ACTE I
LAGRANGK.
C'est pour cela même : ses vertus sont de la faiblesse puisqu'elles sont de l'entraînement : écoutez, Henri, votre Edouard, c'est vous. Eh bien! je trouve que tous deux vous ressemblez quelquefois à ces phalènes brillants qui volent et se brûlent à toute lumière.
HENRI
A la bonne heure! mais si je vaux quelque chose c'est par là que je vaux. Une grande qualité, un beau talent me séduit, m'élève ; une action hardie, un trait de bonté me va là.
LAGRANGE
Oui , mais il vous manque ce qui lie les qualités d'un homme, la domination de soi-même, la volonté.
HENRI
C'est que vous , vous en avez peut-être trop ; quand vous avez fixé le but, vous y allez comme un boulet de canon.
LOUISE
Henri!...
Pourquoi l'arrêter, ma fille? c'est un noble entretien que celui où deux hommes se disent sincèrement : voilà ce que vous êtes!...
HENRI
Mon père !...
LAGRANGE
Je puis être trop inflexible, Henri : c'est que j'ai vécu dans un temps où chaque acte de devoir était un sacrifice; et, cent fois, j'aurais succombé de lassitude , si je n'avais eu deux beaux appuis: ma conscience... et ta mère, Louise !... Henri ! elle m'a toujours aimé... Mais ne parlons pas de cela.
HENRI
Parlons-en, mon père, parlons-en, car elle est ma mère aussi : c'est elle qui m'a permis d'aimer Louise, c'est elle qui est encore lange invisible de la maison.
LAGRANCE.
Savez-vous tout ce qu'elle vous a donné en vous donnant sa fille?
HENRI
Oui , votre image et la sienne ; car Louise a reçu de vous la force, et de sa mère la bonté.
LACRANGE.
Henri, c'est contracter une grande dette , que de recevoir le dépôt d'un tel cœur. Pensez-y !...
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