‹ Louise de Mirabeau, marquise de Cabris, 1752-1807Chapitre 33 sur 40 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

i paraître meilleure, plus égale et plus grande que son iestin. Il y avait du caricatural, mais, encore plus, du tragique, dans cette attitude. C'était celle d'un patient ncertain s'il va voir paraître sa grâce, ou le bourreau, rout ce bien-être de surface n'allait pas résister au sursaut causé par l'arrêt de la Cour suprême dans le procès le Mme de Navailles.

Le 14 octobre 1806, la Chambre des requêtes présidée )ar M. Muraire en personne, et se conformant à l'avis du Drocureur-général Merlin, donna tort à Mme de Navailles >ur tous les points. Elle décida en outre que les arrérages les rentes constituées aux sœurs de M. de Cabris à titre le suppléments de légitime leur seraient payés, sans •éduction ni prescription, pour tout le temps écoulé lepuis que ces suppléments étaient concédés, — soit lepuis vingt-quatre ans ! Ceci portait le coup de grâce l Mme de Cabris. A peu près tout ce qui restait au loleil des biens jadis si opulents de son mari allait devenir a proie des légitimants ou de leurs héritiers. Précipitée le son haut, elle ne fit plus que traîner sa vie, que l'enlurer, au milieu de tourments physiques affreux. Ainsi jue son frère le tribun, elle souffrait surtout de coliques îépatiques, depuis sa première jeunesse. Le surmenage )récoce, l'économie forcée, les chagrins, compliqués d'une ncrédulité foncière à l'égard de la médecine et des nédecins, tout l'avait empêchée d'y porter remède à emps.

Pressentant sa fin, Mme de Cabris voulut revoir et •avoir désormais à ses côtés, son mari, « son camarade », :omme elle le désignait souvent. Il était resté àViguier. Elle fit vendre le mobilier de là-bas pour couvrir les frais le son déplacement. Le bonhomme put ainsi faire le voyage dans une carriole à lui, avec un domestique qui

l'accompagna jusqu'à Lyon ; et ici, la vieille servante de sa femme vint le chercher. Arrivé en mai 1807 à Paris, il parut se trouver à merveille du changement. Mais le surcroit de soins et de peines qu'il imposait à Mme de Cabris acheva de la détruire. Le 16 août suivant, à minuit, elle mourut entre les bras du fils adoptif de Mirabeau, Gabriel-Lucas de Montigny, qu'elle appelait son enfant et dans la personne duquel, à l'exemple de la femme du tribun, elle avait effectué enfin et scellé de tout son cœur sa réconciliation avec Mirabeau. Quelle portée cette simple circonstance ne donne-t-elle pas au jugement émis sur Mme de Cabris par ce témoin de sa dernière heure et de ses dernières années ! Lucas de Montigny, dès son enfance, avais appris de Mirabeau ou de son entourage à redouter, à détester, à mépriseï même Mme de Cabris. Il n'ignorait aucun de ses égarements. Il avait cru à la réalité de ses prétendus crimes. Et voici qu'après lui avoir fermé les yeux, il estimait lui devoir une réparation ; et il lui rendait ce témoignage public, inscrit dans ses Mémoires biographiques de Mirabeau :

« L'âge mûr de Mme de Cabris a effacé les torts de ss jeunesse ; redevenue elle-même, elle s'est montrée au déclin de sa vie aussi admirable par les vertus de l'âme que par les prodigieuses facultés de l'esprit ; nous avons été à portée de vénérer en elle les plus touchantes vertus domestiques ; nous l'avons vue, longtemps avant la vieillesse, mourir épuisée par les soins pieux qu'elle prodiguait à la seule personne qui eût le droit de lui faire des reproches, à un époux devenu pauvre infirme, et dont la démence, longtemps paisible avait pris avec l'âge le caractère de l'aigreur, quelquefois de la fureur. Telle fut Mme de Cabris régénérée ; el

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