‹ Louise de Lignerolles, drame en cinq actes et en proseChapitre 4 sur 62 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

HENRI, lisant.

Ah! je sais ce que c'est.

( Il se lève.) LOUISE.

Tu sors , Henri ?

HENRI

Oui... une affaire...

LOUISE

Tu reviens, n'est-ce pas ?

HENRT.

Je ne serai pas long-temps.

( Il sort.) LAGRANGE , à part.

C'est singulier, voilà trois jours qu'Henri s'absente ainsi toute la matinée.

MARIE

Bonjour, mère; bonjour, grand-père...

LAGRANGE , l'embrassant.

Je voudrais qu'elle te ressemblât, ma fille. ( On entend le cor.) LOUISE.

Notre voisin , le prince de Miré , chasse encore ce matin.

LAGRANGE

Oui , trois jours de suite. Le connais-tu ?

LOUISE

Non : je sais seulement que c'est un chasseur impitoyable qui, dans sa passion pour les cerfs et les sangliers, oublie trop souvent que ses voisins ne sont pas des vassaux.

LAGRANGE

Et vit-il seul?

LOUISE

Ordinairement, il a près de lui, dit-on, le colonel de Givry , son neveu, homme loyal et brave, mais sans respect pour les idées reçues qu'il croit, contraires au droit ou à la raison. Mais M. de Givry est absent depuis quelque temps.

LAGRANGE

Il n'est pas marié?

LOUISE

Par suite de son système, il a épousé sans hésiter une belle Italienne qui avait en Angleterre, dans les salons aristocratiques, des succès de théâtre.

LAGRANGE

Comment cela?

Jeune, pauvre, et douée, dit-on, d'une voix magique, elle chantait, en prima dona , les morceaux des grands maîtres, et même quelques-uns de leurs opéras. C'était une femme du monde artiste.

LAGRANGE

Et quand M. de Givry l'a-t-il épousée?

LOUISE

Il y a trois ans... depuis ce temps, elle ne

chante plus.

(La;;iangc se .éve )

LACHA NGE.

Je rentre un moment. Et toi, que vas-tu faire?

LOUISE

Je vais donner à Marie sa leçon du matin.

(Charles vient enlever le déjeuner; Louise prépare ce qui est nécessaire pour la leçon : pendant ce temps , Laft range s'approche de Louise et de Marie, et embrasse Louise sur le front.)

LAGRANGE

Adieu , mes enfants.

( Il sort.)

j SCENE IV .o

LOUISE, MARIE

LOUISE, pensive.

Mon père était préoccupé!... (Elle passe sa main sur son front, puis revient à sa fille , près de laquelle elle s'assied , et prend sa tapisserie.) As-tu apporté ton atlas?

MARIE

Oui... Montre-moi donc sur la carte le pays où est né mon père , et où il est retourné il y a quatre ans.

LOUISE

Le voici.

MARIE

Toutes ces petites raies, c'est de l'eau ?

LOUISE

C'est la mer.

MARIE

Et pour revenir, mon père a passé sur toute cette eau-là?

LOUISE

Oui... Peux-tu lire le nom du pays ?

MARIE , épelant tout bas.

Martinique ! . ..C'est la Martini que. Et qu'est-ce qu'il allait faire dans ce pays-là?

Il allait y défendre des hommes noirs qui sont malheureux... et il en a ramené douze jeunes enfants paqvres.

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