‹ Louise de Lignerolles, drame en cinq actes et en proseChapitre 52 sur 62 · LOUISE, HENRI · texte numérisé non relu

LOUISE, HENRI

HENRI , entrant vivement.

Qu'est-ce que j'apprends ?... ce qu'on me dit est-il vrai?... ces ordres?... ces préparatifs?...

Je pars avec mon père.

HENRI

Partir ?..

LOUISE

Nous nous séparons!...

HENRI

Nous séparer!... Ecoutez Louise : quoique ce soit une chose bien grave que de désunir deux existences liées depuis tant d'années, s'il ne s'agissait que de vous et de moi , et si vous me disiez : « Je veux partir... » j'en mourrais.. Mais il est entre nous un nœud plus sacré que tous les autres, un nœud indissoluble... notre fille !..

LOUISE

J'emmène Marie !

HENRI

M'arracber ma fille !...

LOUISE

C'est pour l'arracher à vous que je l'emmène.

HENRI

Ce n'est pas possible! on n'enlève pas un enfant à son père !...

LOUISE

Un père sacrifie tout pour que son enfant soit fière de lui ; un père vit noblement pour que son enfant puisse vivre comme lui; un père veut être estimé , pour que son enfant soit es-

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LOUISE DE L1GNEIIOLLKS.

tirnée à cause tic lui ; osez-vous invoquer le litre de père?...

11 r: mu.

Oui, je l'invoque! je l'invoque pour la protéger!... oubliez-vous combien le monde demande à la fille un compte rigoureux de la séparation de son père et de sa mère , et que cette séparation, qui est souvent un crime pour les parents, est une tache pour l'enfant. LOUISE.

Tout vaut mieux pour elle que de vivre près d'un père dont les exemples la feraient rougir.

HENRI

Rougir de moi !...

LOUISE

Oui ! vous ne respecteriez pas plus le toit de votre enfant, que vous n'avez respecté le foyer de votre femme.

HENRI

Et vous croyez que je consentirai à me laisser ravir tout mon bonheur !...

LOUISE, avec explosion.

Malheureux ! je voulais me taire, ou du moins ne faire parler que la dignité et la raison ; mais puisque vous osez invoquer votre bonheur perdu... il faut donc que je déchire mon ame à vos yeux pour vous montrer toutes mes douleurs à moi! Vous ne savez donc pas que je vous aimais , comme personne n'a jamais aimé! que vous étiez ma joie, mon orgueil 1 que je vous adorais au pointd'avoir peur de ma tendresse , au point de dire quelquefois : Mon Dieu! pardonnez-moi , je crois que je l'aime plus que ma fille !...

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