N° XIV
Lettre de l'Électrice Palatine, Louise - Julienne de Nassau, au comte Jean le Vieux. 8 janvier 1595.
(Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2204.)
«Monsieur mon oncle, je vous envoie, avec ceste, une lettre «de Madame ma belle-mère, qu’elle m'a envoyée pour vous faire «tenir, laquelle, je crois, sera pour vous avertir ce qu'est du «mariage de ma sœur Ysabelle. Vous les trouverés de vieille «date, car les miennes sont du 22 novembre, et n'y a que cinq «jours que je les ay reçu. Elle estoit pour lors à Châtillon, et «n’ay point encore de nouvelle quand elle viendra à Sedan. «Toutefois j'espère que ce sera bientost, et que delà elle prendra «résolution de venir 1cy, ce que je luy ay fort prié. — Quant à «ce que vous me mandiez, Monsieur mon oncle, par vostre der- «nière lettre, touchant mes deux sœurs Catherine et Flandrine,
«qui sont nourries en une contraire religion, je vous assure que «je Suis infiniment marrie, et desirerois fort qu'il plût à Dieu «donner des moyens de les en pouvoir retirer et les appeler à sa «connoissance ; ce que je le supplie de tout mon cœur, Quant à «celle qui est en France, on la veut faire religieuse. Elle m’a «escris et me mande que je ne pense point que ce soit par «force ou contre son gré que cela se fasse, mais avecq sa volonté, «et qu’elle le desire de tout son cœur. J'en ay escrit à M. le duc «de Montpensier affin qu'il luy plûst empescher que cela se fist ; «et Madame ma belle-mère luy en a parlé plusieurs fois; mais, «sur tout cela, il dit qu'il y fera ce qu’il pourra, mais que l’on «ne peut forcer sa volonté; de sorte que je crains fort qu'il sera «très difficile de la pouvoir retirer delà. — Quand à ma sœur «Caterine, je voudrais qu'il se présentât quelque bon parti qui «fust de nostre religion, espérant que, par ce moyen-là on la «pourroit retirer et l’instruire en la vraye religion, et ne pense «point qu'elle fust trop opiniâtre. — Je sçay bien Monsieur mon «oncle, que vous nous portez tant d'affection à toutes, que vous «penserés tousjours à ce qui est pour nostre bien et advancement,
«vous suppliant de nous continuer tousjours ceste bonne volonté «et croire que je rechercherai tousjours les moyens de me la «conserver. Et sur ce, je prieray Dieu vous donner, Monsieur «mon oncle, une aussi heureuse année, que je vous souhaite «pleine de tous heur et prospérité, et vous maintenir, en santé, «heureuse et longue vie.
«Vostre humble et très affectionnée nièce, Louyse, Electrice «Palatine, à Heidelberg, ce 3 janvier 1595.»