‹ Louise de Lignerolles, drame en cinq actes et en proseChapitre 31 sur 62 · HENRI , LOUISE , CÉCILE · texte numérisé non relu

HENRI , LOUISE , CÉCILE

• HENRI , se retosrnant.

Il n'y a rien!... ( Apercevant Louise.) Ciel! Louise!... ( Avec embarras. ) Vous.... jci... comment ?

CÉCILE , tremblante.

Je suis venue , madame...

HENRI

Que dites-vous ?... vous saviez... quel est ce mystère ?

LOUISE

Elle l'avait promis.

HENRI

Promis! promis de me... et à qui?

LOUISE

A moi , monsieur.

HENRI, avec irritation.

^ A vous !... ah !... cela m'explique les terreurs de madame , ses efforts pour me rele-

CECILE

Ne m'accusez pas !...

HENRI , s'animant.

Ce n'est pas vous que j'accuse... ( Se tournant vers Louise. ) Et puis-je savoir , madame , quel rôle vous me destiniez?... dans quel but , de quel droit vous m'avez amené ici ?...

LOUISE

De quel droit ? nous sommes trois dans ce lieu , et vous me demandez de quel droit !... HENRI , éclatant.

Eh bien ! madame , quand j'aurais eu des torts envers vous... n'était-ce pas à moi seul que vous deviez vous adresser ?... Vous étaitil permis de vous jouer de votre mari, et de m 'attirer dans ce piège ridicule? car c'est un piège que ce rendez-vous !

LOUISE

Ah ! qu'est-ce que cette femme a donc fait de votre cœur !

CÉCILE

Grâce, madame, je suis toute tremblante d'effroi et de repentir.

HENRI , à Cécile.

Ne vous humiliez pas, car je ne vous laisserai pas humilier. Venez, madame: tant que je serai là , vous aurez toujours quelqu'un pour vous défendre.

Vous oseriez m'outrager ainsi!...

HENRI

Outrage pour outrage!

LOUISE

Silence, monsieur! ma mère est là, craignez qu'elle ne vous entende !

HENRI

A vous la honte.

LOUISE

A moi !

HENRI

Oui , à vous qui avez profané un tel lieu par une telle scène.

LOUISE $ avec explosion. * ^

Ah ! je ne me laisserai pas accuser devant ma mère !... il faut que je me justifie !... Eh bien donc! (Se tournant vers Cécile. ) Que madame soit notre juge!...

CÉCILE

Moi!

LOUISE

Oui, vous ! vous serez plus juste envers moi que celui à qui j'ai donné toute ma vie ettoutes mes pensées! Dites! dites, madame! hier, quand j'ai surpris cette lettre , ne pouvais-je pas m'élancer vers le prince , et briser votre vie comme vous avez brisé la mienne ?...

Oh ! vous avez été généreuse !

LOUISE

Hier, quand j'ai appris devant tous que vous étiez cette Cécile qui me tuait , toute mon

ame s'est soulevée pour crier à mon père : « Emmenez-moi !... » n'ai-je pas refoulé mes larmes , et étouffé les cris de mon cœur, au risque d'en mourir?...

CÉCILE

C'est vrai ! c'est vrai !...

LOUISE

Hier, quand vous étiez tous deux seuls, et que mon père vous a surpris... qui vous a sauvés?

CÉCILE

Vous ! vous !

LOUISE , à Henri.

Vous l'entendez , monsieur ! et vous m'accusez d'avoir préparé votre humiliation ! qui suis-je donc, moi!... votre honneur n'est-il pas le mien?...

(Henri fait un mouvement. )

LOUISE

Oui, c'est moi qui ai dit à madame : « Vous viendrez... >» oui', c'est moi qui ai choisi ce lieu pour cette scène ; mais savez-vous pourquoi ?... le savez-vous?. .

CÉCILE

Mon Dieu!... qu'est-ce que j'éprouve !....

LOUISE

Pas de vengeance! pas de jalousie cruelle , m'écriai-je : ces sentiments-là ne sont pas faits pour moi !... je les réunirai tous deux au tombeau de ma mère, et quand ils seront dans ce lieu solennel, près de cette ombre auguste et sainte à qui Henri a juré de me rendre heureuse , j'irai à eux ; et là , sans reproches, sans amertume ,'je leur dirai : « Rendez -moi Henri... rendez -moi Henri!... je l'aime de toutes les forces de mon ame!... je ne peux pas vivre sans lui !... rendez-le moi !... je suis sa'femme !... rendez-le moi !.. »

HENRI

Louise !...

LOUISE

Et si leur cœur est noble, medisais-je, quand je leur montrerai mon ame déchirée, ma vie détruite, quand je leur dirai que je meurs s'ils ne se séparent pas, et que je leur dirai cela ici , les yeux pleins de larmes , et le cœur tout gonflé de sanglots... ah !... les pleurs m'étouffent !

HENRI

Le remords me saisit !

LOUISE

Voilà ce que je voulais faire! voilà pourquoi j'ai voulu que ma mère fût là ! ma mère, Henri , qui vous a dit qu'elle mourait calme parce que vous étiez le mari de sa fille , ma mère que vous m'accusez d'outrager ! c'était de l'estime ! c'était de l'amour !... et vous n'avez vu là qu'un piège !... ah ! adieu ! adieu !.... ( Elle va pour s'éloigner. ) I1F.NRI.

Oh!

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