N° IX
«Mémoyre pour redresser et récompenser la maison mortuaire de « Son Excellence, de haute mémoyre, présenté à Monseigneur «le comte de Leycester par les curateurs, en février 1586.
(Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2154.)
«Ayant pleu à l'Excellence de Monseigneur le comte de Ley- «cester, après avoir, de sa grâce, bénignement entendu la propo- «sition de pays naguères à luy faicte par les curateurs et aultres «du conseil de la maison mortuaire de feu Monseigneur le prince «d'Orange, de très heureuse mémoyre, commander auxdits «curateurs de faire quelque ouverture à Son Ecellence des «moyens propres et convenables pour descharger ladite maison «mortuaire et aucunement récompenser la postérité dudit feu sei- «gneur prince des grands dommaiges, pertes, charges et debtes «lors représentez à Son Excellence; lesdits curateurs, pour, «en toute humilité, obéir au commandement de Son Ecellence, «ont bien voulu aultres fois s'advancer et luy présenter les points «ensuyvans, lesquels, sous très humble correction, il semble aux «curateurs sus dits ils pourroient beaucoup servir pour aucune- «ment relever ladite maison de la grande peine où elle se retrouve, «et la remettre, avec le temps, en son entier, moiennant que «par l’auctorité et la bonne intercession de la Sérénissime Majesté «d'Angleterre et le bon crédit de Son Excellence, la maison et «postérité de feu Monseigneur le prince pourroit venir à la jouis- «sance de l’effect desdicts points. »
«Premièrement, qu’il plaise à Sa Majesté faire ratiffier et confir- «mer tout ce que Monseigneur le prince d'Orange, de haute «mémoyre, a, de son vivant, fait et ordonné, par advis, con- «sentement et pouvoir à luy donné par les Etats-généraux et «particuliers. »
Item, que les Provinces des Pays-Bas, suivant ce qui a esté «stipulé par la pacitication de Gand, deschargent, fil à fil et au «plus tost qu’il sera possible, tant la maison mortuaire de Son «Excellence, que toute la maison de Nassau des grandes levées «faites pour les intérêts soutenus par Son Excellence, pour les- «quelles lesdites maisons sont obligées et encore redevables «envers plusieurs princes, seigneurs, gentilshommes et gens de «guerre, de si notable somme qu’est contenue en l’état exhibé à «l’Excellence de mondit seigneur le comte de Leycester par les «curateurs de ladite maison mortuaire, le 48 janvier passé.
«tem, en cas que, par les événemens de la guerre, tombast ès «mains des subjects de Sa Majesté, de quelque qualité qu'il soit, «ou entre les mains d’aultre homme de guerre, aucun prisonnier «de guerre, ou que quelque autre occasion se présentàt, par le «moyen desquels on polvroit retirer Monseigneur le prince «d'Orange moderne, comte de Buren, desjà plus de XVIIT ans «si iniquement prisonnier, que ladite maison mortuaire puisse «recevoir ce bien de debvoir restituer en liberté et renvoÿer ès «les pays-Bas ledit prince et comte de Buren.
«liem, comme depuis le décès de feu Monseigneur le prince, «aucuns des pays de Dauphiné et Provence se seroient efforcez «d’induire le roy de France à s’attribuer la souveraineté de la «principauté d'Orange, et que cest affaire a esté traité sans le «sçeu de ladite maison mortuaire, au conseil dudit s' Roy, qu'il «plaise à Sa Majesté, semblable cas survenant, ou autre oppor- «tunité se offrant, aider ladite maison de son autorité et faveur «vers ledit s' Roy, pour empescher l'effect de tels desseins et «entreprises, afin que ladite maison puisse retenir la souve- «raineté de ladite principauté, comme les prédécesseurs princes «d'Orange ont fait, de toute ancienneté, et mesme depuis la «paix faicte au chasteau de Cambrésis, entre ledit s' Roy et le «roi d'Espagne.
«Pareillement, comme les principaux biens qui debvroient «appartenir audit s' comte Maurice et à son frère, le comte Frédéric «sont assis au comté de Bourgogne, et quand le temps, par les «m)ïens du roy de France, de Messieurs les cantons de Suisse, «et nommément les seigneurs de Berne, pourroit donner espé- «rance que lesdits sieurs comtes pourroient rentrer ès dits biens, «qu'il plaise aussi à Sa Majesté, les aider de son auctorité et «faveur envers lesdits sieurs roy et cantons, toutes les fois que «la commodité se présentera.
«liem, d’autant que lesdites provinces du Pays-Bas, tant en «général, que chacune d'icelles, en particulier, ont plusieurs «obligations à la mémoyre de sadite Excellence, y joincte la «grande perte des biens de sa maison occupez par le roy d’Es- «pagne et autres de son party, et pour, par aucuns moïens «récompenser Messieurs ses enfants ; plaira à Sa Majesté inter- «cèder afin que lesdits Estats donnent contentement condigne «aux dites pertes et des travaux et services faits par sadite Excel- «lence, et que, en premier lieu, leur soient appliquez, durant «ceste guerre et jusqu'à ce qu'ils seront restituez en leurs dits «biens, tous et quelconques biens et autres qui sont à présent «confisquez, ou polront en après tomber en confiscation, sous «les Provinces-Unies, et celles qui, par la grâce de Dieu, avec «assistance de Sa Majesté, polront estre conquestées, avec les «arréraiges d’iceux, jusques à la concurrence de leurs dites «pertes, si faire se peut.
«Mais, comme notoirement, selon qu’on entend, lesdites confis- «cations présentes ne polront équivaller les pertes susdites qui «sont d'environ CLX florins par an, et ne seront aussi suflisans «à l’entretenement de Madame la princesse et enfans de feu «Monseigneur le prince; qu'il plaise à Sa Majesté, pour ceste «cause, tenir la bonne main et tant faire que, par la faveur et «intercession de sadite Majesté, les Estats-généraux, à présent
A60 | LÔUISE DE COLIGNY.
«en union, en considération des grands dommaiges et pertes «souffertes et faictes par feu Monseigneur le prince en ses biens, «comme dict est, accordent et donnent à Madamela princesse et «aux seigneurs et damoiselles, enfans délaissez par Son Excel- «lence, telle est si raisonnable somme de deniers par an, comme «pour leur entretenement, selon leur qualité et le lieu dont ils «sont issus, se touvera appartenir, pour en jouir dès maintenant, «jusqu’à ce que par autres voyes et moyens, lesquels par Son «Excellence et Estats-généraux susdits pourront cy-après estre «advisez, ladite dame princesse et enfans pourront condignement «estre récompensez des notables services, grandes pertes et dom- «maiges de feu Monseigneur le prince.
« llem, et que, pour d’aultant mieux povoir descharger ladite «maison des charges et debtes susdites, les Estats desdites pro- «vinces accordent, comme dessus, que tous et quelconques les «biens patrimoniaux à présent appartenans à la postérité de Son «Excellence, et tant qu’ils seront à eux et leurs dits successeurs, «seront dès maintenant et demeureront à tousjours exempts, «libres et francs de toutes tailles, impositions et contributions, «quelles qu’elles soient inventez et pratiquéez devant date de «ceste, et qui se pourront encore cy-après estre inventez et «pratiquez, pour quelque cause ou occasion que ce fust, nulles «exceptées.
«liem, comme la ville de Brâm et pays des Aims en Brabant «appartiennent à ladite maison par lettre d'engaigement, et «que, durant ceste guerre, sadicte Excellence en a mis et «employé les revenus et autres grandes sommes pour la for- «üfier, afin de la pouvoir maintenir contre les forces de «l’ennemy; que en récompense desdites fortifications ledit titre «d'engagement soit converti en titre d’achapt perpétuel, pour «en jouir comme dessus par mesdits seigneurs ses enfants et «leurs hoyrs.