ACTE III, SCÈNE III
CECILE
Arrêtez, madame, ce n'est pas à vous de partir!... (Louise s'arrête.) Ah! je donnerais ma vie pour ne vous avoir pas offensée. Quel est donc votre empire? Je devrais être accablée de honte et je suis pénétrée de reconnaissance et d'admiration.
LOUISE
Vous pleurez... je savais bien que vous auriez pitié de moi.
CÉCILE
Serez-vous assez grande pour accepter mes remords!... dites moi que vous ne me méprisez pas!...
LOUISE
Je vous plains et je vous pardonne.
(Elle lui tend la main.)
CECILE , après avoir couvert de baisers la main de Louise.
Ah! monsieur, comment avez-vous pu m'aimer! je pars! et nous ne nous reverrons jamais! ah ! jamais !
(Elle s'éloigne par la petite porte du parc.)
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tfSCÈNE IV.y LOUISE , HENRI.
HENRI
Louise! Louise! à vos genoux! à vos pieds! je me hais ! je m'abhorre!
LOUISE
Relevez-vous, Henri.
HENRI
Non! je ne me relèverai pas!... que tu as été belle et noble!... à cette femme, pas un mot qui l'humilie! à moi, si coupable, pas un reproche! Oh! baiser la trace de tes pas, arroser tes genoux de mes pleurs et mourir là de regrets et de remords, voilà ce que je devrais faire.
LOUISE
Toutes mes paroles ne vous ont-elles pas dit que je vous pardonnais?... Eh bien, je tâcherai d'oublier aussi.
HENRI
Oh! oublie et pardonne, car mon désespoir est si affreux et je t'admire tant qu'il me semble que je ne suis pas tout~à-fait indigne de toi. (Louise fait un mouvement.) C'est que, vois-tu, il y a deux hommes en moi : l'un simple] et droit, qui comprend le devoir, qui a élevé un autel dans son cœur à toute chose noble... celuilà c'est le meilleur, c'est celui qui te vénère! et puis autour de cet homme intérieur et bon , il y en a un autre insensé, irritable, ardent, qui s'enivre de tout, qui vit tout entier de l'atmosphère qui l'environne, que les arts entraînent, que le talent séduit, que le désir de plaire à tout ce qui plait exalte et rend fou. Celui-là c'est le
mauvais, celui qui t'a trompée, celui que je hais...
LOUISE
Henri!...
HENRI
y C'est ce terrible soleil des Colonies qui brûle encore mon sang... c'est ma tête, ma tête maudite !... mais le cœur, Louise, le cœur, ce sanctuaire de toute affection, ce lieu saint, caché au fond de la poitrine, je te le jure, jamais image n'y a pénétré que ton image !.. Eh bien !.. maintenant, mon cœur, ma vie tout est à toi , tout est d'accord pour n'aimer que toi... je t'aime!... je t'aime!...
LOUISE
Ah! ne prononcez pas ce mot, Henri! il me fait encore mal.
HENRI
Je veux le prononcer, car il est mon ame tout entière; je sens si bien là que je ne serai plus coupable. Dans mon aveuglement je n'avais jamais réfléchi à ta douleur; mais je t'ai vue pleurer, Louise!... et si tu savais ce que c'était que chacune de tes larmes! à mesure qu'elle retombait sur mon cœur, elle le brisait et l'épurait... elle me renouvelait!... cet être changeant, mauvais, dont je te parlais tout-à-1'heure , il est mort, tu l'as tué, il n'y a plus que toi en moi.
LOUISE
Comment puis-je vous croire!...
HENRI
Oh! mon Dieu! une preuve!... une preuve !.. avoir tant de choses au fond de lame et ne pouvoir les montrer!... mais tiens, regarde-moi, écoute-moi! il doit y avoir dans les yeux, dans la voix , quelque chose qui dit ce qui est dans le cœur... regarde-moi donc, tout mon être ne te crie-t-il pas que je t'aime!...
LOUISE
Henri, ne me trompez pas : que le désir de me consoler ne vous fasse pas exagérer ce que vous éprouvez pour moi ; car si après avoir tant souffert, je remonte à la joie pour souffrir encore... je le sens... je ne le supporterais pas!...
HENRI
Tu vivras !...J c'est le premier chagrin que je t'ai donné, ce sera le dernierîj,. ( Comme inspiré. ) Ta mère est-là!... Louise, elle est là entre nous deux comme une ombre chérie, comme un ange... tu crois qu'elle nous voit ! qu'elle nous écoute... c'est devant elle, c'est à elle que je jure de ne jamais te coûter une larme...
LOUISE
Oh! je commence à croire...
Que je jure de ne donner à aucune autre la plus petite part de mon ame.
LOUISE
Parle toujours.