PARIS ÉMILE-PAUL FRÈRES, ÉDITEURS
100, rue du Faubourg-Saint-HonorO. luu
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AVANT-PROPOS
Voici un bien gros livre, va-t-on dire, à propos d'une pécheresse à qui la Fortune avait donné les talents et le choix d'être, au gré des circonstances, une marquise de Genlis, une Mme Roland ou une baronne de Staël, mais qui n'a rien été, en somme, et dont il ne reste pas même un portrait de jeunesse pour attester combien elle fut séduisante et pour nous engager, au frontispice de cet ouvrage, à le lire au moins pour ses beaux yeux !... Si cette lecture manque d'intérêt, la faute n'en sera pourtant pas à mon héroïne.
Louise de Mirabeau, marquise de Cabris, a vraiment fait tout ce qu'il fallait pour forcer l'attention en son vivant et pour la retenir encore après elle. En province, à Paris, à Versailles, elle a rempli de son nom la chronique ; elle a divisé sa famille, et la société, et la Cour, ameuté la foule, fatigué la justice et l'autorité, partagé les princes, bravé la persécution, la calomnie, la ruine, durant tout le règne de Louis XVI et jusqu'au début de l'Empire. Elle
II AVANT-PROPOS
semblait respirer l'intrigue, le tumulte, le scandale même ; et toute sa vie n'a été qu'un procès, — une cause célèbre, — où elle a remué ciel et terre. Rien n'eût donc été plus facile que de la peindre uniment en aventurière, effrénée et scélérate, mais belle, éloquente, irrésistible. 11 eût suffi d'en croire son père, le fameux Ami des Hommes, et son frère aîné, le tribun. Suivant eux, Mme de Cabris fut leur mauvais génie, sous la figure d'une ensorceleuse. Le marquis de Mirabeau lui avait imprimé d'un de ses traits de plume indélébiles le surnom de Rongelime, pour sa ressemblance, disait-il, au serpent de la fable; et du fond de sa cellule au donjon de Vincennes, l'amant de Sophie de Monnier écrivait couramment à celle-ci que « le moindre vice » de sa cadette était d'être une « Messaline et une prostituée». Il ajoutait d'ailleurs, après avoir dit que son père avait eu des enfants presque tous susceptibles d'aller au bien et même au grand :
« Je rien excepte pas la Cabris dont F esprit a une étendue et une sagacité peu communes, même chez les hommes les plus distingués par leurs talents, et qui avait, axer tout F éclat de la plus brillante jeunesse, les peux noirs les plus éloquents, la fraîcheur (F Hébé, cet air de noblesse que Ion ne trouve plus que dans les for mes antiques, et une taille comme je ri en ai point vu depuis (F aussi belle, — qui avait, dis-je, avec tout cela, cette souplesse, relie grâce, cette magie de séduction qui