesdits etc., etc.
Îiem, etc., etc.
Item, etc., etc.
« Entre lesquels créditeurs personnels l’on n’entende que soient «comprins ceux qui dépendent de la cause commune, et à cause «des deux expéditions de guerre faites par sadite Exc®, desquels «les États généraux, suivant la pacification de Gand, doibvent «descharger la maison. |
«Et ausurplus feront et exècuteront lesdits curateurs tout ce «qu’ils trouveront, pour la bonne conduite, honneur et prouffict de «ladite maison mortuaire, convenir, et tout ce que bons et leaux «curateurs debvroient ou polvroient faire, selon la bonne confi- «dence qu'ils ont en eux.
«Les députés de M'° la princesse d'Orange et de Messieurs «les enfans de Son Excellence, de très louable mémoyre, ont «dénommé par ceste, pour trésorier de ladite maison mortuaire, «Jean Seelant.
«Louyse de Colligny «Maurice de Nassau «Marie de Nassau.
(Approbation, de la main des curateurs, en langue hollandaise.) «Actum XV January 1586 «P. Hannemann.»
N° VIIT.
État sommaire de l'actif et du passif de la succession du prince d'Orange, présenté au comte de Leicester, le T8 janvier 1586.
(Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2154.)
«Briefve déclaration de tous les biens qui furent à Monsei- «gneur le prince d'Orange, de très heureuse mémoire, tant ceux «qui sont encore en la puissance de sa maison mortuaire, que «ceux qui sont détenuz et occupez par les ennemis, ensemble « l’état général de ladite maison, tel qu'il se trouve àprésent «fort engaigé, pour les grands et remarquables services faicts «durant la présente guerre, menée pour le service de Dieu et la «liberté du pays.» . . . (Suit le détail.)
(Mention finale) : « Estant à noter et sçavoir que 1cy ne sont «comprises les grandes debtes, encore faites et créées en Alle- «maigne, pour lés expéditions de la guerre, dont les curateurs «de la maison mortuaire ont en connoissance, aïent néantmoins «bien entendu que l’état dressé desdites debtes et par éÿ-devant «par feu Son Excellence, présenté à Messieurs les Etats-géné- «raux, approche les deux millions et demy de florins de Bra- «bant, y compris les parties pour lesquelles Monseigneur le comte «Jean de Nassau est obligé, en son propre et privé nom, «dont sa seigneurie paye interest, de foire en foire de Francfort, «jusques à environ XXITIT florins d'Allemaigne, par chacun an. «Et combien que lesdits Etats-généraux du païs-bas devroient «avoir deschargé Son Exc‘° de haute mémoire et mondit sieur «le comte Jean de toutes lesdites debtes, suyvant la capitulation « dudit traité de paix faict à Gand, si est-ce que ils ne y ont «oncques pensé et encoires faict aucun debvoir, sauf que, en l’an «TITIxx ils ont donné à Son Excellence, laquelle l’a accepté, à «faulte d’aultre décharge, quelques biens ecclésiastiques, etc.» «elc:itelc:5 !